in ,

Pierres et menhirs de Lorraine

Le Menhir de Milly-sur-Bradon, ou Hotte du Diable, en Lorraine (Crédits photo : Christophe CTL)

Avec une trentaine de monuments mégalithiques répertoriés sur son territoire, principalement situées dans l’Ouest et le Sud de la région, la Lorraine est riche de menhirs et de pierres dressées. Parmi celles-ci, on peut citer la Pierre au Jô à Norroy-lès-Pont-à-Mousson, le Menhir de la Dame Schone, près de Saint-Mihiel, ou encore la Pierre des douze apôtres à Meisenthal, aux confins de l’Alsace et de la Lorraine. Autant de pierres qui continuent de fasciner le grand public et de questionner l’archéologue.

Tous les menhirs lorrains, ou presque, sont désignés par des appellations plus ou moins poétiques. Des petits noms en somme, qui témoignent des légendes et des superstitions qui ont pu être associées, à une époque évidemment impossible à déterminer, à ces étranges pierres dressées. Parmi celles-ci, on peut citer, pour commencer, la Pierre au Jô. Son nom signifie, en Lorrain roman, la « pierre au coq ». Pourquoi ? Nul ne saurait le dire. Le menhir, en revanche, se situe en pleine forêt, à l’Ouest du petit village de Norroy-lès-Pont-à-Mousson. Haut de 2,50 mètres et large de soixante centimètres environ, il a su être épargné par les rudes combats que se sont déroulés au Bois-le-Prêtre, tout proche, durant la Première Guerre mondiale. Gageons que les générations à venir sauront elles aussi le préserver.

Pierre au Jô
Menhir de la Pierre au Jô à Norroy-les-Pont-à-Mousson (Crédits photo : Elke Wetzig)

A l’Est de Saint-Mihiel, le Menhir de la Dame Schone, haut d’un peu plus de deux mètres lui aussi, a servi de borne aux limites des communes environnantes. Gravé, pendant la Grande Guerre, de quelques graffitis allemands, il pourrait tirer son nom de la « belle dame », schöne en allemand signifiant « jolie ». Un nom qui pourrait renvoyer aux fées qui peuplaient jadis les campagnes lorraines.

menhir
Le menhir de la Dame Schone dans les environs de Saint-Mihiel (Crédits photo : Jean-Michaël CHOSEROT pour le Groupe BLE Lorraine)

A Meisenthal, aux confins de l’Alsace et de la Lorraine, le Breitenstein, littéralement la « large pierre », fait quant à lui figure de géant. Avec ses 4,40 mètres de haut, il a vu s’attacher tout un tas de légendes et de sombres croyances, qui ont prétendu qu’il s’agissait-là d’un autel druidique, voire d’une pierre sacrificielle. Ce qui est certain, c’est que la pierre va servir de borne frontière pour séparer le Duché de Lorraine de la Principauté de Hanau. A la fin du XVIIIème siècle, peut-être en 1787, le menhir est christianisé. On y sculpte, sur chacune de ses quatre faces, trois apôtres et le sommet de la pierre est taillé de manière à représenter une scène de crucifixion. Désormais connu sous le nom de « Pierre des douze apôtres », le Breitenstein reste sans conteste le plus haut menhir de Lorraine.

Breitenstein
Le Breitenstein ou Pierre des Douze Apôtres (Crédits photo : Tourisme en Lorraine)

Mais de toutes ces pierres dressées, il en est une qui mérite une mention particulière. Pas en raison de sa taille, assez modeste au fond, mais en raison de l’histoire qu’elle incarne. La Hotte du Diable, à Milly-sur-Bradon, dans le département de la Meuse, est un menhir curieux. Il mesure trois mètres de haut, 1,80 mètre de large et environ soixante centimètres d’épaisseur. C’est une sorte de grosse dalle, dressée au milieu d’un verger situé dans une petite vallée qui débouche en rive droite de la Meuse et qui a fait couler beaucoup d’encre. Des hypothèses, parfois totalement farfelues, ont été formulées au sujet de cette pierre. Les uns ayant prétendu qu’il s’agissait-là d’une borne milliaire romaine. Les autres ayant affirmé qu’au contraire, elle marquait la limite septentrionale de l’ancien Comté de Verdun. D’autres encore sont allés jusqu’à dire qu’il s’agissait là d’un débris rejeté par un volcan !

Mais le plus intéressant peut-être, c’est que cette pierre soit recouverte, en partie, d’une épaisse couche de ciment. Appliquée en 1922 sur ordre du conseil municipal de Milly-sur-Bradon, cette couche de ciment est destinée à masquer l’inscription, faite en 1917, par un certain Général von François, lointain descendant d’un huguenot émigré en Allemagne après la révocation de l’Edit de Nantes et qui, servant alors dans le VIIème Corps d’Armée, a fait graver sur le menhir, les mots suivants : « 843 – Karoliner Grenzstein Vertral von Verdun », c’est-à-dire « 843 – borne-frontière carolingienne du Traité de Verdun ». Un texte, mentionnant l’auteur de l’inscription, complétait le tout, avec une énorme croix de fer qui apparaît bien sur les rares photographies qui ont pu être prises du monument, entre 1917 et 1922.

Une borne-frontière datant du Traité de Verdun ! Rien que ça ! L’inscription, inaugurée en fanfare, avec la présence du Kronprinz, c’est-à-dire le fils de l’Empereur Guillaume II, est sans aucun doute erronée. Le menhir, selon toute vraisemblance, date de la Préhistoire. Peut-être a-t-il marqué une sépulture.

Toujours est-il qu’elle reste, cette curieuse Hotte du Diable, un témoignage unique de l’histoire mouvementée de la région. Dressé à une époque antédiluvienne, gravé par un soldat allemand en 1917 qui fait alors référence au traité signé à Verdun en 843, cimenté en 1922, le menhir de Milly-sur-Bradon pourrait presque résumer, à lui seul, toute la complexité de l’histoire lorraine. En outre, il nous rappelle, au cas où on l’aurait oublié, combien la Lorraine est une terre d’entre-deux, une province où se sont toujours mêlées les influences celtiques, latines et germaniques. En somme, il semblerait que ce soit sur ces pierres dressées qu’allait se construire, peu à peu, toute l’histoire lorraine.

Rédigé par Kévin GOEURIOT

Historien de la Lorraine, écrivain et professeur d’histoire-géographie pour le Groupe BLE Lorraine.

Qu'est ce que vous en pensez ?

2 Commentaires

Répondre
  1. Il est possible de trouver des menhirs en Lorraine au milieu d’un champ, en forêt ou entre deux chemins de randonnées. Menhir de Woinville, grosse borne à Chauvoncourt, menhir de Mécrin, la Hotte du Diable, dolmen du Ruissard, menhirs de Champ l’Alouette et du Corrois à Montplonne, Dame Schone à Saint-Mihiel, menhir de la Queue à Tannois, menhirs à Nant-le-Grand (La Chèvre, la pierre l’Ogre et le menhir de Champ l’Ecuyer), etc. Avec une douzaine de mégalithes répertoriés, la Meuse est le département lorrain qui en possède le plus grand nombre. Il est important de les préserver et de raconter leurs histoires et légendes.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Are you human? Please solve:Captcha


Vosges

Forêts et frontière des deux Raon dans les Vosges

Cistude

Préservation des tortues d’Europe au Parc animalier de Sainte-Croix