En septembre 1475, Charles de Bourgogne, le prince aux six duchés et aux quatorze comtés, celui que la postérité qualifiera de « Téméraire », fait le siège de Briey. En passe de s’emparer de la ville, ses soldats ont en effet installé quelques couleuvrines et autres pièces d’artillerie sur la Colline du Cloué, juste en face des remparts du château que les Comtes de Bar avaient fait ériger ici, sur un éperon qui domine la Vallée du Woigot. Face aux troupes du Duc Charles, les Lorrains résistent tant bien que mal.
Pour comprendre les raisons qui ont poussé le Téméraire à assiéger Briey, il faut remonter quelque peu en arrière. Au printemps 1475, René de Vaudémont, tout jeune Duc de Lorraine, envoie son héraut d’armes à Neuss, afin de défier le prince bourguignon. C’en est trop en effet ! La Bourgogne n’a de cesse de considérer la Lorraine comme un Etat vassal et la position de cette dernière, entre les pays de par-delà, c’est-à-dire la Bourgogne et la Comté, et les pays de par-deçà, à savoir l’Artois, la Picardie ou encore la Flandre, inquiète. Se sachant soutenu par le Roi de France Louis XI, René de Lorraine déclare donc la guerre au Duc de Bourgogne. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les choses vont vite tourner à son désavantage.

Au mois de septembre 1475, les troupes du Téméraire entrent donc en Lorraine. Elles assiègent Briey, que défend alors un jeune chevalier lorrain du nom de Gérard d’Avillers. En voulant inspecter le rempart qui déjà, semble céder sous les assauts de l’artillerie bourguignonne, le voilà qui a la « main empourtée d’un cop de serpentine », comme en témoigne la chronique de Philippe de Vigneulles. La garnison finit par se rendre à l’évidence. Elle ne pourra pas lutter très longtemps face aux armées aguerries du Duc de Bourgogne. Briey tombe donc en septembre. Dans la foulée, ce sont les forteresses de Conflans, Lachaussée, Mousson, Lunéville et Raon qui tombent elles aussi entre les mains du Téméraire. Ce dernier passera la Noël 1475 à Nancy, cité ducale qu’il entend faire la capitale de ses Etats.

La suite, on la connaît. Ne désespérant pas, René de Lorraine cherche des appuis. Plus du côté de la France car Louis XI a prouvé sa duplicité. Mais en Alsace et en Suisse. Défait à Grandson, puis à Morat, Charles le Téméraire va progressivement voir sa bonne étoile l’abandonner. Le 5 janvier 1477, sous les murs de Nancy, il livre son ultime bataille. Les Lorrains, aidés de leurs alliés suisses et alsaciens, étrillent les Bourguignons. Au bord de l’Etang Saint-Jean, voilà qu’un chevalier lorrain du nom de Claude de Bauzemont assène un coup mortel à un chevalier qu’il ne reconnaît pas. Il vient de tuer le Duc de Bourgogne, ce Grand-Duc d’Occident, dont le corps ne fut retrouvé que deux jours plus tard.

Le siège de Briey est un épisode méconnu des Guerres de Bourgogne. Pourtant, il propulsa Gérard d’Avillers à la charge de Grand Ecuyer de Lorraine. Il marque aussi, pour la cité briotine, un épisode tragique. Car c’est aux merlons de la forteresse de Briey que Charles le Téméraire a fait pendre 80 mercenaires allemands qui, selon lui, n’avaient pas à prendre part à ce conflit.
