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Du Traité de Verdun en 843 à la naissance de la Lorraine

La cathédrale Notre-Dame de Verdun remonte au Xème siècle (Crédits photo : Thomas RIBOULET pour le Groupe BLE Lorraine)

Quand on évoque le nom de Verdun, on songe spontanément à la bataille qui, en 1916, a ensanglanté les plateaux qui dominent la Vallée de la Meuse, depuis la Côte du Mort-Homme jusqu’à la Crête des Eparges … Verdun ! Le nom de cette ville des bords de Meuse s’est effectivement imposé dans l’histoire comme celui d’une des plus terribles batailles de la Grande Guerre. Verdun, c’est la boue, les tranchées, le sacrifice des Poilus. Mais c’est oublier qu’à Verdun, quelques 1073 ans avant la terrible bataille, s’est joué un autre événement, non moins capital. Un partage qui allait présider, pour plus de mille ans, aux terribles destinées de l’Occident !

Pour bien comprendre les choses, il faut remonter au 20 juin 840. Ce jour-là, Louis le Pieux rend son dernier souffle. En tant qu’unique fils à avoir survécu à son père Charlemagne, il avait hérité, en 814, d’un empire immense qui s’étendait des landes de Bretagne aux sombres forêts de Germanie et des côtes de la Mer du Nord aux portes de la ville de Rome. Mais à sa mort, en 840 donc, ce n’est pas un mais trois fils qui lui succèdent. Conformément à la vieille loi franque, chacun des trois enfants réclame sa part de l’héritage. C’est le début d’une impitoyable guerre fratricide.

Après bien des vicissitudes, Lothaire, l’aîné, est obligé de signer, en 843, à Verdun, un traité de paix, par lequel chacune des trois parties doit se mettre d’accord sur le morceau de l’empire qui doit lui revenir. Charles, surnommé le Chauve, reçoit la Francie occidentale, c’est-à-dire l’ensemble des terres situées à l’Ouest de l’Escaut, de la Meuse, de la Saône et du Rhône. Un territoire, en somme, qui finira par donner naissance au Royaume de France. Louis, que l’on appellera désormais « le Germanique », hérite de la Francie orientale, soit l’ensemble des contrées situées à l’Est du Rhin, à savoir la Saxe, la Bavière, la Thuringe et plusieurs autres régions de l’actuelle Allemagne. Quant à Lothaire, il parvient malgré tout à se faire octroyer la meilleure part : une longue bande de terre qui s’étend de la Mer du Nord au centre de l’Italie et qui comprend, outre les deux capitales que sont Rome et Aix-la-Chapelle des axes de communications stratégiques entre l’Europe du Nord et la Méditerranée, ainsi que d’importants gisements de fer et de sel. Evidemment, cette Francie médiane, comme on la désigne alors, continue de susciter les jalousies des deux autres frères et, par conséquent, de leurs héritiers. Coincée entre deux royaumes qui n’auront de cesse de renforcer leur puissance, la part de Lothaire finit par être morcelée avant la fin du IXème siècle, pour finalement tomber dans l’escarcelle des rois de Germanie. La partie septentrionale du royaume, qui échoit à Lothaire II, finira d’ailleurs par être désignée sous le nom latin de « Lotharii regnum » (littéralement le « royaume de Lothaire », nom qui, en ancien français, sera transformé en « Loherrègne » avant de donner naissance au mot « Lorraine », qui continue de désigner cette terre d’entre-deux située aux confins des mondes roman et germanique. Et voilà comment, en somme, devait naître cette belle province, à l’histoire si mouvementée et qu’on connaît, aujourd’hui encore, sous le doux nom de Lorraine.

Rédigé par Kévin GOEURIOT

Historien de la Lorraine, écrivain et professeur d’histoire-géographie pour le Groupe BLE Lorraine.

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2 Commentaires

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  1. L’histoire est bien décrit. C’est dommage qu’il y avait beaucoup des impitoyables guerres fratricides jusqu’ à notre siecle. Nous sommes des frères franco-germaniques. Je viens de Palatinat et ma patrie a souffert du délire pathologique pendant plusieurs siècles. On aurait eu établi il y a 1073 ans le rhin comme frontière entre le « Germaniques » et les « Gaulois », comme César l’a défini. Et on aurait du travaillé à une fédération….. Peut-être notre génération va réussir cette « tâche herculéenne ».
    Merci pour ce texte.

  2. Avant le traité, les negociations pour le partage n »auraient elles pas eu lieu à Coblence au monastère de Ste Rizza, fille illégitime de Louis le Débonnaire ?

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