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Frontière linguistique en Lorraine

Panneau d'entrée bilingue à Roussy-le-Bourg (Crédits photo : Cornischong)

Terre d’entre-deux, posée aux confins des civilisations latines et germaniques, la Lorraine présente la particularité d’être traversée par une frontière linguistique et culturelle qui, en deux mille ans d’histoire, n’a quasiment pas bougé.

Elle court, cette frontière, des collines du Luxembourg jusqu’aux crêtes vosgiennes, en passant par le Pays-Haut lorrain et le Thionvillois, avant de longer les vallées de la Canner, de la Nied, de l’Albe et de la Sarre, pour rejoindre enfin le Massif du Donon et les vieux sommets vosgiens qui séparent la Lorraine de cette Alsace où se parlent des dialectes germaniques. Cette frontière linguistique est un fait marquant dans le paysage culturel lorrain. Au Sud et à l’Ouest de cette ligne, c’est la Lorraine romane, où l’on a toujours parlé des dialectes issus du Latin. Au Nord et à l’Est de la frontière, on est en Lorraine germanique, ou thioise comme on dit. Ici, c’est le Platt qui est parlé. Et n’allez pas dire à un de ces Mosellans plattophones que son patois n’est qu’un vague ersatz d’Allemand ! Attesté depuis l’époque carolingienne, cette langue aurait été parlée par Charlemagne en personne ! Profondément mis à mal par l’école de la IIIème République, qui estimait que tous les Français devaient parler un Français intelligible, le Platt semble pourtant faire son grand retour, grâce à des initiatives telles que le festival Mir redde Platt ou la mise en place de panneaux qui transcrivent, dans le dialecte local, tel ou tel toponyme.

langues Moselle
Carte linguistique de la Moselle (Infographie : JuJu939)

Car c’est encore dans la toponymie que s’affiche le mieux notre frontière linguistique. En Lorraine romane en effet, la plupart des villages ont des noms qui se finissent par -court, par -ville ou simplement par un -y. En Lorraine thioise, les mêmes suffixes sont résolument plus germaniques. Les noms des villages, ici, se terminent par -ange, -berg, stroff ou -dorf.

Il arrive parfois qu’on rencontre le même toponyme de part et d’autre de la frontière. C’est le cas notamment avec les deux Audun, tout au Nord de la Lorraine. Afin d’éviter de les confondre, le village d’Audun situé en Lorraine francophone a été baptisé Audun-le-Roman. Tandis que l’autre Audun, situé en Lorraine germanique, est désigné sous le toponyme d’Audun-le-Tiche. C’est-à-dire d’Audun l’Allemand, puisque « tiche » est une variante de « deutsch » ou de « tudesque », deux mots qui désignent bel et bien les cousins germains.

Rédigé par Kévin GOEURIOT

Historien de la Lorraine, écrivain et professeur d’histoire-géographie pour le Groupe BLE Lorraine.

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