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Du règne heurté de Charles IV de Lorraine

Charles IV de Lorraine devant le drapeau de l'Union Lorraine (Crédits image : Groupe BLE Lorraine)

Le 18 septembre 1675, entre Bernkastel et Birkenfeld, dans les montagnes du Palatinat, Charles IV de Lorraine rendait son dernier souffle. Un mois plus tôt, il avait remporté, à Consarbrück, près de Trèves, une éclatante victoire sur les troupes françaises du Maréchal de Créquy.

Car oui, en ces temps-là, la Lorraine était en guerre contre la France. Une guerre sans merci, qui durait alors depuis près d’un demi-siècle. La France du Roi-Soleil, et avant elle, celle de Louis XIII, n’avait eu de cesse que de ruiner notre pays. Saint-Mihiel avait dû se rendre à l’ennemi, Nancy avait vu ses remparts démantelés, Marsal avait été assiégé et La Mothe, la puissante citadelle du Bassigny, avait été arrasée jusqu’à la dernière pierre. Il y a environ 350 ans, à la mort de Charles IV, la Lorraine offre donc un bien triste spectacle. A la guerre se sont ajoutées quelques épidémies. Ainsi que des disettes à faire pleurer un mort. Dans les campagnes, les bras manquent. Dans les villes, on manque de tout. La faute à Charles IV ? Peut-être, mais pas seulement.

S’il est vrai que, durant les 41 ans qu’a duré son règne, Charles IV a multiplié les provocations et les erreurs politiques, il est tout aussi vrai qu’il est resté fidèle au parti habsbourgeois. Pour lui, les Duchés de Bar et de Lorraine relevaient de l’Empire. Pour lui, la France n’avait pas à s’immiscer dans les affaires de son petit Etat. Mais la France lorgnait sur ses riches domaines. Avec ses forêts qui fournissaient le bois, dont les Hollandais faisaient leurs navires, avec ses terres fertiles, ses bonnes forteresses et ses opulentes salines, la Lorraine avait en effet tout pour attirer les convoitises. L’histoire aurait-elle été différente si Charles IV avait tenu les engagements contractés lors de la signature des Traités de Vic et de Liverdun ? Honnêtement, je ne le pense pas. Il y aurait eu peut-être moins de pendus sur les gravures de Jacques Callot, voilà tout. Mais la France aurait fini par s’emparer de la Lorraine, cette miette d’Empire que le Royaume de France commençait à encercler. Alors oui, Charles IV a guerroyé. Inlassablement. On l’a vu aux quatre coins de son Duché. On l’a vu en Alsace, dans les Flandres, prisonnier en Espagne et cavalant dans les montagnes brumeuses de l’Allemagne.

Charles IV
Charles IV de Lorraine

On l’a vu chevaucher contre son propre destin. Une errance romanesque, pour la sauvegarde de ses Duchés. Il est resté fidèle au parti impérial. Moins par amitié pour les Habsbourg que par inimitié envers les Bourbon. Il est resté fidèle aux Habsbourg, faute de l’être à ses épouses. Car là aussi, notre Duc est un personnage haut en couleurs. Après avoir épousé Nicole, l’héritière des Duchés et après un tour de passe-passe destiné à l’écarter du pouvoir, le voilà qui manigance pour divorcer de la pauvre Duchesse. Le pape refuse ? Qu’importe, Charles épouse Béatrice de Cusance, Princesse de Cantecroix. Notre Duc est bigame ! Et cela n’a pas l’air de le déranger. En 1665, deux ans après être devenu veuf, il contractera un troisième mariage avec Marie-Louise d’Apremont, alors qu’il entretient une liaison avec Isabelle de Ludres, par ailleurs maîtresse de Louis XIV.

Un prince baroque que ce Charles IV ! Un Duc tout droit sorti d’un roman de cape et d’épée ! Un prince sans renom, sans gloire et sans fortune. Un chevalier quelque peu cavalier. Et qui a donc rendu son dernier soupir le 18 septembre 1675.

Rédigé par Kévin GOEURIOT

Historien de la Lorraine, écrivain et professeur d’histoire-géographie pour le Groupe BLE Lorraine.

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