in ,

Porterie du Palais des Ducs de Lorraine à Nancy

Porterie du Palais des Ducs de Lorraine à Nancy (Crédits photo : Louis54)

En Grand-Rue, la porterie qui orne le Palais des Ducs de Lorraine à Nancy est sans conteste l’une des plus belles portes de Lorraine. Assurant la transition entre le Moyen-âge et la Renaissance et inspirée de celle qui décore la cour d’honneur du château de Blois, elle présente, cette porterie, un décor architecturé fait de gâbles, de pinacles et de fleurons. Des bas-reliefs courent le long des pilastres. Ils nous montrent des putti, des trophées militaires et des gerbes de fruits. Ils nous montrent surtout, ces bas-reliefs, comment la Renaissance s’ancre, peu à peu, en ce début de XVIème siècle, dans le paysage lorrain.

détail porterie Palais ducal
Détail de la porterie du Palais ducal (Crédits photo : Speculos)

Car oui, nous sommes bien au début du XVIème siècle. Le palais ducal, dont la reconstruction a été inaugurée par René II, le vainqueur du Téméraire, en 1477 vient tout juste de s’achever. Son fils, le Duc Antoine, s’est fait représenter dans la niche que surmonte l’imposant gable dans lequel se remarquent les grandes armes de Lorraine. La sculpture est audacieuse. Elle montre le jeune duc brandissant son épée et chevauchant un cheval cabré au-dessus d’un chardon qui rappelle, évidemment, la devise de Nancy, à savoir « Non inultus premor », en latin, c’est-à-dire « Ne toquès mie je poins », en Lorrain roman, ou encore « Qui s’y frotte s’y pique », en français. La sculpture d’origine, œuvre de Mansuy Gauvain, fut détruite pendant la révolution française. Elle fut restituée grâce au ciseau de Giorné Viard, en 1851. Restituée dans le but de célébrer Antoine, Duc de Lorraine et de Bar, combattant de Marignan et d’Agnadel, Antoine donc, celui qui, au printemps 1525, va mater dans le sang la révolte du Bundschuh.

façade Palais ducal
Façade du Palais des Ducs de Lorraine donnant sur la Grand-Rue à Nancy (Crédits photo : Davitof)

Le Bundschuh … Littéralement, le lacet de soulier. Un mouvement social qui naît à la Renaissance, dans le Sud de l’Allemagne. L’idée est simple, ses membres sont liés entre eux comme les œillets d’une chaussure le sont par un lacet. Tirez sur le lacet, les œillets n’en seront que plus proches. Forts de thèses de Luther, ces paysans, artisans et commerçants de Souabe, de Bade et du Wurtemberg, du Sundgau, de l’Alsace et du Westrich commencent à agiter, ici et là, le spectre de la révolte. Ils dénoncent les abus de l’Eglise. Ils récusent le pouvoir des nobles. On les voit s’en prendre aux châteaux et aux abbayes. En Lorraine, ces révoltés qu’on appelle « Rustauds » pillent et saccagent l’abbaye d’Herbitzheim. Pour le Duc Antoine, c’est l’étincelle qui met le feu aux poudres. Au printemps 1525, celui-ci lève une armée. Répondant à l’appel à l’aide des seigneurs de l’actuelle Plaine d’Alsace, il marche sur Saverne, puis file vers le Sud. A Scherwiller, le 20 mai, il commet un massacre. Un bain de sang qui passera pour être la « dernière croisade ». Une bataille que la littérature lorraine célèbrera avec pompe. Mais qui sera aussi, en partie, à l’origine de la mésentente entre Lorrains et Alsaciens. Des mercenaires alsaciens avaient pourtant, quelques décennies plus tôt, combattu aux côtés de l’armé ducale pour se prémunir des ambitions du Téméraire.

Une porterie donc, qui célèbre le Duc Antoine, celui qui, en 1525, a battu les révoltés Alsaciens à Scherwiller. C’était il y a environ 500 ans.

Rédigé par Kévin GOEURIOT

Historien de la Lorraine, écrivain et professeur d’histoire-géographie pour le Groupe BLE Lorraine.

Qu'est ce que vous en pensez ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Are you human? Please solve:Captcha


pompe funèbre de Charles III

Gravures de la Pompe funèbre de Charles III de Lorraine