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Ma Croix de Lorraine

Croix de Lorraine (Crédits photo : Aimelaime)

« Oh ! Bah vous alors, vous êtes un vrai Lorrain ! », m’a dit, dimanche dernier, une dame qui avait remarqué la petite Croix de Lorraine argentée qui pend à mon cou, depuis quelques années. « Absolument ! », ai-je alors répondu. « Lorrain, et fier de l’être ! » Et la conversation s’est arrêtée là. Hélas … Je note hélas car, en vérité, j’aurais beaucoup aimé développer le propos et expliquer à cette dame les raisons que me poussent à arborer ce bijou pour le moins original.

N’en déplaise aux Gaullistes, ma Croix de Lorraine n’a rien de politique. Ses deux traverses sont quasiment d’égales longueurs, ce qui n’est pas le cas de la croix des Forces Françaises de l’Intérieur (FFI). La Croix de Lorraine que je porte à mon cou m’a été offerte par mon père, qui m’a assuré l’avoir dégottée sur une brocante, dans la Meuse, quelque part entre Verdun et Fresnes-en-Woëvre. Je sais que, durant la Grande Guerre, certains Poilus arboraient ce type de bijou, un peu comme d’autres se parent de quelques amulettes censées attirer la fortune ou la félicité. Je sais aussi que durant l’Annexion, nombre de bijoutiers, d’artistes et d’artisans s’étaient mis à fabriquer des objets d’inspiration lotharingistes. Bagues, broches, vases et boucles d’oreilles : tout ou presque a été orné de croix à double traverse, de chardons et d’Alérions plus ou moins stylisés.

Ma Croix de Lorraine, elle est un peu tout cela à la fois. C’est un symbole. Un condensé de l’histoire même de ma région. C’est un message aussi, que j’arbore avec fierté et que je m’efforce de distiller autour de moi, à toutes les personnes qui regardent la petite chaîne qui pend à mon cou. Car cette petite Croix de Lorraine, avec ses deux traverses, est d’une certaine manière deux fois plus lourde à porter qu’une croix latine traditionnelle. Peut-être parce que les Lorrains, dans leur histoire chahutée, ont eu à vivre deux fois plus de misères que ces peuples qui vivent loin des frontières. Ma Croix de Lorraine, en somme, est simplement là pour me rappeler, à l’instar de l’histoire même de la province qu’elle représente, que si la vie réserve parfois quelques mauvais coups, il n’est aucune épreuve qui ne puisse, tôt ou tard, être surmontée.

Rédigé par Kévin GOEURIOT

Historien de la Lorraine, écrivain et professeur d’histoire-géographie pour le Groupe BLE Lorraine.

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2 Commentaires

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  1. Nancy, 5 janvier 1477. Les Lorrains du jeune Duc René II, aidés par leurs précieux alliés suisses et alsaciens, infligeaient une cuisante défaite aux Bourguignons de Charles le Téméraire. Mêlée furieuse, combat violent, au cours duquel Claude de Bauzemont tue par mégarde le puissant Duc de Bourgogne. La suite, on la connaît : le cadavre du Téméraire retrouvé sur les bords de l’Etang Saint-Jean, dépouillé de son armure et à moitié dévoré par les loups.

    Ce que l’on sait moins en revanche, c’est qu’en ces temps reculés, les combattants ne disposaient pas d’uniformes. Pour se reconnaître sur le champ de bataille, les belligérants usaient de signes distinctifs plus ou moins visibles. A Nancy, en 1477, les Bourguignons se reconnaissaient à la Croix de Saint André, patron de leur duché, et qu’ils avaient cousue sur leurs tuniques et leurs hoquetons. Les Lorrains quant à eux se reconnaissaient à la croix à double traverse, emblème de la Maison d’Anjou et de laquelle est issu leur jeune duc. Croix double, qui leur apportera la victoire et qui deviendra, par la force des choses, Croix de Lorraine.

    Croix de Lorraine qui va être appelée à une incroyable destinée. En 1940, l’Amiral Emile Muselier propose au Général De Gaulle d’adopter la Croix de Lorraine comme emblème de la France libre, en opposition à la sinistre croix gammée. Inscrite dans le V de la victoire, elle deviendra le symbole du triomphe face à toute forme de barbarie.

    Croix double, la traverse supérieure symbolisant l’écriteau sur lequel Pilate avait fait noter que Jésus était Roi des Juifs, la Croix de Lorraine paraît deux fois plus lourde que les autres croix. Peut-être parce que chez nous, plus qu’ailleurs, on sait le poids de la guerre, de la misère et du malheur. Croix double, la Croix de Lorraine a consacré la victoire contre les Bourguignons en 1477 et contre l’Allemagne nazie, en 1945. Elle symbolise l’attachement à notre petit pays d’entre-deux autant que l’esprit de résistance, lequel consiste d’abord et avant tout à dire non.

    Vous comprenez désormais pourquoi je la porte autour du cou, cette Croix de Lorraine. Parce qu’elle signifie victoire dans toutes les épreuves. Parce qu’elle est un morceau de pays natal que j’emporte partout avec moi.

  2. Une nouvelle Croix de Lorraine de six mètres de haut a été dressée sur le Mont Saint-Pierre à Villers-Stoncourt. Elle a été réalisée en acier galvanisé pour résister aux intempéries et a été thermolaquée pour rappeler la couleur du bois de la croix précédente. La Croix de Lorraine originale avait en effet été construite en bois en 1976. Mais elle avait fini par pourrir et menaçait de s’effondrer. Son propriétaire, l’Association du Mémorial Lorrain du Souvenir du Haut Saint-Pierre, l’avait alors déposée en juillet 2020, afin de restaurer le monument patrimonial. L’opération a représenté un investissement de plus de 30 000 euros. A 325 mètres d’altitude, la Croix de Lorraine de Villers-Stoncourt rayonne sur les alentours. Elle a été édifiée pour commémorer les débarquements en Normandie et en Provence de 1944. A noter enfin que l’ancienne croix en bois reste conservée au Mont Saint-Pierre.

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