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Du Platt de Berviller et d’ailleurs

A mon sens, le Francique mosellan n’est pas bien nommé car il se compose de nombreuses variantes selon le groupement humain qui en a l’usage. J’appellerai cela plutôt le parler d’un endroit qui peut-être celui d’un groupement humain habitant dans une vallée, un petit village aussi bien qu’une ville ou même dans une région. Avec parfois des intonations qui les différencient comme par exemple le Français de Lille, qui n’est pas le même que celui de Strasbourg, qui est encore différent à celui des Marseillais, même si ces parlers ont un écrit commun.

Ainsi, il peut y avoir des variantes très significatives. Par exemple, si je prends le cas du parler du village de Berviller en Moselle et celui de Rémering, une commune voisine distante de trois kilomètres à peine. Mon père qui est né, et qui a vécu une trentaine d’années dans la commune de Rémering, me parlait des « Châken », qui pour lui étaient des corbeaux, alors que ma mère, née à Berviller, appelait ces oiseaux « Kauven ». Plus tard, quand j’ai fait mon entrée au Lycée Fabert à Metz et que j’avais des cours d’Allemand, j’ai appris qu’en Allemand standard ces oiseaux étaient des « Krähen », et même des « Raben », ce qui prouve bien qu’à l’intérieur d’une même langue, il peut y avoir des apports d’autres langues. Il en était de même pour la chèvre que je traduisais en « Gahis » devant l’hilarité de la classe entière et du professeur d’Allemand qui me corrigeait en me disant que cet animal était en réalité « eine Ziege ».

Il faut donc faire la différence entre une langue écrite et une langue qui n’est que parlée, mais qui n’a pas de règles définies pour l’écrire. Par exemple, dans le parler de Berviller, je considérerai que c’est une faute d’écrire par exemple qu’il est « zwei Uhr » pour dire qu’il est deux heures, alors que je prononce ces deux mots à la Bervilloise en « svaï oua ». En Allemand, le « z » du mot « zwei » se prononce « Ts », et je l’écrirai « tsouaï » dans le parler de Berviller si on prononçait le « t », ce qui n’est pas le cas.

Parfois, il manque des lettres pour écrire un mot. Par exemple, quand on prononce « ch » à l’allemande comme dans « acht Uhr », je l’écrirai plutôt dans le parler de Berviller de cette façon : « art Oua » car le « ch » allemand dans ce mot se rapproche plus du « r » que du « ch » à la française.

Bien sûr, pour la bonne compréhension d’un texte on aurait le réflexe de corriger certains mots à l’allemande, mais dans ce cas ce n’est plus le parler d’une petite communauté mais d’un autre peuple. Par conséquent, si je m’évertue parfois à reproduire le son bien spécifique d’un mot du parler local, en circonstance celui du petit village de Berviller en Moselle, c’est justement pour le différencier de celui de la langue allemande, ainsi que des autres parlers du Lothringer Platt. D’autre part, si la majorité des lecteurs sont des Français, ils le liront à la française avec des accents graves, aigus ou autres ce que ne permet pas la langue allemande. Par contre, les noms je les écris à l’Allemande en les commençant avec une lettre majuscule pour faciliter la compréhension du texte, ce que le Français écrit ne fait qu’aux noms propres et à la première lettre d’une phrase et non pas aux noms communs.

D’ailleurs, un historien sarrois a dit que les parlers le long de la frontière entre l’Allemagne et la France étaient des parlers introduits lors des périodes de repeuplement de ces régions. Comme ces différents repeuplements ne trouvent pas leurs origines dans une région bien distincte mais dans de nombreux endroits, il n’est pas étonnant d’avoir des parlers différents, dont il ne faut pas avoir peur de restituer aussi fidèlement que possible les traits linguistiques. Tout cela paraît néanmoins bien dépassé car grâce à la lecture de l’ADN on peut déjà découvrir l’origine des migrations des peuples et on n’a plus besoin de comparer les différents parlers pour savoir d’où est issu une population. Mais c’est une autre histoire que je vous raconterais peut-être un autre jour si le GADU (Grand Arroseur De l’Univers) m’offre encore quelques temps à vivre sur cette planète.

Rédigé par Gaston THIEL

Amoureux des langues régionales de Lorraine pour le Groupe BLE Lorraine.

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