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Héritage culturel et linguistique du Platt lorrain au Brésil

Porto Alegre, capitale de l'Etat de Rio Grande do Sul au Brésil (Crédits photo : Felipe Valduga)

Les langues régionales offrent une richesse culturelle et historique à l’ensemble du territoire français. Parmi celles-ci il y a le Platt ou francique lorrain qui est notamment issu d’un héritage linguistique des tribus franques, dont les Lorrains germanophones forment une partie de leur descendance. Le Platt est le cousin de langues germano-rhénanes comme le Bas-alémanique en Alsace, le Hessois, le Palatin ou le Sarrois en Allemagne. Le Platt, lui-même, regroupe trois variantes, à savoir le francique mosellan, luxembourgeois et rhénan.

Quoi qu’il en soit, on aurait tendance à penser que cette langue rugueuse n’aurait d’autre importance qu’au travers de ses terres d’origine. D’autant plus que le gouvernement jacobin fait supplanter le français comme langue nationale et unificatrice, sans proposer aucune politique de protection et de conservation des langues régionales. Ce manque d’intérêt conduit le Platt peu à peu vers sa disparition, malgré certaines organisations lorraines le promouvant. Sa totale disparition ? Non. Il existe bel et bien un territoire d’irréductibles plattophones recensé aux Amériques. Le francique lorrain a en effet su s’exporter au Sud du Brésil il y a environ deux siècles. Il est aujourd’hui parlé couramment par plus de trois millions d’habitants et est au moins compris par plus de dix millions de personnes dans les Etats du Sud de Rio Grande do Sul, Santa Catarina et Paraná. Il y aurait donc au moins vingt-cinq fois plus de plattophones au Brésil qu’en Lorraine !

Nous devons ce résultat historique à Marie-Léopoldine de Habsbourg-Lorraine, Impératrice du Brésil par son mariage avec Pierre Ier du Portugal. Au début du XIXème siècle, l’enjeux était de peupler les terres au Sud du Brésil. L’impératrice eut l’idée de recruter de nouvelles populations issues des régions germaniques comme la Sarre, le Palatinat ou la Moselle qui étaient pauvres à l’époque. A partir de 1823, ces futurs migrants ont été attirés par des recruteurs chargés de mettre en avant le pluralisme et l’immensité des terres fertiles disponibles dans le Sud brésilien. Cet atout fut l’élément clé, entraînant de nombreux individus à partir à l’aventure. Dès leur arrivée, il y eut une organisation autonome de leur mode vie. Des écoles, des commerces et des lieux de culte propres ouvrirent peu à peu.

Selon les estimations, 300 000 personnes germanophones se seraient laissées séduire par le Brésil, pour un total de trois millions au cours du XIXème siècle ayant opter pour une migration en Amérique, notamment au Mexique, en Colombie, aux Etats-Unis et au Canada, principalement pour des raisons économiques. Les langues de ces colons se sont démarquées des autres langues, essentiellement latines, présentes au Brésil comme l’italien et l’espagnol, qui elles se sont davantage fondues à la langue portugaise par leurs similitudes. A l’inverse, les migrants germanophones qui ont rejoint l’Amérique anglophone ont vu leur héritage linguistique être absorbé et mélangé aux sonorités de l’anglais, à l’exception des Amish, mais cela est une autre histoire. De même, les langues germaniques autres que le Platt, parlées par moins de colons au Brésil, se sont progressivement mêlées au francique lorrain dominant. Cette extension régionale constitua une redécouverte pour de nombreux Lorrains grâce aux recherches d’Hervé Atamaniuk et à son équipe à la direction des affaire culturelles de Sarreguemines.

La politique brésilienne a de manière générale un regard bienveillant vis-à-vis des langues régionales. Dans les années 1980, des mesures ont été prises pour la préservation des langues minoritaires indigènes du pays. Par souci d’équité, depuis 2010, ces mêmes mesures ont été prises pour les langues et dialectes issus de la colonisation. Cette loi a permis au Platt d’être enseigné pour les enfants souhaitant l’apprendre à l’école selon le bon vouloir des municipalités. L’Etat de Rio Grande do Sul a fait reconnaître officiellement le Platt comme patrimoine historique et culturel mondial de l’humanité à l’UNESCO. A ce jour, il est reconnu comme l’unique langue d’origine germanique du continent latino-américain.

Mais quelle est son importance et quel est son devenir ?

Dans les Etats du Sud, le Platt est très fortement ancré. Son apprentissage est précoce. Il constitue même parfois la langue maternelle de bon nombre de Brésiliens. Sa survie dépend de la perpétuation ou non de la tradition dans un pays dominé par le portugais. Malgré les politiques de préservation, sa transmission se fait généralement de génération en génération et les institutions sont maigres. Bien que la population rurale soit attachée à cette langue et que la lutte identitaire des germano-brésiliens se fait sentir, l’urbanisation des grandes villes met à mal le Platt, surplombé par le portugais brésilien et l’anglais. On constate ainsi une jeunesse aux ambitions et aux perspectives d’avenir différentes que ses aïeux.

Nous n’avons donc pas une assurance totale de la sauvegarde du Platt, malgré l’implication de ses défenseurs qui demandent par exemple à l’embauche de certains commerces l’obligation de savoir parler cette langue. Gardons à l’idée qu’il est la deuxième langue parlée au Brésil juste après le portugais. Il lui reste par conséquent, encore de belles années devant lui.

Rédigé par Paul-Adrien KIEFFER-SOLIGNAC

Etudiant et passionné d’histoire et de culture lorraine pour le Groupe BLE Lorraine.

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