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Une histoire d’eau

Il était une fois un vieux moulin construit au moins cinquante ans avant la révolution française. Il est toujours situé de nos jours dans la vallée entre quatre villages nommés Berviller, Villing, Rémering et Merten. Il y avait aussi un puits.

Cet ancien moulin qui n’est plus en activité depuis belle lurette s’appelle officiellement Felschlinger Mühle. Il était habité par mon grand-oncle et sa femme. Mon grand-oncle y exerçait le métier d’agriculteur avec deux chevaux de trait. Après leur décès, le moulin resta inoccupé durant quelques années. Comme j’aimais bien les vieilles pierres, je décidais de l’acquérir.

Il faut que je dise qu’à cette époque, au début des années 1970, il n’y avait plus d’eau dans le puits situé devant la maison d’habitation et ce vieux moulin de 1737 n’était pas relié au réseau d’eau de la commune car il était isolé en pleine nature. Evidemment, étaient également inexistants les sanitaires, chauffage et autres commodités, dont on ne saurait se passer de nos jours car nous sommes dans une société de surconsommation qui se veut à la pointe du progrès. Je me suis donc mis à réfléchir à la manière dont je pourrais bien résoudre ce problème de manque d’eau en reliant autant que possible, dans les meilleures conditions, mes deux neurones. L’eau est source de vie, paraît-il.

Bien entendu ce vieux moulin était relié à un canal alimenté par un ruisseau, mais avec toutes les machines à laver qui déversaient directement leurs eaux de lavage dans le ruisseau, il était impensable de récupérer cette eau pour faire quoi que ce soit. A l’époque lointaine où le puits était encore alimenté par la nappe phréatique, je pense qu’on lui préférait une autre eau de vie qui réchauffait les cœurs et endormait les esprits avec une bonne dose d’alcool éthylique qu’on appelait chez nous du schnaps. Comme je suis d’une nature très sceptique même sans fosse septique, je n’étais pas très convaincu de l’efficacité des baguettes magiques appelées également baguettes de sourciers. Mais devant ce cas vraiment sans autre solution à mes yeux, je décidais de faire appel à un sourcier. D’autant que d’anciens mineurs des Houillères du Bassin de Lorraine (HBL) m’avaient dit qu’il était possible qu’une galerie de la mine passe en-dessous de la maison et que le niveau d’eau de la nappe phréatique ait baissé. Je me mis donc en quête d’un sourcier.

Ce sourcier très sûr de lui commença par couper une branche fourchue de saule têtard et il fut catégorique en me disant qu’il n’y avait pas une seule goutte d’eau dans le puits. Il commença sa prospection autour de la maison, toujours plus loin, jusqu’au moment où, triomphalement, il m’indiqua un endroit où il y avait de l’eau à une profondeur de six mètres, mais ce terrain ne faisait pas partie des trois hectares de la propriété.

Ne sachant à quel sein m’accrocher et encore moins à quel saint me vouer, un collègue de travail me recommanda un autre sourcier qui vînt donc un dimanche matin bien imbibé, non pas par de l’eau, mais passablement éméché. Il alla donc en titubant couper une branche de noisetier proche car il n’eût pas la force de marcher jusqu’au saule têtard près du ruisseau qui longeait la maison et sans aller beaucoup plus loin avec ses « hocus bocus », il me dit qu’il suffisait de creuser un peu plus pour retrouver de l’eau autant qu’on voulait dans le puits. Mais avec mon esprit peu convaincu je l’emmenai tant bien que mal jusqu’à l’endroit que m’avait indiqué le premier sourcier pour lui demander si je pouvais placer une éolienne pour éventuellement abreuver des bovins. Mais il fut catégorique et me dit qu’il n’y avait pas une seule goutte à cet endroit.

J’étais vraiment dégoutté par cette histoire d’eau. Qui croire ? Celui qui avait l’air d’être si sûr de lui ou celui qui était imbibé d’alcool, au point de ne plus bien tenir sur ses jambes ? Finalement, j’optais pour le plus pratique et muni d’une perceuse électrique je commençais à creuser le grès rouge avec une grosse mèche à béton. Au fur et à mesure que je m’enfonçais, je pouvais constater que le grès devenait de plus en plus humide et que cette humidité s’intensifiait au point qu’il devenait imprudent de continuer à creuser avec cette perceuse électrique tout en écopant. Si bien que j’eus à la fin autant d’eau de ce puits que j’en avais besoin pendant les trente ans que j’ai vécu dans ce vieux moulin.

En ce qui concerne la morale de cette histoire, il vaut mieux parfois commencer en choisissant ce qui est le plus facile et surtout de ne pas se fier aux apparences car ce n’est pas parce qu’un individu n’a pas l’habitude de boire de l’eau qu’il est incapable d’en trouver. A présent que j’ai vendu ce vieux moulin et que je me suis établi à Madagascar, j’ai fait appel à un puisatier qui m’a creusé un puits. J’ai de nouveau de l’eau à profusion et si vous voulez suivre le cours de mes pensées, je vous invite cordialement à me retrouver chez ce vieil oncle Google.

***

Vassagechicht

Eut voa mol eun alt Mil vo mindestens faurzich yoa foa déa fransésich Révoloussion gebaut voat és. Di és éma noch haoutstags zwéchen féa Dairfa: Bervélla, Véling, Raïmring aun Méaten.

Di alt Mil és schon lang héa nét mé én betréib aun officiel haicht ze Felschlinger Mühle. Do hat maïn Grossonkel aun saï Frâ gevonnt aun Land geplantzt mét zvaï Péa. Vo mein Onkel aun saï Fra geschtorf voa hat di alt Mil eun zaïtlang léa geschtan. Aun vaïl ich di alt Schtène géa hot han ich de Mil fèn 1737 kèft. Ma moss véssen das sohou dea Zaït én di zipsiga Yoar do voa kène Vassa méa ém Pétz foram Haouss. Aunt eut Haouss voa én da Natoua onné Vassa fém Dorf. Natirlich eut voa ar kén Kabiné aun kèn Haïtsung ém Haous, alle komoditaiten vo ma Haoutstags nét méa kan oné saïn véeunt déar Modernitait. Do han ich mol michten eun béssén nohdenken mét maïnem glainen Gehirn vaïl Vassa és doch Léven.

Natirlich voa de Mil an eum Kanal angeschloss mét dém Vassa fén da Bar ava mét di gantsen Waichmachinen vom Dorf voa dat Vassa saum kainen gebrauour méa gouttegenour. Sauou déa Zaït vo déa Pétz noch Eartvassa hot hat ma varschaïnlich léiva anna Vasser gedrounk vo di Herza varm gehal hat auoun eut Gehirn éngeschlof hat mét alkohol vo ma bei auous Schnaps genant hat. Mia voa dor eun bessén païnlich voa an dén Wassaféna ze glaiven ava vaïl ich kèn anna Vahl hot han ich dan eun Vassaféna gerauouf. Déi von én da Grauou von de HBL geschaft han di han mia doch gesaht das eut Vassa fileicht gezunkt és én de Galeri fain da Kollengraou auount és da Vassaschpijel gesounkt és … Dan bén ich eun Fassasauoucha sauoureungang.

Déa Vassasaoucha hat eun Vaïdenascht apgeschnitt auoun hat mia katégorich gesat dan kène Dropen Vassa ém Pétz méa és auoun do hat éa ohngefong ze sauouchen émma vaïda fèm Haus vaik biza aintlich triomphalich Vassa zèks maiter éna da Eart gefaun hat … ava do vo éa eut Vassa gefaun hat dat voa nét aus dem Graunschtéck von da Mil.

Do han ich nét méa gevocht vèla Heiliga mia helfen soll auoun do hatt mi eun Kompeul gesaht er gait eun Vassersauoucha kainen vo am Sondar Moïen onkomt fol vi Sau. Auoun do és éa eun Haiselnaussacht abscheiden gang veil er nét méa hat kinnen veida kommen. Aoun mét saïnen „Hocus Bocus“ hat er direct Vassa ém Pétz gefon auoun brauch ma nét waïda ze sauouren. Ava ich han doch vélen véssen das ma ar Vassa gait fénen do vo déa anna Hexenmaichta Vassa gefon hat on han im beigebrat dat ich vél Vassa mét eun Véndratt fott féi éntschtaléarn. Ava éa voa katégorich aun hat gesaht eut véa kèn Dropen Vassa an déa Schtèl.

Do voa ich ava séa aikeldich airécht fon déa Vassageschicht aun han nét méa gevocht vén ais ich zol glaiven, déa vo so sicher voa oda déa vo nét méa richtich auf de Bain gestant hat … So goudaènt han ich gedènkt dat es besser véa das ich dat aiffarchten maren zol auoun de Pétz déifa boaren. Dan han ich mét dem Bétonboara mét déa électrichen Boarmachin lècha geboart bis de Felsstain éma faïchter voat és und zou gouda laitcht han ich nét méa kinnen vaïder boaren. Aun do hot ich Vassa genour én di draïstzig yoar von ich én déa Mil gevonthan.

Vat ma zol foa alem fèn déa Geschicht hallen zol és das ma am bèchten soll dat aifarchten machen am eachten aun ma sol sich nét eun foabélt machen vaïl eut nét zol zén dat eun Mainch kèn Vassa dringt das a kèn Vassa kan fénen. Aoun haout vo ich di alt Mil fokaift han auoun én Madagascar léveun han ich eun Vassa graiba gerauouf déa mia en Petz gegraft hat vo ich zo fil Vassa han vi ich brauch auoun van dia véllen vésen vas ich voa han noch dans kanne ma bei den Onkel Google.

Traduction en Lothringer Platt de Berviller.

Rédigé par Gaston THIEL

Amoureux des langues régionales de Lorraine pour le Groupe BLE Lorraine.

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