A la suite de la destructrice Guerre de Trente ans et des longues occupations françaises au cours du XVIIème siècle, la Lorraine était un pays à reconstruire. De retour dans ses duchés en 1698, le Duc Léopold Ier lança ce mouvement de reconstruction qui se poursuivit sous le règne de Stanislas. Partout, les chantiers se multipliaient offrant du travail à foison aux maçons et aux charpentiers. La prise de contrôle des Duchés de Lorraine et de Bar par le Royaume de France à la mort de ce dernier n’arrêta pas ce processus, comme en témoigne la construction d’une gendarmerie à Thiaucourt.
Ainsi, à Thiaucourt, bourgade dynamique du Duché de Bar ayant ravi en 1669 le siège de Prévôté à Lachaussée, la seconde moitié du XVIIIème siècle vit s’activer les ouvriers employés à bâtir un hôtel de ville, un presbytère et une gendarmerie. Celle-ci fut construite en 1778, au début du règne du Roi de France Louis XVI, comme l’indique la date figurant sur le linteau rectiligne dominant sa porte d’entrée. Cette ancienne caserne de gendarmerie fut opérationnelle jusqu’à son abandon, en 1970. Elle se trouvait alors au bout de la Rue Juive, à l’une des sorties de la bourgade matérialisée par une porte. Les gendarmes pouvaient ainsi facilement contrôler les allées et venues des piétons, cavaliers, charrettes et voitures empruntant ce passage.

Dans son ouvrage paru en 1843, « Le département de la Meurthe : statistique historique et administrative », l’historien Henri Lepage indique que la brigade de gendarmerie était à cheval. Les militaires étaient au nombre de six. Cette caserne était la propriété de la commune de Thiaucourt. Le département de la Meurthe lui payait un loyer de 380 francs par an. En 1845, sous le règne du Roi des Français, Louis-Philippe, il fut constaté que le bâtiment était en très mauvais état. Par conséquent, il fut décidé que des travaux devaient être menés pour permettre de le pérenniser dans sa fonction. Mais les dépenses à engager excédaient les capacités des finances de la commune de Thiaucourt. Finalement, un accord fut trouvé avec le département de la Meurthe. Ce dernier s’engageait à couvrir les frais. En contrepartie, Thiaucourt lui accordait quelques années de gratuité du loyer.

A l’intérieur, six appartements étaient occupés par les gendarmes, plus ou moins vastes selon le grade. La gendarmerie possédait son four à pain. Des box, équipés de mangeoires et d’abreuvoirs, permettaient d’accueillir les chevaux. Et, évidemment, des cellules permettaient d’emprisonner les malandrins et autres forbans appréhendés. Chacune avait sa propre clé terminée par un chiffre lui correspondant. Ces geôles étaient exigües et sans aucune ouverture. Lorsque la porte était refermée, l’individu incarcéré baignait dans l’obscurité la plus totale.

Lors de la Première Guerre mondiale, l’armée allemande occupa Thiaucourt pendant quatre longues années. Tout naturellement, des militaires du Kaiser s’installèrent dans le bâtiment où ils laissèrent du souvenir de leur passage quelques graffiti. A proximité, devant le bâtiment de la Poste, les Allemands aménagèrent sous terre un cinéma permettant de divertir les soldats.
A la suite du transfert en 1970 de la gendarmerie sur le plateau dominant la localité, les appartements de l’ancienne bâtisse furent loués à des particuliers. Le 4 septembre 2022, l’ancienne gendarmerie était la victime d’un incendie. La question de son avenir s’est donc posée. Finalement, la commune de Thiaucourt-Regniéville a décidé de réhabiliter ce bâtiment qui devrait accueillir une résidence intergénérationnelle.
