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Ancien Hospice Saint-Nicolas à Metz

Statue de Notre Dame des Prisonniers et portail gothique de l’ancien Hospice Saint-Nicolas à Metz (Crédits photo : François Bernardin)

L’ancien Hospice Saint-Nicolas se situe près de l’ancien Hôtel de Heu, à l’entrée de la Rue de la Fontaine. Depuis la rue, il présente une magnifique porte gothique du XVème siècle.

Bâtie en pierre blonde, celle de Jaumont, cette porte arbore des piédroits moulurés prompts à dessiner une ogive sous laquelle on remarque trois socles qui soutenaient sans doute, à l’origine, une Vierge et deux saints. Parmi ces saints, il est fort à parier que devait se trouver Nicolas, le saint patron de la Lorraine et des Lorrains, mais aussi des enfants, lui le guérisseur et le modérateur. On remarquera aussi le gâble, avec ses feuilles d’acanthe, ainsi que les pinacles fleuronnés et la frise ajourée, faite de quadrilobes et de rinceaux entrelacés.

porte gothique Hospice Saint-Nicolas
Porte gothique de l’ancien Hospice Saint-Nicolas (Crédits photo : Kévin GOEURIOT pour le Groupe BLE Lorraine)

Au Moyen-âge, l’Hospice Saint-Nicolas était le plus important de la cité messine. Situé entre l’église Saint-Martin et l’ancienne place du Champ-à-Seille, il accueillait des gens de tous métiers, de toutes terres et de tous pays. Outre les bâtiments situés au cœur même de la cité, l’hospice Saint-Nicolas possédait quelques annexes aujourd’hui oubliées, à l’image de la ladrerie des Bordes, une léproserie située sur les hauteurs de Vallières. L’emplacement de ces « Bordes », dont le nom donnera le mot « bordel », c’est-à-dire un lieu peu fréquentable, n’était pas anodin. Placés au sommet d’une colline frappée par les vents d’Ouest, les lépreux ne risquaient pas de contaminer les habitants de Metz. On pensait en effet que les miasmes étaient ainsi chassés par les vents dominants. Derrière ces éléments, c’est, au fond, un autre visage de Saint Nicolas qui apparaît. Avant d’être le pourvoyeur de cadeaux que nous connaissons, avant même d’être le protecteur de la Lorraine et des Lorrains, Saint Nicolas est d’abord le thaumaturge, celui qui guérit, celui qui vient au secours des malades.

cour Hospice Saint-Nicolas Metz
Cour de l’ancien Hospice Saint-Nicolas à Metz (Crédits photo : Juju939)

A noter enfin que l’Hospice Saint-Nicolas possédait aussi des terres et des vignes qui lui assuraient d’importants revenus qui étaient réinvestis en faveur des soins dispensés aux malades. On pourrait d’ailleurs comparer l’institution aux Hospices de Beaune, que le Chancelier Rollin et sa femme, Guigone de Salins, ont fondé « pour le salut de leurs âmes ». Un hôpital où l’on soignait tant bien que mal, avec les méthodes de l’époque, c’est-à-dire avec deux à trois malades par lit, des saignées, des lavements, etc.

Rédigé par Kévin GOEURIOT

Historien de la Lorraine, écrivain et professeur d’histoire-géographie pour le Groupe BLE Lorraine.

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Un Commentaire

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  1. Selon un règlement imprimé à Metz en 1677 chez Jean et Pierre Collignon, imprimeurs alors installés Place Saint Jacques, l’Hôpital Saint-Nicolas servait moins de dispensaire que de prison, d’orphelinat ou même de mouroir. Le document, qui nous fait pour ainsi dire entrer dans la réalité du monde hospitalier messin d’il y a 350 ans, indique que l’hôpital recevra « les femmes délaissées de leurs maris, les orphelins, les pauvres valides et invalides, même, incurables, à l’exception toutefois de ceux qui sont affligés de lèpre, de maladie contagieuse ou du mal vénérien. » Ces derniers, en effet, étaient placés dans des léproseries, maladreries ou malmaisons, comme on disait alors. Et ces établissements étaient généralement situés en dehors de la ville et, si possible, à l’Est de la cité. Les vents dominants venant de l’Ouest en Lorraine, on pensait qu’ils chasseraient les miasmes loin des centres d’habitations. Il reste d’ailleurs, dans la toponymie locale, quelques traces de ces établissements : les Bordes, à Vallières, ou la ferme Saint-Ladre, Saint Lazare étant réputé être protecteur des lépreux.

    Le même texte nous apprend également que les pensionnaires de l’Hôpital Saint-Nicolas avaient interdiction de sortir de l’établissement pour aller mendier dans les rues et aux portes de la ville. L’aumône que les habitants pouvaient faire aux résidents devait obligatoirement passer par le tronc de l’hôpital. Cela, nous dit le texte, afin d’éviter « que les charités destinées aux véritables pauvres ne soient consommées par des libertins et des vagabonds ».

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