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Le site historique du Ban-Saint-Jean menacé par des éoliennes

Le site historique et mémoriel du Ban-Saint-Jean en Moselle (Crédits photo : Jean-Marie MATHE pour le Groupe BLE Lorraine)

Le site du Ban-Saint-Jean est situé à cinq kilomètres de Boulay-Moselle. 23 000 prisonniers ukrainiens y sont morts dans les pires conditions. Une stèle inaugurée en juin 2012, après douze ans d’attente, a été érigée pour qu’on n’oublie pas cet épisode noir de la dernière guerre. Mais un projet de six éoliennes et un parc photovoltaïque de 26 hectares vont dans un avenir proche défigurer ce site mémoriel et cette vaste nécropole de 115 hectares. Des voix s’élèvent et une association se bat.

Que s’est-il passé entre 1941 et 1944 au lieu-dit « Le Ban-Saint-Jean » (Johannis Bannberg en allemand), commune de Denting, près de Boulay ? Quelle vérité se cache exactement sous les ronces qui recouvrent l’annexe de l’ancien Stalag XII F ? La Moselle annexée voit affluer des milliers de prisonniers de guerre et travailleurs forcés d’Europe de l’Est : Russes, Polonais, Yougoslaves et Ukrainiens. Ils sont envoyés dans les mines, les usines et les fermes. Considérés par les Nazis comme « Untermenschen », autrement dit des « sous-hommes », ils sont disséminés dans des camps, dont celui du Ban-Saint-Jean où ont transité 350 000 d’entre eux. Ils y ont vécu, souffert, travaillé pendant des mois. Ils y sont morts aussi. En grand nombre. Le chiffre de 23 000 est souvent avancé.

camp Ban-Saint-Jean
23 000 personnes sont mortes au camp du Ban-Saint-Jean (Crédits photo : Jean-Marie MATHE pour le Groupe BLE Lorraine)

Des trous de mémoire plus difficiles que d’autres à combler

Ce chapitre occulté pendant plus de cinquante ans et délaissé de l’Histoire a rattrapé le temps perdu. Des chaînes de télévision, notamment Histoire ou plus récemment France 3 et Mirabelle TV avec la diffusion de Trou de mémoire, le documentaire de Dominique Hennequin, ont montré de l’intérêt pour relayer le sujet. Mais, ce devoir de mémoire n’aurait pas été possible sans le travail acharné depuis quinze ans de l’AFU (Association Franco-Ukrainienne pour la réhabilitation du Ban-Saint-Jean) et de son Vice-président Gabriel Becker, infatigable défenseur du site. Son long combat a d’abord débouché sur l’inauguration d’une stèle le 24 juin 2012 et d’un chemin pédagogique en 2014. « Nos actions visent à faire connaître ce site et à l’animer pour en faire un lieu touristique et mémoriel », affirme Bruno Doyen son Président, tout en mesurant l’ampleur du travail qu’il reste à mener pour sortir définitivement de l’oubli cet ancien camp. Travail qui risque d’être anéanti par un projet industriel d’envergure.

Eoliennes et parc photovoltaïque

Six éoliennes de 150 mètres de haut et un parc photovoltaïque de 35 hectares, voilà ce que prévoit le projet industriel de Denting mené par la municipalité et Nordex. Cette société, créée en 1985 au Danemark, a une filiale française depuis 2001. Celle-ci gère 171 parcs comprenant 204 éoliennes dans l’Est de la France, dont 56 en Moselle. Elle a d’ailleurs déjà installé de nombreuses turbines dans le secteur : douze à Boulay, sept à Coume, cinq à Momerstroff et quatre à Morlange. Pour Denting, un projet de huit éoliennes a été rejeté en 2018. Un second de six machines date de décembre 2019. Trois seront installées sur des terrains agricoles et les trois autres sur le territoire communal. Ces éoliennes, dont la mise en service est prévue en 2023-2024 après une enquête publique en 2022, rapporteront 90 000 euros à la commune de Denting et 120 000 euros à la CCHPB (Communauté de Communes de la Houve et du Pays Boulageois).

Quant au parc photovoltaïque, l’étude d’impact devrait démarrer dans les prochains mois. « Toute la partie mémorielle n’est pas impactée par les projets d’énergie renouvelable qui sont menés », nous disent Thomas Leblanc et Simon Vandenbunden, les chefs de projet qui rajoutent : « Depuis cinq ans, notre rôle est de porter des projets. On est en position de dialogue, à l’écoute des griefs. En amont de l’enquête publique, les opposants peuvent se mobiliser de la manière qui leur semble bonne ». Est-ce en prévision de ces implantations qu’ont commencé déforestation et défrichement du lieu en contradiction avec les règles environnementales ? « Ces travaux sont à l’initiative de la mairie dans le but d’accéder aux bâtiments à l’abandon en vue de leur mise en sécurité », complètent les deux chefs de projet de Nordex.

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Le site a été défriché (Crédits photo : Jean-Marie MATHE pour le Groupe BLE Lorraine)

Que demande l’AFU ?

Individuels, scolaires, groupes, le Ban-Saint-Jean a accueilli 6 000 visiteurs cette année. L’association franco-ukrainienne a un devoir d’explication pour éveiller les consciences. Peut-on accepter un site industriel à côté d’un lieu de mémoire ? Toute la réflexion de l’association est axée sur cette problématique. « Ne pas nuire au sacré du lieu. Préserver l’atmosphère et l’ambiance de l’endroit. Tous nos sens doivent être épargnés des perturbations causées par des nuisances, afin de préserver un recueillement serein et solennel. Le site doit rester respectueux et digne », explique Bruno Doyen, Président de l’AFU, tout en ajoutant : « Notre réflexion ne se cantonne pas dans le « pour » ou « contre » les éoliennes. Il y en a déjà 70 dans un rayon de quinze kilomètres autour de Boulay. Que pouvons-nous accepter ? Pas d’éoliennes pour cannibaliser le site. Le château d’eau qui est la signature du Ban-Saint-Jean en aura une à ses côtés » Et de proposer : « Nous sommes d’accord pour un parc photovoltaïque avec une ceinture végétale l’occultant et l’intégrant à la forêt existante. Pas de pollution visuelle et phonique. Mais aussi sauvegarder la cité Nord du camp visible depuis la stèle ».

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Le château d’eau du camp du Ban-Saint-Jean (Crédits photo : Jean-Marie MATHE pour le Groupe BLE Lorraine)

De vives réactions

Peut-on délibérément détruire un site historique, le plus grand mouroir nazi de France, où ont péri plus de 23 000 prisonniers entre 1940 et 1945 ? Ceux-ci méritent autre chose qu’indifférence et mépris. A peine le blog de Jean-Marie Guziz était-il mis en ligne à la mi-octobre sur le site les-carnets-de-moselle.com, faisant référence au futur projet industriel, que les protestations se multipliaient sur Facebook et sur le site internet du Ban-Saint-Jean.

stèle Ban-Saint-Jean
Les responsable de l’AFU devant la stèle commémorative du Ban-Saint-Jean (Crédits photo : Jean-Marie MATHE pour le Groupe BLE Lorraine)

Svetlana Joukova, Russe de Volgograd, petite-fille d’un soldat russe mort au camp du Ban-Saint-Jean, où elle est déjà venue, témoigne : « C’est un site historique unique, un lieu de mémoire. Les gens, les jeunes générations doivent se souvenir ce que sont la douleur et l’horreur de la guerre. Le Ban-Saint-Jean est une leçon pour l’humanité. Ici, vous pouvez toucher directement l’histoire vivante. Qu’est-ce qui est le plus important : l’avantage économique ou la contribution à la formation de la paix sur Terre ? ».

Florilège de réactions

« On rase les bâtiments, on efface le souvenir, on salit la mémoire et on souille les corps et les tombes » (Alexis Oudard) ; « Une façon de renier l’Histoire » (Sueva Cor) ; « Accepterait-on des éoliennes sur le Struthof ? » (Chrystalle Zebdi Bartz) ; « Outrée par tant de légèreté » (Catherine Bauer) ; « Projet infecte ! Ce serait un véritable sacrilège » (Artur Varoqui) ; « A la fois affligée et écœurée. Inutile de se révolter contre la déforestation au Brésil alors que près de chez nous, certains élus privilégient la rentabilité plutôt que le respect de la nature et encore moins le respect de la mémoire des hommes » (Nicole Muller) ; « Les éoliennes ? Une profanation pour le site » (Jacqueline Grandin).

« Les réactions sont uniquement pour alimenter le débat. La moitié des gens ne sait même pas ce qu’il s’est passé au Ban-Saint-Jean. C’est de la désintox », nous dit François Bir, Maire de Denting depuis le mois de mars et qui a repris le projet éolien et photovoltaïque d’Alain Albert, son prédécesseur. Et il ajoute : « Les éoliennes ne seraient pas sur le lieu de mémoire mais à côté. Si le projet se fait, la commune de Denting aidera l’AFU à améliorer et à sécuriser le lieu. En revanche, dans le cas contraire, les bâtiments, propriété de la commune depuis novembre 2015, seront détruits pour raison de sécurité. En cas d’accident, c’est le maire qui est responsable ».

Le camp du Ban Saint Jean ou l’histoire d’un charnier oublié

Au début des années 1930, la Ligne Maginot étire fièrement sa réputation d’inviolabilité tout au long des frontières de l’Est. A quelques minutes de Boulay, le camp du Ban-Saint-Jean, construit entre 1934 et 1936, héberge le 146ème RIF (Régiment d’Infanterie de Forteresse). Jouxtant ce camp coquet niché au cœur de la forêt, la cité du Ban-Saint-Jean, réservée aux logements des officiers, se veut exemplaire et s’enorgueillit d’une splendide roseraie qu’appréciera le président Albert Lebrun, lors d’une visite en 1936.

bâtiments Ban-Saint-Jean
Les bâtiments du camp du Ban-Saint-Jean doivent être sécurisés (Crédits photo : Jean-Marie MATHE pour le Groupe BLE Lorraine)

En juin 1940, à l’Armistice, les Allemands vont transformer ce casernement en camp de détention, d’abord réservé aux prisonniers français. François Mitterrand y fera d’ailleurs un bref séjour avant de s’en évader avec l’aide de passeurs locaux. A partir de l’automne 1941, le camp « accueille » des hordes d’individus en loque, des prisonniers d’Europe de l’Est, majoritairement ukrainiens. Ils arrivent tous les jours en gare de Boulay, déchargés de leurs wagons à bestiaux dans un état physique pitoyable et rallient le Ban-Saint-Jean à pied. Là, s’effectue une sélection : les plus costauds sont envoyés dans les mines de fer et de charbon et les plus « chanceux » employés dans les fermes aux alentours.

Nombreux sont ceux qui végètent sur place. Vu le manque de nourriture et de soins, ils meurent par milliers. Selon les chiffres de l’époque, 350 000 prisonniers auraient transité par ce camp et près de 23 000 auraient été jetés dans 204 fosses communes.

En 1945, les survivants et la communauté ukrainienne de l’Est de la France alertent l’opinion publique sur l’ampleur du forfait et réussissent à aménager un cimetière décent sur l’emplacement du charnier. Les seuls Ukrainiens gèrent le site et entretiennent la flamme du souvenir au grand désespoir de l’Union Soviétique qui obtient en 1980 l’exhumation de 2 879 corps et leur transfert vers une nécropole soviétique à Noyers-Saint-Martin dans l’Oise. Le Ban-Saint-Jean est abandonné en 1986. L’oubli tisse sa toile jusqu’en 2000.

Déjà, un précédent

A l’automne 2000, la population du Pays Boulageois apprend par la presse que la municipalité de Denting envisage la construction au Ban-Saint-Jean d’une usine d’incinération des boues des stations d’épuration de toute la Moselle. L’ADPN (Association de Défense du Pays de Nied) tire la sonnette d’alarme et réussit à créer un front du refus. Une pétition de plus de 3 000 signatures et une marche de protestation de 600 personnes viennent à bout du projet. En plus des conséquences environnementales néfastes, l’argument mis en avant était la présence de ce camp de prisonniers pendant la guerre où des milliers de soldats ukrainiens avaient péri. Cette raison historique et humaine a fait reculer les autorités et le projet est abandonné, par respect dû aux victimes de ce camp, comme l’avait dit Jean-Pierre Masseret, alors secrétaire d’état aux anciens combattants. A la suite de cet épisode, Gabriel Becker, devenu la mémoire et le biographe de l’ancien camp du Ban-Saint-Jean, a interrogé les « anciens », consulté les archives et les articles de presse de l’époque. Au fur et à mesure de ses recherches, il considère que, pour la mémoire collective, il faut faire un livre.

En 2001 paraît Le camp du Ban-Saint-Jean. Lumière sur une honte enf(o)uie, tiré à 4 000 exemplaires. Suivront Le drame ukrainien en France (2005), La Revie (2010) et Nadejda : Espoir (2016). Entre temps, en 2004, l’AFU était née. Elle compte aujourd’hui plus de 200 adhérents.

Rédigé par Jean-Marie MATHE

Passionné de médias et correspondant local en Pays Boulageois pour le Groupe BLE Lorraine.

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8 Commentaires

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  1. Considéré comme le plus grand mouroir nazi de France, le site du Ban-Saint-Jean se trouvait en réalité au centre d’un vaste réseau de camps de prisonniers instauré par le régime hitlérien en Moselle annexée. Aujourd’hui encore, cette histoire sombre reste largement méconnue de la majorité des Lorrains. Deux populations se sont retrouvées en Moselle, à savoir les prisonniers de guerre, qui constituaient une main d’œuvre corvéable à merci par les Nazis, ainsi que les travailleurs forcés raflés en Pologne et en Ukraine. En 1943, la Moselle comptait plus de 70 000 prisonniers de guerre et travailleurs forcés.

    Il faut bien comprendre que la Moselle était un département annexé. Intégré au IIIème Reich, elle était soumise aux lois allemandes pour être germanisée et nazifiée. Ce qu’il se passa dans cette partie de la Lorraine est unique en France. C’est aussi pour cela que la situation et ce pan de l’histoire de la Moselle sont difficiles à appréhender de l’extérieur.

    Des dizaines de milliers de prisonniers soviétiques du front de l’Est ont transité au Camp du Ban-Saint-Jean qui était le centre de tri du Stalag XII F de Forbach pour la Moselle et la Sarre. Le site a été ouvert à l’automne 1941 juste après le début de l’opération Barbarossa, le nom de code qui désigne l’invasion de l’URSS par les troupes allemandes. Blessés, affaiblis ou agonisants après deux semaines de transport dans des wagons à bestiaux à travers les chemins de fer du Reich, ces hommes étaient débarqués en gare de Boulay, où un premier tri était effectué. Ceux qui étaient capables de marcher six kilomètres rejoignaient le Ban-Saint-Jean. Les autres étaient amenés à l’hôpital. Les corps des morts et des mourants étaient jetés dans des fosses communes de l’autre côté de la rue. Ponctionné sur le cimetière israélite, le terrain devînt après la fin de guerre un lieu de mémoire qui contiendrait près de 3 600 corps selon des estimations. Un infirmier allemand mit en place un nouveau protocole de sélection à l’automne 1943. Les prisonniers étaient dénudés à leur arrivée et passés à la douche froide. On les faisait ensuite courir, avant de les laisser nus dehors pendant une nuit entière. L’immense majorité des prisonniers de guerre en Moselle était soviétique.

    136 camps de prisonniers de guerre furent au total créés rien qu’en Moselle. Un maillage impressionnant dirigés par la Wehrmacht destiné à répondre au plus près au besoin de l’économie de guerre. Ces camps étaient entourés de barbelés et constamment surveillés. Les civils n’étaient pas autorisés à y entrer et avaient interdiction de nourrir et de parler aux prisonniers de guerre. En parallèle, les Allemands avaient constitué un second réseau pour les travailleurs forcés géré par le Deutsche Arbeitsfront. Tout aussi gigantesque, celui-ci comprenait 112 sites et Kommandos. Encore aujourd’hui, tous n’ont pas été répertoriés. Les travailleurs forcés étaient également appelés Ostarbeiter car ils avaient été raflés dans des villes et des villages d’Europe de l’Est, principalement en Pologne et en Ukraine. On estime qu’ils furent au moins 30 000 en Moselle.

    Si bien qu’en additionnant les 136 camps de prisonniers de guerre, les 112 sites de travailleurs forcés, les deux centres de tri et les trois annexes du Struthof, plus de 250 camps se trouvaient en Moselle. Les prisonniers de guerre et les travailleurs forcés représentaient une personne sur sept sur les 500 000 habitants que comptait le département fin 1943. Les prisonniers de guerre travaillaient essentiellement dans les mines de fer et de charbon. Il y avait notamment plus d’un millier de prisonniers soviétiques au Camp du Barrois à Freyming-Merlebach, 1 800 à Petite-Rosselle, un autre millier à Creutzwald et des centaines à Faulquemont, Forbach, Sainte-Marie-aux-Chênes ou encore Moyeuvre-Grande.

    Chaque prisonnier de guerre devait atteindre des objectifs, plus ou moins réalisables, à la mine. Ceux qui n’en pouvaient plus étaient envoyés au Ban-Saint-Jean pour être placés par la Wehrmacht à la journée dans des fermes des alentours. Nourris et logés, ils y reprenaient des forces en aidant aux travaux en plein air pendant quelques semaines avant de retourner à la mine. Des milliers d’autres prisonniers de guerre travaillaient également dans les usines sidérurgiques d’Amnéville, de Rombas ou de Hagondange. Certaines furent aussi envoyés dans les entrailles de Wittring à l’usine souterraine de V2, ou encore dans des usines de construction. D’autres devaient quant à eux balayer les rues, décharger les wagons de marchandises à Metz, couper du bois à Abreschviller ou déblayer les dégâts causés par les bombardements. Les journées de travail s’étalent sur douze heures. Elles passèrent de six à sept jours sur sept à partir de 1943 et la déclaration de guerre totale.

    Les travailleurs forcés occupaient des fonctions similaires dans les usines pour contribuer à l’effort de guerre du Reich. Des milliers étaient employés dans l’usine sidérurgique de Hagondange, des centaines dans l’usine de bouillons cube de Châtel-Saint-Germain et dans l’usine de pièces militaires de Metz-Devant-les-Ponts. Au fort de Rozérieulles, d’autres avaient pour mission de reconditionner les torpilles de la marine française pour être utilisables par la marine allemande. Des centaines de travailleuses de l’Est se retrouvèrent par ailleurs dans les cuisines et le service des hôtels de Metz et dans les administrations. L’essentiel de la main d’œuvre agricole était composé d’Ostarbeiter. Les travailleurs forcés étaient amassés dans des camps plus ouverts. S’ils étaient aussi surveillés, ils étaient néanmoins libres de leurs mouvements et pouvaient sortir le soir et le dimanche habillés en civil. Ils étaient cependant obligés de porter un insigne cousu sur leur vêtement : P, pour les Polonais, Ost pour les autres. Ils possédaient une carte de travail avec leur nom, une photo et leurs empreintes. Ils avaient en moyenne 17 ans.

    Conformément à la doctrine Sauckel, les prisonniers de guerre et les Ostarbeiter n’étaient pas beaucoup payés pour leur travail. Les hommes étaient en moyenne rémunérés 80 Reichmarks par mois, ce qui correspond à un tiers environ du salaire d’un ouvrier allemand. Mais 36 Reichmarks étaient retirés pour la nourriture, six autres pour l’hébergement, 2,5 pour les vêtements et 34 au titre des impôts. Si bien qu’il ne leur restait que cinq Reichmarks par mois à dépenser à la cantine et à l’intérieur du camp. De leur côté, les femmes ne percevaient que quarante Reichmarks par mois.

    Les risques étaient énormes. Mais certains Lorrains laissaient parfois un bol de soupe sur le rebord de la fenêtre lors du passage d’un convoi de prisonniers, faisaient tomber une cigarette à côté ou encore glissaient des pommes de terre cuites sous les fils barbelés. Si un Allemand était aperçu en train de fréquenter une Polonaise, il était emprisonné pendant plusieurs semaines. La Polonaise prenait quant à elle la direction du camp de Schirmeck. Inversement, si une Allemande fréquentait un Polonais, elle était emprisonnée et l’homme pendu. Aux dénonciations fréquentes s’ajoutait la répression policière qui devînt de plus en plus brutale à partir de 1943 quand les dirigeants du Reich prirent conscience de l’échec de leur politique de germanisation en Moselle. Alors que des réfractaires se cachaient dans des bois, les évasions de Malgré-Nous ou de prisonniers de guerre devinrent de plus en plus nombreuses et les filières de passeurs commencèrent à se développer. Certains se remémorent encore la potence mobile qui fut utilisée dans les bois entre Augny et Marly, près de Metz.

    On estime que 16 000 personnes furent emprisonnées en Moselle entre 1941 et 1944, allant de quelques jours jusqu’à la mort en camp de concentration. Rapporté aux 500 000 habitants de l’époque dans le département, cela représente 3 % de la population, ce qui fait de la Moselle l’un des départements de France où la répression fut la plus forte. Sur ces 16 000 personnes, 40 % étaient des Slaves, soit 7 000 sur les 70 000 présents en Moselle au cours de cette période.

    150 corps de prisonniers soviétiques du camp de Woippy furent retrouvés en juillet 1950 sur le chantier de l’A31 à Metz-Nord. Ils avaient été fusillés le 31 août 1944 lors de l’évacuation du camp et de la fuite des Allemands.

    Alors que le site du Ban-Saint-Jean est menacé et risque de tomber à jamais dans l’oubli, de plus en plus de citoyens de mobilisent pour qu’il soit réhabilité et que ses cités soient sauvegardées comme uniques témoignages de l’architecture civile de la Ligne Maginot. L’ancien camp accueille de nos jours des milliers de visiteurs chaque année, dont des centaines de Russes et d’Ukrainiens. Les plaques russes et ukrainiennes fleurissent au cimetière de Boulay-Moselle.

    Source : Le Républicain Lorrain

  2. je trouve ce projet contre nature, dénaturer une page de l’histoire pour quoi? de l’argent. La commune ne devrait même pas y penser.

  3. l’éolien est totalement néfaste. L’Allemagne par son choix, a besoin de l’éolien, pas la France qui a déjà fait sa transition électrique il y a 40ans et qui produisait jusqu’en 2020 une électricité quasiment sans rejet de CO2 grâce au nucléaire et à l’hydraulique : modèle européen avec la Norvège, la Suède et la Suisse, et même mondial. Malheureusement pour les générations futures, à cause du réchauffement climatique, l’arrêt intempestif de la centrale de Fessenheim commence à dégrader ce modèle.
    En France l’éolien est néfaste, même pour le climat, par son intermittence qu’il faut pallier notamment en brûlant du gaz d’où rejet de CO2. Il abîme ses territoires, son économie, son système électrique, son énergie nucléaire que nous subordonnons à ses dépens aux éoliennes.

  4. En raison des nombreuses réactions indignées suscitées par le projet de parc éolien et photovoltaïque envisagé sur une partie du site historique du Ban Saint-Jean, charnier et ancien camp de prisonniers russes et ukrainiens dirigé par les Nazis durant la Seconde Guerre Mondiale, le préfet de la Moselle a dernièrement décidé le gel de tous travaux sur les lieux pendant un an et annoncé la création d’un comité de concertation sur le devenir du site. Rappelons que le Ban-Saint-Jean appartenait jusqu’en 2016 au ministère français de la défense qui l’a cédé à l’euro symbolique à la commune de Denting. Aucune demande d’inscription à l’inventaire des Monuments Historiques n’a jusqu’à présent été initiée. Celle-ci constituerait pourtant un préalable pour la sauvegarde de ce patrimoine et l’aménagement des lieux en site de mémoire. Un tel vecteur culturel serait bien plus avantageux pour Denting qu’une démolition pure et simple de ces bâtiments historiques qui menacent de s’effondrer.

  5. encore et toujours le fric,pour une société étrangère avec une filiale et pour faire plaisir aux pastèques voila l’écologie made in france l’arrêt de toute construction et revenir au charbon propre oui nous pouvont le faire mais les politiques??

  6. Honte à la commune de Denting d’avoir voulu dénaturer ce site de mémoire. Au lieu de mettre en valeur cette douloureuse page d’histoire, on y a fait un véritable carnage. Et je ne parle pas des animaux de toute sorte que la déforestation a privé d’habitat. Eux-mêmes respectaient la quiétude des lieux.
    J’espère que les dizaines de milliers de pauvres malheureux qui reposent en ces lieux vous jugeront le moment venu pour avoir voulu un jour piétiner pour de mercantiles raisons leur mausolée.
    On n’a pas le droit de nier l’histoire et encore plus de la salir. J’ose espérer que le point de non retour n’a pas été franchi, et qu’il est encore temps de raisonner les promoteurs de ce faux pas.

  7. Une honte pour notre pays ,le manque de mémoire, et pour tirer du FRIC..Grace a l écologie .

    Ici dans mon département le 79, je suis entouré d éoliennes une cinquantaine.Invivable le bruit et autres causes désagréables étant RADIO AMATEUR,impossible trafiquer en VHF-UHF et autres modes
    de transmissions.

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