Peuplé d’environ mille habitants, Jézainville est un village de la pittoresque contrée surnommée la Petite Suisse lorraine. S’étendant dans un vallon lové entre la Côte de Cuite et celle de Puvenelle, il est traversé par le ruisseau d’Esch que nous retrouvons orthographié dans les anciens textes sous la forme « Aix ». Le « x » se prononçant « ch » en Lorrain roman, le nom de ce cours d’eau a évolué pour aboutir à « Ache » puis « Esch » dans le langage local. Il doit tout simplement sa dénomination au latin « aqua » signifiant « eau ». Outre ce décor naturel magnifique, la localité est également pourvue d’un patrimoine architectural important.
Ainsi, bordant la ruelle reliant la Grande Rue à la Rue du Saule, une vieille bâtisse était considérée comme l’une, voire la plus ancienne maison de Jézainville. Elle fut malheureusement rasée au cours de l’année 2020 pour laisser la place à une aire de stationnement. Son ancienneté lui avait valu le surnom de maison « Renaissance ». Des éléments de son architecture plaident en effet pour une datation remontant à cette période de l’histoire.
Par exemple, la porte de la maison qui donnait sur la ruelle menant à l’église Saint-Aubin peut être datée des XV-XVIèmes siècles grâce à l’arc surbaissé qui la couronne. Caractéristique de cette époque, ce style architectural est dénommé arc en anse de panier. Courbe plane fermée qui est tracée au moyen d’arcs de cercle en nombre impair, l’arc en anse de panier prit son essor à la Renaissance. Il était néanmoins déjà connu plus d’un siècle avant notre ère par les mathématiciens, notamment par Héron d’Alexandrie qui avait établi une méthode simple permettant de le tracer.
Plusieurs de ses fenêtres étaient surmontées d’un linteau trilobé, dont l’un présentait des motifs fortement dégradés avec le temps. Ceux-ci semblaient faire penser à une amphore et à un outil. Peut-être cette demeure avait-elle appartenu à un vigneron ou était liée à l’activité vinicole ? Cela est fort possible car de nombreux habitants exerçaient autrefois cette profession. D’ailleurs, une rue de la bourgade porte le nom de leur saint patron, Saint Vincent, un diacre espagnol mort en martyr à Valence en 304. Sous une autre ouverture, un chéneau permettait l’évacuation des eaux.
Il est bien regrettable qu’un tel bâtiment, rescapé des destructions causées lors de la Guerre de Trente Ans, ait connu un sort si funeste, d’autant plus qu’il avait également survécu aux deux guerres mondiales du XXème siècle. Témoin d’une autre époque, il n’est plus que poussière. 


