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Pouilly fête l’histoire et la rénovation de son église millénaire

L'église Saint-Rémi de Pouilly (Crédits photo : Thomas RIBOULET pour le Groupe BLE Lorraine)

En cette journée nous célébrons la rénovation de notre église, magnifiquement mise en valeur dans cet écrin, sur cette place. Mais la connaissons-nous réellement ? Il faut dire qu’on la voit bien depuis la route, que l’on passe souvent à côté, en voiture ou à pied. Si souvent, qu’à tel point qu’il nous arrive parfois de l’oublier, de plus y prêter attention, jusqu’à qu’elle vienne se rappeler à nous et nous chuchoter à l’oreille les heures de la journée, comme des offices. Elle veille sur nous. Impassible et immobile. Elle est un repère spatial, au centre du village, en son cœur historique, entre les châteaux Puhl, du XVIIIème siècle, avec son imposante porte à bossage, et le château Georges, qui présente quant à lui de belles fenêtres Renaissance. Elle est aussi un repère temporel car elle rythme le temps qui passe et nous ramène à notre propre condition. Elle nous accompagne tout au long de notre existence, dans les moments de joies, comme dans les peines. Elle est également un repère moral. Ne cherchons-nous pas parfois à la remettre au centre du village, quand bien même elle n’aurait pas vraiment bougé, lorsqu’il s’agit de ramener de l’ordre et de la sérénité, lorsqu’il s’agit aussi d’apaiser et de pacifier ?

Il faut dire qu’elle en va pu passer des choses, cette vénérable dame de pierre, qu’elle en a traversé des époques et des évènements. Des moments d’allégresse comme des tourments. Car oui, Mesdames et Messieurs, célébrer notre église aujourd’hui, c’est célébrer un patrimoine millénaire. C’est retracer mille ans d’histoire. Bien entendu, l’église que nous connaissons aujourd’hui a bien changé par rapport aux premières constructions. Mais c’est pourtant ici, qu’il y a mille ans, au XIème siècle, une petite chapelle fut construite, sur le côté de la route qui menait à Metz. Cette petite chapelle, sans prétention, était dédiée à Saint-Paul. Mais cet édifice primitif s’effondra au début du XIIIème siècle. Une autre église fut donc élevée peu de temps après par la noblesse de Pouilly, qui la considérait d’ailleurs comme sa chapelle. Malgré les agrandissements et les remaniements ultérieurs, de cette église nous est parvenus la nef et le chœur. C’est aussi au XIIIème siècle que l’église de Pouilly fût dédiée à Saint Rémi. Evêque de Reims, Rémi baptisa en 496 trois mille Francs en une seule journée, dont un certain Clovis. D’ordinaire fêté le 15 janvier, Saint Rémi, patron de Pouilly, est cela dit aussi célébré le 1er octobre selon une tradition locale qui remonte à la fin du VIème siècle.

En 1296, l’église Saint-Rémi de Pouilly reçut le titre de Mère-église, c’est-à-dire qu’elle devait jouer le rôle de paroisse mère pour fonder d’autres églises dans la région. C’est en souvenir de cette époque faste que la place que nous connaissons de nos jours a été nommée Place Mère-Eglise. En ces temps, Pouilly était un haut lieu de la chrétienté. Les puissants Evêques de Metz y exerçaient eux-mêmes la haute justice et les droits souverains. Durant le Moyen-âge, l’église Saint-Rémi vit Pouilly subir le sort d’un bourg situé en périphérie d’une ville libre fortifiée. Avec son lot d’attaques, de passages de troupes et de reconstructions. Florissante et prospère, la République Messine, protégée par ses remparts entre Seille et Moselle, attisait les convoitises. Mais attirait aussi les corporations. Pouilly fut d’ailleurs le siège de l’une d’entre elles, et non des moindres. L’Archiconfrérie des Arbalétriers. Présente depuis le XIème siècle dans la commune, elle produisit ses armes jusqu’au XVIIème siècle au sein du château Georges, à l’ombre du clocher de l’église. Il fallait voir les doigts des artisans sur le bois et le métal des arbalètes. Il fallait les voir tirer sur les cibles et s’entraîner sur les terrains près du colombier, où l’on pouvait entendre les chardonnerets et les sifflements des flèches qui perçaient l’air, tels des aigles fondant sur leurs proies. Il fallait voir l’effervescence, les jours de fêtes notamment. Aves les flûtes et les grelots. Avec les défilés en uniforme aussi, le village tout paré de jaune et de rouge, sous les roulements des tambours. Les cloches qui sonnaient à toutes volées. Les rires et les éclats de voix des grandes tablées, alors que montaient les senteurs et le parfum des épices et du thym. Toutes les saveurs de la cuisine du Michel. Quel spectacle ! Il fallait voir le gros Robert qui courait et qui s’affairait à servir les convives. Les moments de liesses, puis les veillées et les soirées au coin du feu, ou près de l’âtre qui réchauffait les cœurs. Un âge d’or et d’allégresse, avant que ne viennent les grandes misères de la guerre et la montée des impérialismes. Avant que le bruit de la fête et des chopes ne s’efface face à celui des bottes. Oh, elle en a connu des époques notre église avec son beau clocher carré surmonté d’un toit pointu. Elle en vu passer et trépasser. Elle qui contemple l’horizon des Côtes de Moselle. Elle qui protège et qui veille sur son maître-autel du XVIIIème siècle qui recouvre la tombe du Chevalier Christophe de Collignon, de sa femme et de son enfant, enterrés là en 1735.

Comme le temps qui passe et qui s’écoule, elle a changé aussi notre église. Elle qui fut une première fois remaniée au XVIIIème siècle justement avec son portail et ses petites fenêtres arrondies pour former cet édifice néo-roman. Elle qui fut encore agrandie en 1875 avec l’ajout des transepts. C’est également au XIXème siècle que le roi des instruments fît son entrée dans notre église. En 1897 plus précisément. L’orgue de style romantique commença alors à jouer ses partitions. Il y a d’ailleurs un peu de mélancolie qui sort parfois encore de ses tuyaux et de son buffet. Un buffet aux sonorités particulières, rythmées et douces à la fois, un buffet qui vient d’ailleurs, un buffet d’un ancien orgue d’Algérie, sans doute l’un des tous premiers d’Afrique. Son Soleil et ses notes nous réchauffent quand viennent le vent et la pluie. Le Soleil, la lumière, les couleurs, mais l’eau aussi. Un élément qui est omniprésent sur les onze vitraux de l’église de Pouilly qui datent de 1958 et qui sont l’œuvre d’Arthur Schouler. Saint Rémi, le patron de Pouilly y est représenté au centre dans le chœur. L’eau, toujours l’eau, élément de vie, pour rappeler que la commune est bâtie sur un flanc en-dessous duquel s’écoule la Seille.

Elle en aurait encore beaucoup des histoires à raconter notre église. Elle aurait tant à dire. Peut-être que si ses murs savaient parler, ils nous murmuraient de regarder en sortant le petit oratoire mortuaire du XVIIème siècle situé juste à l’entrée du vieux cimetière, près du château Georges. Ce curieux édifice a été élevé par la famille de Tinceaux, qui demeurait autrefois au château Puhl. On peut encore y apercevoir son blason et sa devise écrite sur un linge déployé « Humila Tene ». « Humila Tene ». « Tiens à l’humilité. » Une devise, un conseil, face au temps qui passe qui nous prends. Une devise pour peut-être aussi, sans faire de bruit, qui sait, tenir encore mille ans de plus.

Discours prononcé par M. Thomas RIBOULET, Président du Groupe BLE Lorraine et Conseiller Municipal de Pouilly le dimanche 4 octobre 2020 lors de l’inauguration des travaux de rénovation de l’église Saint-Rémi de Pouilly.

Rédigé par Thomas RIBOULET

Président-fondateur du Groupe BLE Lorraine et Rédacteur en Chef de BLE Lorraine.

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Un Commentaire

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  1. J’ai adoré lire ce discours plein de poésie et de finesse ; pour un peu je me suis sentie vivre au rythme des époques qui y sont mentionnées.
    Vivement les prochains beaux jours que je puisse découvrir ce joyau.
    Grand merci à Thomas Riboulet
    Cordialement Renée

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