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La légende du Hennefête ou de la Fée Agaisse

Forêt du Massif du Hennefête (Crédits photo : Jean-Michaël CHOSEROT pour le Groupe BLE Lorraine)

Aux temps anciens, dans le Pays de Corcieux dans la montagne vosgienne de Lorraine, vivait une fée appelée Agaisse. Son nom lui vînt des cries perçants semblables à ceux d’une pie, qu’elle émettait pour annoncer sa présence au petit peuple, « Agaisse » signifiant « pie » en dialecte lorrain. Se signalant ainsi par ses cris, tous les êtres de la forêt, de l’insecte au brin d’herbe, du grand cerf au sapin, sans oublier les grèkins (terme général signifiant lutin en Lorrain) et autres sotrés venaient lui rendre hommage en s’inclinant devant elle.

« Le premier vendredi de la première Lune qui suivait le dimanche de la Trinité », Dame Agaisse sortit de son antre de porphyre et survola son domaine. En arrivant sur le Massif du Hennefête, elle poussa un cri si puissant qu’il fut entendu jusqu’à cinq lieues à la ronde, soit 25 kilomètres. Comme à l’accoutumé, tous les êtres de la forêt accoururent s’incliner sur son passage. Alors suivit un concert de cris stridents, dont l’écho résonna au loin dans les montagnes. Tous les animaux avaient baissé la tête, les arbres s’étaient penchés en avant en ployant leurs troncs. Seuls les grands chênes ancestraux décidèrent de braver le despotisme d’Agaisse, en restant droits et fièrement raidis sur leurs racines.

La fée poussa un sifflement plus terrible encore, et dit alors : « Ah ! Chênes orgueilleux, vous vous trouvez trop grands, trop beaux pour vous courber devant moi ? J’aurai raison de vous, je briserai votre fierté. Vous étiez les géants de la forêt, vous en deviendrez les nains sur l’heure. Vous êtes beaux ? Vous serez laids et difformes et vous demeurerez ainsi tant que vous existerez ».

Après ces paroles on vit la ramure des chênes se briser et les troncs se tordre et s’abaisser. Ainsi depuis cet affront fait à la fée il y a des siècles, les chênes du Hennefête sont moins élevés que les sapins et les hêtres. Mais leurs troncs noueux sont de ce fait plus solides et ne plient sous aucun vent aussi fort soit-il.

Dans les cultures païennes, les fées étaient considérées comme des déesses à qui on louait leur bonne grâce. Avec l’arrivée du christianisme, les bonnes fées font place peu à peu à des méchantes fées telle que Agaisse. Plus tard encore on parlera de sorcières, mais dans nos contrées beaucoup continueront à croire aux fées et même à leur demander des services lorsque leurs prières ne sont pas entendues par le nouveau dieu unique.

Sources : Henry Bour, La Forêt vosgienne, son aspect, son histoire, ses légendes, 1893 / Léopold-François Sauvé, Folklore des Hautes Vosges, 1889 / Général Dosse, Légendes Vosgiennes, 1929.

Rédigé par Jean-Michaël CHOSEROT

Naturaliste et éducateur à l’environnement du Pays de Lorraine pour le Groupe BLE Lorraine.

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