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La fabuleuse histoire du nain Bébé de Stanislas

Mannequin de la seconde moitié du XVIIIème siècle représentant Bébé avec des vêtements issus de sa garde-robe - Musée Lorrain (Crédits photo : Ji-Elle)

Célèbre nain de la cour de Stanislas surnommé affectueusement « Bébé » par le Duc de Lorraine, Nicolas Ferry, né le 11 novembre 1741 à Champenay dans les Vosges, est passé à la postérité pour désigner un nouveau-né dans notre langue. Atteint d’une forme de nanisme, il vécût près de 18 ans au Château de Lunéville où il fut adoré de presque tous à la Cour Souveraine de Lorraine. Racontons l’histoire de ce personnage hors du commun.

Il fut un choc pour ses parents à sa naissance. Minuscule, le nourrisson ne mesurait que 19 centimètres et peser seulement 612 grammes. Il était si petit qu’on le faisait dormir dans un sabot. Contre toute attente il survécut et sa renommée grandit au point de parvenir jusqu’aux oreilles de Stanislas. Le dernier Duc de Lorraine invita alors ses parents à Lunéville pour voir l’enfant. Bouche-bée à la vue du petit, il leur proposa alors de le prendre à sa charge. Ces derniers acceptèrent contre une belle somme.

Nicolas Ferry grandit donc au Château de Lunéville. A quinze ans, il mesurait moins de 70 centimètres, tout en présentant des proportions harmonieuses. Stanislas le faisait habiller comme un prince avec des vêtements colorés. Il fit même aménager dans une pièce du château une maison en bois à la taille de son homme miniature et lui fit construire une calèche tirée par quatre chèvres pour se promener dans le parc. Nicolas disposait aussi d’une fourchette et d’un couteau adaptés à sa taille. Inventeur du baba au rhum et bon vivant, Stanislas devînt le meilleur ami de Nicolas Ferry. Le Duc de Lorraine le surnommait affectueusement « Bébé ». Il s’agit de la plus ancienne attestation de ce mot qui finit par désigner le petit de l’homme. Stanislas riait aux éclats devant les facéties et les bêtises de Bébé. Notamment lorsque celui-ci passait sous les grandes jupes des filles pour leur arroser les fesses. Ou encore un soir, au cours d’un grand dîner, quand il se cacha dans un énorme pâté de la forme d’une tour avant d’en sortir à la surprise générale en tenue de guerrier casqué et armé. La célébrité de Bébé atteignit même Versailles. Il y accompagnait en effet Stanislas quand le Duc rendait visite à sa fille Marie, épouse de Louis XV.

Mais Bébé devînt triste. Il supportait mal sa captivité à Lunéville. C’était un garçon lunatique, au caractère changeant. Il pouvait être ainsi parfois rieur, parfois irascible à en devenir méchant. Bébé s’enfermait souvent dans sa maison en bois haute d’un mètre pour bouder et passer ses colères. Stanislas tenta alors de le distraire avec une maison roulante. Il créa également pour lui un jardin clôturé avec des petits animaux. En 1759, Mme Humircka, une cousine polonaise du Duc de Lorraine, vînt séjourner au Château de Lunéville. Elle était accompagnée de son nain Józef Boruwłaski, surnommé « Joujou ». Plus âgé, plus cultivé et plus intelligent, il s’attira rapidement les foudres de Bébé. Il était aussi plus petit que lui. Joujou mesurait en effet un pouce (2,54 cm) de moins que Bébé qui en faisait 29, soit 72,5 cm. Jaloux, Bébé essaya de jeter Joujou dans le feu de la cheminée. Alerté par les cris de Joujou, Stanislas réussit à le sauver et Nicolas Ferry reçut une bonne correction.

En dehors du Château de Lunéville, Nicolas Ferry était surnommé le « Nain Jaune », en référence à un personnage cruel de l’un des contes de fées de la Baronne d’Aulnoy publié en 1698. Un nouveau jeu de cartes et de hasard mêlé de stratégie apparut en Lorraine vers 1760, à savoir le Jeu du Nain Bébé, qui devînt plus tard le Jeu du Nain Jaune. Autre héritage de Nicolas Ferry passé à la postérité.

Bébé est également associé à une légende. On raconte ainsi que Stanislas et Nicolas Ferry avaient passé un pacte. Ce dernier aurait demandé à son maître de lui trouver une épouse. Après de nombreuses recherches, le Duc de Lorraine essaya en 1762 de le fiancer avec Thérèse de Sauvay, une naine vosgienne de 90 centimètres. Mais bien qu’âgé de vingt ans, Bébé était rongé par un mal étrange et semblait très vieux. Il devait certainement souffrir de progeria ou syndrome de Hutchinson-Gilford, une maladie génétique extrêmement rare qui provoque des changements physiques qui ressemblent à une sénescence accélérée. Le mariage n’eut finalement jamais lieu et Bébé fut condamné à la solitude. Stanislas n’ayant pas respecté son pacte, la légende veut que les colères du spectre de Bébé déclenchent des incendies au Château de Lunéville depuis des siècles. Certains pensent aussi que ce seraient elles, et non les dragons, qui seraient à l’origine de la mort du dernier Duc de Lorraine, grièvement brûlé par le feu de sa cheminée.

Bébé mourut dans les bras de sa mère d’une grippe le 8 juin 1764 à 23 ans avec tous les signes de la vieillesse. Stanislas ordonna l’autopsie de son corps et donna son minuscule squelette au cabinet du Roi de France. Il est aujourd’hui exposé au Musée de l’Homme à Paris. Celui-ci fut examiné par le Comte de Buffon qui en réalisa une étude biométrique un siècle avant la création de cette discipline scientifique par Paul Broca. La Faculté de Médecine de Montpellier conserve quant à elle une statue en cire colorée de Bébé coiffée de ses propres cheveux et qui porte ses vêtements. Cette pièce très rare aurait été moulée du vivant de Nicolas Ferry. Les couverts créés spécialement pour lui, sa maison en bois et son célèbre portrait avec le chien sont exposés au Musée Lorrain de Nancy. Enfin, sa statue grandeur nature réalisée en faïence de Lunéville a été détruite lors de l’incendie du Château de Lunéville en 2003 Une réplique est néanmoins visible au Musée de la Faïence de Lunéville.

Rédigé par Thomas RIBOULET

Président-fondateur du Groupe BLE Lorraine et Rédacteur en Chef de BLE Lorraine.

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