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Trésor du mois d’Août

Panier de Mirabelles de Lorraine (Crédits photo : Thomas RIBOULET pour le Groupe BLE Lorraine)

Sur les voies de Belleau, en son milieu rural,

Enfant j’avais pour mode et mœurs inaugurales,

De ramasser les biens d’un bel arbre aux fruits jaunes,

Dont l’odeur révélait en mon cœur le béjaune1;

~

Cette douce prune à l’allure polychrome2,

Dégageait en campagne un séduisant arôme,

Qui naturellement me rappelait le sucre,

Mes longues cueillettes causaient le goût du lucre3;

~

Solide ou liquide4, c’est bien la mirabelle,

Ce bienfait naturel, création de Cybèle5,

Parant le paysage avec sa poudre d’ambre,

Qui suscite l’envie dès le mois de Septembre ;

Je me rappelle encor6, ce regard d’inexpert,

Quand les prenaient de l’arbre une main de mon père.

~

Moelleuse elle berce dans un climat familial,

Tous ceux qui la mangent de manière joviale,

Fondante dans la bouche, exquise par moment,

Portant à l’odorat ce parfum embaumant,

Mais à la fin du mois nous sommes salivants,

Il nous faut patienter jusqu’à l’été suivant.

Notes explicatives :

1 – Béjaune est à prendre au sens vieilli et, par définition, au sens figuré puisqu’il désigne un jeune homme sot, voire inexpérimenté. Ici, le terme est à prendre au sens de candide, renvoyant de fait à l’innocence et la naïveté de la jeunesse.

2 – Polychrome semble s’opposer à « fruits jaunes », mais absolument pas. Rappelons que la mirabelle possède, au niveau chromatique, un jaune dominant. Pourtant le fruit présente souvent un dégradé orange et/ou rouge.

3 – Avoir le goût du lucre signifie « rechercher avec avidité le profit ». Ici c’est l’enfant qui cherche avec avidité toujours plus de fruits, ce qui réfère au sucre, considéré de nos jours comme une forme d’addiction.

4 – « Solide ou liquide » renvoient aux deux formes appropriées à la mirabelle : solide par sa présentation comme confiture, tarte, crumble, confiseries et autres pâtisseries, puis liquide puisqu’elle peut se goûter en tant que liqueur, nectar et sirop.

5 – Cybèle est la déesse gréco-romaine personnifiant la puissance végétative et sauvage de la nature.

6 – « Encor » : suppression du « e » muet, admise, par licence poétique, pour des raisons de métrique, par les classiques.

Rédigé par Tristan ZANDONA

Etudiant et poète de la merveilleuse ville de Nancy en Lorraine pour le Groupe BLE Lorraine.

Il s’est découvert il y a quelques années un goût pour l'écriture, notamment poétique. Amateur des oeuvres littéraires de Lamartine, Corbière, Leconte de Lisle, Baudelaire et d'Edgar Allan Poe, il aspire à rendre populaire des références mythiques, antiques, médiévales et propres à d'autres cultures. Il essaie, de facto, de partager ce qu’il écrit pour faire renaître un style qui lui est cher et dont il aimerait revoir l'émergence dans une société qui, selon lui, manque parfois d'imaginaire et de rêverie poétique.

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3 Commentaires

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  1. Encore une fois, la justesse des mots est là, les références historiques, le lexique poétique et le talent aussi. Bravo !

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