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Lo feu follet Culâd / Le feu-follet Culâd

Bé seuvot, j’ovoûs oû’i r’nov’lè Culâd po mes grands-pârots. Is k’nnohhint sus lè cheûse des fiauves de totes les foçons. Volo poquè je dotais Culâd snos l’ovoû jèmais vu.

Ène neûyt, mè mêre ne dreumait mi. Elle se fèyit dè bile po mo pêre que ’tait è lè guêrre, po les champs, po les bêtes qu’i follait swèyi tos les jos, et co bé sûr po ses qwète rêces qu’i follait neûrri, èlevè, tot pwa lèye. Y ovoût les bombardemots sus lo camp d’aviâtion è cotè d’note mâhon. Elle ne powait dreumi è songeant è tortot ç’lo, lè peûre fomme !

Elle se r’leva po r’wêti, po lè f’nête, lo tops que fèyit. Qu’âst-ce qu’elle voût dant lo Beûs dè Holeuche ? Mo Culâd que fèyit sè ronde. Elle se botait è dotè în peû pus et nos rèwâilli.

Nos voci tortus è lè creuhâye, èvo des grands eûx po r’wêti Culâd. I ’tait wahh, roge, jaune, violèt’. I rondiait comme în sotré, de haut, de bès. Peus, i se r’ssoffiait, r’venait pus lan, fèyit lo to di beûs, po r’veni de nové. Ène (h)oûre d’(h)orlôge que je d’mourons è lè f’nête tortus, tromoulant de frâd, et co pus de dotè.

Mè mêre d’hè : « Culâd rondîe tocoûs quod il î în mâl(h)eur ! Qué mâl(h)eur qu’i pût y ovoû ? » Peus, elle prod so chèpelot. Les prières ne fèyint rin et mo Culâd n’s’errêtait mi, bé di contraire ! È lè poite di jo, mo Culâd rotrè dos lè têrre. Qué soulagemot po mè mêre ! Je dreumins tortus sus neûs doux arâilles, dos neûs lèyts.

Bé seuvot, j’ai r’vu lo sâpré Culâd, mais je ne lo dote pus. J’lo k’nnos trop bé po tromoulè dant li. È l’èkeûle j’ai eppris que Culâd ç’ost în feu follet que n’poute mâl(h)eur è pahhônne.

***

Le feu-follet Culâd

Bien souvent, j’avais entendu parler de Culâd par mes grands-parents. Ils connaissaient sur la chose des histoires de toutes sortes. Voilà pourquoi j’avais peur de Culâd sans jamais l’avoir vu.

Une nuit, ma mère ne dormait pas. Elle se faisait de la bile pour mon père qui était à la guerre, pour les champs, pour les bêtes qu’il fallait soigner tous les jours, et bien sûr pour ses quatre enfants qu’il fallait nourrir, élever, toute seule. Il y avait les bombardements sur le camp d’aviation à côté de notre maison. Elle ne pouvait dormir en pensant à tout cela, la pauvre femme !

Elle se releva pour regarder, par la fenêtre, le temps qu’il faisait. Que vit-t-elle dans le Bois de la Holeuche ? Mon Culâd qui faisait sa ronde. Elle se mettait à avoir un peu plus peur et nous réveilla.

Nous voici tous à la fenêtre, avec de grands yeux pour regarder Culâd. Il était vert, rouge, jaune, violet. Il dansait en rond comme un lutin, d’en haut, d’en bas. Puis, il s’essoufflait, revenait plus loin, faisait le tour du bois, pour revenir de nouveau. Une heure d’horloge que nous demeurâmes tous à la fenêtre, tremblant de froid, et encore plus d’avoir peur.

Ma mère dit : « Culâd danse toujours en rond quand il y a un malheur ! Quel malheur peut-il y avoir ? » Puis, elle prit son chapelet. Les prières ne faisaient rien et mon Culâd ne s’arrêtait pas, bien au contraire ! A l’aube, mon Culâd rentra en terre. Quel soulagement pour ma mère ! Nous dormions tous sur nos deux oreilles, dans nos lits.

Bien souvent, j’ai revu le sacré Culâd, mais je n’en ai plus peur. Je le connais trop bien pour trembler devant lui. A l’école, j’ai appris que Culâd est un feu follet qui ne porte malheur à personne.

D’après Pierre Fève,

Annonces des Hautes-Vosges,

Le 29 avril 1973.

Traduction du Vosgien de Corcieux.

Rédigé par André TOUCHET

Amoureux des langues régionales et de la Lorraine pour le Groupe BLE Lorraine.

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