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Mémoire de Metz en cartes postales et photographies anciennes

L’écluse et la maison de l’éclusier situées au pied des fortifications de l’Esplanade

Collectionneur de cartes postales et de photographies anciennes depuis plus de cinquante ans, Jean-Claude Berrar a rassemblé plus de 250 clichés inédits pour proposer un voyage à travers le temps à Metz, des années 1860 aux années 1950. Dans Metz, mémoire d’une ville, son 19ème ouvrage consacré à l’histoire de sa région, il révèle l’exposition universelle de 1861 et la cathédrale vue de la Rue d’Estrée avant la Guerre de 1870-1871. Au fil des pages se dévoilent les fortifications et les différentes ceintures de défense, la construction des casernes allemandes sur les anciens remparts, puis l’essor de la Neue Stadt et la création de l’aérodrome de Metz-Frescaty. Avec le retour de Metz à la France en 1919, les constructions se poursuivent et les régiments investissent les nombreuses casernes. Les chapitres thématiques consacrés aux transports, à l’aviation, à la religion, à la vie économique et sociale plongent le lecteur dans la vie quotidienne des Messins, entre bouleversements historiques et mémoire urbaine. Un parcours passionnant au cœur d’une ville à la croisée des époques et des cultures.

exposition universelle Metz 1961
Exposition universelle de Metz en 1861

BLE Lorraine : Pourquoi avez-vous décidé de réaliser cet ouvrage ?

Jean-Claude Berrar : « J’écris des livres depuis 1996, notamment sur Metz, la sidérurgie, les vieux métiers, les Vosges et la Meurthe-et-Moselle. A l’âge de 18 ans, j’ai reçu d’un oncle à papa deux boites à chaussures remplies de cartes postales anciennes de sa correspondance au début du siècle dernier jusqu’aux années 1920. Tout est parti de là. Faisant partie du comité de la Société d’Histoire de Woippy, j’ai commencé des recherches, afin de faire un article sur le passage du cirque de Buffalo Bill à Metz en 1906. Après avoir réalisé en 2025 l’ouvrage intitulé Les grands évènement de Metz années 1900-1930, les éditions Sutton m’ont proposé d’écrire ce livre Metz, mémoire d’une ville, en référence à celui fait par Jérôme Estrada et qui s’intitule Nancy, mémoire d’une ville. J’ai été enchanté par ce projet. »

Fort Goeben Metz
Le Fort Goeben, qui deviendra Fort de Queuleu, appartient à la première ceinture
fortifiée. Edifié entre 1868 et 1878, il fait l’objet de travaux de renforcement
à partir de 1889.

BLE Lorraine : Par quels moyens et comment avez-vous collecté toutes ces cartes postales anciennes et documents sur Metz et ses habitants ?

JCB : « Depuis plus de cinquante ans je recherche des photos anciennes de Metz, ainsi que des cartes postales dans les marchés aux puces et dans les bourses aux cartes postales et les foires aux vieux papiers. Depuis 35 ans je vais aux Archives départementales de la Moselle et je lis les journaux anciens, année par année, ce qui me permet de dater des évènements, de prouver ce que je dis sur d’autres. »

destruction des remparts
Destruction des remparts à proximité de la Porte des Allemands

BLE Lorraine : Que nous apprennent ces clichés sur l’évolution et la transformation de Metz ?

JCB : Les recherches entreprises depuis plus de trente ans permettent de montrer la vie quotidienne des messins sous l’Empire germanique et le retour à la France en 1919 qui ne s’est pas toujours bien passé. En effet, les personnes nées allemandes parlant peu le français, voire pas du tout, ont subi une intégration forcée. Au lieu qu’on leur apprenne le français elles ont eu des métiers subalternes. Les Français de l’intérieur les traitaient de boche. Sous Guillaume II, la ville a connu une évolution avec la démolition des remparts. La nouvelle gare fut décriée au début car construite par les Allemands. Elle est aujourd’hui considérée comme la plus belle de l’Hexagone. »

comblement des fossés Metz
Le comblement des fossés de la Tour Camoufle permet la création du Kaiser Wilhelm Ring, une large avenue initialement composée de deux voies séparées par une allée centrale destinée à la circulation des chevaux. Après la libération de novembre 1918, elle est rebaptisée avenue Foch.

BLE Lorraine : Comment les habitants de Metz ont-ils vécu toutes ces transformations de leur ville et le ballotement de la cité entre France et Allemagne ?

JCB : « Quand en 1870-1871 la France a perdu la guerre contre l’Empire germanique, elle lâché l’Alsace et une partie de la Lorraine, devenue l’actuel département de la Moselle. Bon nombre de bourgeois sont allés vivre en France, notamment à Nancy et dans d’autres régions. Des Allemands sont venus s’installer à Metz. Les militaires ont continué les fortifications commencées par les Français et en ont érigé d’autres à plusieurs kilomètres autour de la cité pour la protéger. Metz est ainsi devenu la ville la plus fortifiée d’Europe. Après le démantèlement des remparts de Metz sous Guillaume II, la ville put enfin s’étendre. Sont alors construits la nouvelle gare, des casernes, une nouvelle ville ou encore le Ring, actuelle Avenue Foch, qui fait la transition entre la vieille ville et la nouvelle. A la fin du XIXème siècle, Bismarck a instauré un régime de sécurité sociale dans l’Empire, alors qu’en France il date de la fin de la Seconde Guerre mondiale. En novembre 1918, les Français sont entrés dans Metz et sur des documents qu’ils ont envoyés à leurs proches ils ont écrit « En territoire boche » ou d’autres expressions comparables. Les gens d’ici nés allemands parlaient l’allemand et nos dialectes. Aussi, les Français ont maltraité les enfants à l’école pour leur imposer le français qu’ils ne maîtrisaient pas. Les ouvriers qui ne parlaient pas le français étaient employés à des tâches subalternes. Différentes sortes de cartes d’identité furent alors instaurées (allemands, couple franco-allemand, etc.). A la libération de 1918, Monseigneur Benzler, évêque allemand, pourtant aimé des Lorrains, a été expulsé, tout comme bon nombre d’Allemands. Je retrace ces éléments dans mon livre Metz, le retour à la France. »

Porte Sainte-Barbe Metz
La Porte Sainte-Barbe, initialement nommée Porte du Pont Rengmont, est détruite en 1904. Son linteau portait l’inscription : « Si nous avons paix dedans, nous
avons paix dehors. »

BLE Lorraine : En quoi ce travail et cet ouvrage sont-ils importants pour la mémoire collective de la ville et de ses habitants ?

JCB : « A travers 250 documents pour la plupart inédits, le livre permet de découvrir les fortifications extérieures à la ville, mais aussi les fortifications dans la ville avant leur démolition. Les jeunes générations ne se souviennent pas que la cité était protégée par l’eau grâce à des canaux avant les innovations qui ont permis à l’armement de tirer par-dessus les remparts. Qui se souvient également qu’à la place de l’actuelle gare se trouvait le port de Metz ? J’emmène également à la découverte de l’exposition universelle de Metz qui s’est déroulée en 1861. Je consacre aussi un chapitre aux différents moyens de locomotion, à l’image du zeppelin, des ballons, des avions, des voitures ou encore du chemin de fer. Je montre enfin l’importance qu’occupait la vie religieuse à Metz au siècle dernier et des aspects de la vie économique et sociale.

Rédigé par Rédaction BLE Lorraine

La Rédaction du Groupe BLE Lorraine, premier média et think tank indépendant de Lorraine.

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