L’acier ne coulera plus à Hagondange, au Nord de Metz. C’est ce qu’a décidé le Tribunal du Commerce de Strasbourg mi-novembre en retenant l’offre du repreneur Métal Blanc, qui ne concernait que le laminoir et le parachèvement de Leffrinckoucke, près de Dunkerque, dans le cadre de la procédure de liquidation judiciaire de NovAsco, anciennement Ascometal. Avec près de 500 emplois qui disparaissent, l’onde de choc est énorme pour la Lorraine qui voit une nouvelle page de son industrie s’éteindre.
Outre l’usine mère de Hagondange avec sa coulée d’acier par four électrique, ses grands bureaux et ses 431 emplois, les ateliers de finition de Custines, près de Nancy, sont également sacrifiés. En Meurthe-et-Moselle, ce sont 55 personnes qui ont perdu leur emploi à l’approche des fêtes de fin d’année. Le coup est rude pour la Lorraine. D’autant plus qu’il faut généralement multiplier la casse sociale par trois lorsqu’une usine ferme en raison des répercussions sur les sous-traitants, les prestataires de services et les commerces locaux. Spécialisée dans l’acier automobile, l’usine NovAsco de Hagondange était pourtant leader dans les aciers fins en Europe. Mais des années de sous-investissements dans l’outil industriel ont inexorablement condamné le site, malgré plus de 200 millions d’euros d’argent public injectés pour accompagner chaque repreneur au grès de quatre redressements judiciaires depuis 2014. Nous pouvons légitimement nous demander à quoi a bien pu servir cet argent, alors que justement près de 200 millions d’euros d’investissement étaient nécessaires pour moderniser l’usine de Hagondange. Au-delà de la casse sociale et économique produite, l’affaire NovAsco illustre parfaitement la mauvaise gestion des deniers publics et le manque de suivi de la part de l’Etat central français, incapable de sauver ses industries en péril.

Pire, Paris avait préféré miser sur le fonds de retournement britannique Greybull Capital à l’été 2024 pour redresser l’ex-Ascometal, plutôt que sur l’aciériste italien Venete qui demandait vingt millions d’euros pour reprendre le groupe sidérurgiste en difficulté. Au lieu de cela, l’Etat français a versé 85 millions d’euros pendant que Greybull s’engageait à injecter 90 millions d’euros, dont quinze millions d’euros en fonds propres, pour remettre à flot Ascometal et diversifier la production d’acier décarboné vers l’industrie d’armement. Si l’Etat français a réellement apporté ses 85 millions d’euros, Greybull n’a mis que 1,5 million d’euros sur la table après avoir finalement jugé début 2025 que l’usine de Hagondange était trop vétuste. Une vétusté qu’une visite sérieuse du site aurait pourtant permis d’identifier bien en amont.
Le choix de l’Etat français interroge tout autant que l’excès de confiance accordée à Greybull à tenir ses engagements financiers, alors même que le fonds de retournement s’était déjà tristement illustré. Créé en 2010, celui-ci s’est en effet fait connaître en 2012 au Royaume-Uni par la faillite des magasins Comet, qu’il avait rachetés un an auparavant, et la suppression de plus de 6 000 emplois. Greybull Capital est aussi impliqué dans le fiasco de l’arrêt de la compagnie aérienne Monarch en 2017, marqué par la suppression de 1 700 emplois et le blocage d’environ 110 000 passagers à travers le monde, ainsi que dans la liquidation de British Steel. Greybull avait ainsi repris en 2016, via sa filiale Olympus Steel Limited, une partie des activités européennes abandonnées par le sidérurgiste indien Tata Steel, dont l’usine de fabrication de rails de Hayange, en promettant de verser 500 millions d’euros de financements, dont la moitié devait provenir des banques. L’entité rebaptisée British Steel finit par cesser sa production tout en laissant environ 4 500 personnes sur le carreau au Royaume-Uni. Epargnée car rentable, l’usine de Hayange appartient désormais au sidérurgiste allemand Saarsthal. Ces échecs et ces signaux auraient dû alerter les services de l’Etat français. Groggy, ce dernier entend à présent saisir la justice contre Greybull qu’il accuse de ne pas avoir tenu ses engagements financiers dans le dossier de reprise de NovAsco. Des salariés comptent également attaquer en justice le fonds de retournement.
L’urgence est maintenant d’éviter que l’usine de Hagondange, qui s’étend sur près de 70 hectares de terrain, ne parte à la découpe, afin que l’ignominie ne s’ajoute pas à l’incompétence dans cet immense gâchis industriel et social.

