Metz est une ville fascinante, déroutante aussi. C’est un miroir du temps. La cité se laisse difficilement appréhender, comme une énigme. Il n’est pas si facile pour le visiteur et pour le citadin de se retrouver dans ce dédale aux 3 000 ans d’histoire.
Rares sont les villes qui ont connu un destin aussi tourmenté. Toute l’histoire de Metz est faite de destructions et de reconstructions. Il faut prendre la mesure de cette cité qui était, à l’époque romaine, avec ses thermes et son amphithéâtre gigantesque, l’une des plus importantes du continent. Entièrement rasée par les Huns, elle redevînt, quelques siècles plus tard, une cité prospère, berceau de la renaissance carolingienne.

Bien qu’appartenant plus tard au Saint Empire Romain Germanique, Metz bénéficiait, à l’époque médiévale, d’une indépendance politique et économique. Devenue française en 1552, la ville fit l’objet de démolitions préventives, qui lui permirent de résister au siège de Charles Quint. Tous ses faubourgs furent détruits, tout comme les nombreuses églises et abbayes situées à l’extérieur des murailles, réduisant à néant un passé prestigieux. Les reconstructions intra-muros densifièrent les tissus. « Corsetée » par les fortifications de Vauban, la ville connut ensuite de nouvelles démolitions, conduites cette fois à des fins d’embellissement par le Maréchal de Belle-Isle. Blondel remodela les abords de la cathédrale, mais ses magnifiques aménagements furent à leur tour en partie détruits. Sans compter au tournant du XXème siècle le chamboulement urbanistique opéré par les Allemands qui voulaient faire de Metz, au temps de l’Annexion, une vitrine de leur nouvel empire. L’identité de cette ville de langue romane s’est ainsi construite au fil des siècles comme un miroir au carrefour des mondes roman et germanique. C’est en effet ici, aux frontières, aux seuils des portes, que tout se passe, que tout se joue et se dessine. Que c’est finalement là qu’on prend pleinement conscience des êtres et des choses. C’est vrai depuis l’antique Constantinople, point de passage entre Orient et Occident, à aujourd’hui, à Metz, en Lorraine.

Ce qui est ainsi fascinant dans cette ville, comme dans sa cathédrale, c’est le processus chaotique qui la génère, ainsi que son rapport tendu à l’histoire et à la topographie. Paradoxalement une harmonie, voire une élégance, mêlée de force et de fragilité, résulte de cette histoire biculturelle. Entre dialogue et conflits entre les royaumes et les empires, Metz a accumulé au fil des millénaires un patrimoine d’une très grande richesse. Ses strates historiques s’imbriquent les unes dans les autres, de telle sorte que l’on ne peut en capter la cohérence que dans la durée. Son image se construit mentalement comme un puzzle, par fragments, ou plutôt par articulation d’impressions successives. Comme un miroir reconstitué.

