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Samonios et la porte des mondes dans les Vosges

Contrairement aux idées reçues, Halloween n’est pas une fête qui nous vient d’Amérique, c’est au contraire une tradition païenne d’origine celtique et germanique. On la retrouve ainsi sous les noms de Samon ou de Samonios en langue gauloise et de Samain en celtique irlandais. Mais on la retrouve également sous les noms de Haustblót ou Ahnenfest en langue germano-nordique.

C’est la troisième et dernière des fêtes des récoltes après Lugnasadh et Mabon. Bien que la date de cette célébration se situe officiellement entre le 31 octobre et le 1er novembre, la fête durait plusieurs jours avant et après cette nuit. Elle marquait ainsi le début de la saison sombre et le temps du repos car la nature s’endort pour renaître à la saison claire. Pour les Celtes, Samon marquait également la nouvelle année.

Samonios, qui se traduit par « réunion ou assemblée », était aussi une fête des morts qui offrait une ouverture sur l’autre monde, le « Sidh », monde des morts et des dieux. Chez les Celtes, il n’y avait ni de paradis ni d’enfer. Les notions de bien et de mal n’existaient pas vraiment dans leurs croyances. Ainsi, durant cette période où les mondes se touchaient, morts et vivants pouvaient voyager de l’un à l’autre. La mythologie celtique nous rapporte, avec moins de qualité et de certitudes que la mythologie grecque par faute d’écrits, les aventures de héros ayant pénétré dans le Sidh. Craignant la venue d’un ou des mort(s) ainsi que de créatures fantastiques qui auraient la volonté de rester dans le monde des vivants, ces derniers avaient pour habitude de se déguiser, afin de les effrayer et de les faire retourner dans le Sidh. Cette coutume a évolué au fil du temps et permet aujourd’hui une bonne soirée d’amusement pour petits et grands. Très reprise notamment par les Etats-Unis d’Amérique, beaucoup, ignorant ses origines, pensent aujourd’hui à tort qu’il s’agit d’une fête américaine.

Halloween

Dans la mythologie germano-nordique apportée dans les Vosges par les Alamans et les Francs à la fin de l’Empire romain, Samon portait le nom de Haustblót ou de Disablót que l’on peut traduire par « sacrifice aux elfes ». Dans la tradition germanique, les elfes avaient des pouvoirs intimement liés aux ancêtres et à la famille. Pour les Germains, cette fête est non seulement dédiée aux morts mais aussi aux dieux des morts qui les accueillent et les protègent dans leur royaume, croyances parallèles à celles des Celtes. Aujourd’hui, on parle plus de Ahnenfest, un terme qui a la même signification que « Halloween ».

Durant cette fête, les Germains se consacraient naturellement aux dieux principaux comme Wodden et Frig, mais aussi à la déesse Hel connue dans nos contrées sous le nom de Perchta et qui aurait laissé son passage dans les Vosges par l’intermédiaire de la légende des Dames vertes de la Vologne, près de Gérardmer.

La christianisation de la fête des morts

C’est au VIIIème siècle après Jésus-Christ que le Pape Grégoire III décida de placer la Toussaint, « fête de tous les saints », au 1er novembre dans le but de christianiser la fête de Samon. Ainsi le terme actuel d’Halloween signifie « veille de tous les Saints ».

Les pratiques et coutumes à Samon

Samon marque le temps de la transhumance, le bétail qui, selon les années, a déjà commencé à descendre dans les vallées. On rentre peu à peu les bêtes, et on allume des torches le long des chemins. Les Gaulois éteignaient les feux de leurs foyers pour aller se rassembler autour des druides pour un rituel de protection qui consistait à étouffer un feu avant de le faire renaître en frottant des branches de chêne, arbre qui était considéré comme sacré. Ils honoraient le dieu du Soleil et effrayaient par la même occasion les mauvais esprits. Les chefs de famille recevaient une braise venant de ce feu rituel pour allumer celui de leur foyer qui devait brûler jusqu’à l’automne suivant. A Samon, on s’ouvre à la mémoire des ancêtres, on honore les morts. Certains laissaient dehors une assiette de nourriture pour les défunts, quand d’autres enterraient quelques pommes pour nourrir les esprits, ou encore allumaient des lanternes sur les fenêtres pour guider les esprits vers le pays de l’été. Il s’agissait donc d’une fête joyeuse et lumineuse à l’image de la fête des morts au Mexique.

Rédigé par Jean-Michaël CHOSEROT

Educateur à l’environnement du Pays de Lorraine, Président de l'association naturaliste et historienne Berian, membre de la Société Philomatique Vosgienne et guide du Camp celtique de la Bure pour le Groupe BLE Lorraine.

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