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Un service militaire version mai 1968 en Lorraine

Un service militaire version mai 1968 en Lorraine
Crédits Photo : le Caporal Thiel en mai 1968 (Gaston THIEL pour le Groupe BLE Lorraine)

Il y a cinquante ans le mois de mai, ce joli mois de mai, a connu des événements … un peu bruyants. J’avais vingt ans à l’époque. J’étais beau, jeune et con à la fois. J’avais été appelé à faire mon service militaire et de par mes études très lamentables, j’avais réussi tout de même à décrocher un ESSD.

Du moins, c’est ce que j’ai inscrits sur le questionnaire qu’on m’a remis lors des trois jours en tant que conscrit, ESSD voulant dire pour moi Etudes Secondaires Sans Diplôme, mais pour ceux qui ont reçu mon questionnaire, cela voulait certainement dire que j’avais décroché brillamment un diplôme après bac plus quelques années. J’ai donc été admis dès mon arrivé à la caserne dans une section d’élèves gradés. Après deux mois de classes, j’ai été promu moniteur et je faisais déjà marcher au pas les jeunes recrues car j’avais appris à grand renfort d’engueulades à crier aussi fort que le permettaient mes jeunes poumons. Après encore deux mois de galère, je reçus mes deux sardines de caporal. Cela me donnait une sensation de fierté qui me disait que malgré mes piètres résultats scolaires, je n’étais pas un laissé pour compte. Puis étant devenu un soldat version année 1968, j’ai même réussi à garnir mes deux barrettes rouges de caporal d’une barrette dorée de caporal-chef. Ma grand-mère était si fière de moi qu’elle racontait à ses amies : « je ne sais pas s’il est caporal ou général mais ça se termine par « ral » et il est même le chef de la caserne ».

Ma section de commandos du 23ème Régiment d’Infanterie de la Caserne Desvallières à Devant-lès-Ponts, un quartier de Metz, fut envoyée à Ecouvier, un petit village bordé par la frontière belge. Notre mission était officiellement de seconder les CRS (Compagnies Républicaines de Sécurité) et les douaniers de la région, afin d’empêcher Dany le Rouge de revenir en France pour y semer la pagaille. Comme ma chambre avoisinait celle du lieutenant qui commandait la section, j’ai découvert que dans sa chambre, contre le mur, il y avait des caisses de munitions, dont les balles, ainsi que les grenades n’étaient pas à blanc.

Le jour suivant, quand nous étions tous attablés à manger nos rations de guerre qui provenaient encore du surplus d’alimentation de l’époque de la Guerre d’Algérie, j’ai posé une question qui tue au lieutenant, en prenant soin de la formuler aussi fort que je pouvais, afin que tout le monde puisse m’entendre : « A quoi servent les munitions que vous avez dans votre chambre ?» Comme il était pris de court face à une question à laquelle il ne s’attendait certainement pas, il ne trouva rien d’autre à répondre que si on nous donnait l’ordre de tirer avec ces balles réelles … ben qu’il fallait obéir. Comme nous n’étions pas en pays de guerre contre un envahisseur, j’ai fait travailler rapidement les deux neurones que j’avais à l’époque et je lui ai répondu du tac au tac que si jamais il donnait l’ordre de tirer sur la foule de manifestants, ma première balle serait pour lui.

C’est à partir de là que mes ennuis de soldat modèle de l’année 1968 ont commencé et que mes jours d’arrêts simples ont débutés. En revenant à la caserne, on me condamna donc à devenir chef de poste de semaine de la deuxième compagnie de commandos. Mon devoir était de réveiller la compagnie le matin à une heure précise, ainsi que de rester enfermé dans le « bureau de la semaine » pendant huit jours et de répondre au téléphone qui était posé sur le bureau à côté de mon lit. Mais comme à l’époque j’aimais bien faire la grasse matinée, il m’est arrivé de réveiller la compagnie avec une heure de retard. Ce qui me valut encore huit jours d’arrêts supplémentaires.

Néanmoins, comme j’avais été un bon soldat durant quinze mois d’armée, et pour qu’on ne me fasse pas dormir en prison la nuit, je reçus l’ordre de prendre la fonction de chef de poste de la délégation militaire de Metz. Cela consistait simplement à contrôler toute personne qui entrait ou sortait de l’enceinte des bâtiments de la délégation militaire. J’étais en quelque sorte le chef portier car j’avais également un caporal avec moi qui me secondait.

Dès mon arrivée à la délégation militaire, c’était un samedi, j’ai questionné les chauffeurs présents dans les bâtiments s’il y avait des gradés le week-end. Ils m’ont répondu que le week-end il n’y avait que les chauffeurs des gradés qui étaient de service. Comme j’avais eu l’autorisation à l’époque de pouvoir emprunter la 2CV de mon père qui était hospitalisé dans un sanatorium, je me suis dit qu’il serait bête de rester enfermé dans une petite guitoune tout le week-end, alors qu’il y avait des bals populaires un peu partout dans la région. J’ai donc recommandé à mon adjoint de dire que j’étais simplement sorti faire quelques courses si on lui posait la question. Malheureusement pour moi, un commandant est venu « travailler » pendant tout le dimanche à son bureau et à chaque heure il téléphonait à mon adjoint pour savoir si j’étais revenu. Je ne suis revenu que le lundi matin, harassé par deux nuits sans sommeil. Naturellement, à l’arrivée des « huiles » de la délégation, j’ai été convoqué et on m’a offert encore huit jours de prison qui ont été transmis aux gradés concernés de ma caserne. Ces derniers ont commué ma sanction en quinze nuits à dormir en prison.

Finalement, en comptant tous les jours d’arrêt que j’ai écopé lors de mon dernier mois de service militaire, qui en a compté seize, je n’atteignais malgré tout pas le nombre de jours pour faire du rab et ma libération fut une délivrance. Même si j’ai appris à monter et à démonter différentes armes les yeux bandés et que je me suis ennuyé à mourir parfois, j’ai au moins appris une chose : il suffit de se dire qu’au-dessus les nuages, le Soleil brille toujours pour tout le monde.

***

Ein Wehrdienst  „Fassung Mai 1968“ in Lothringen

Vor fünfzig Jahr in Mai, déa chénen Monat Mai hat furchtbaren Zeiten kann. Ich war zwanzig Jahr alt aun sauou die Zeit, war ich noch jung,  chén aunt bleut. Die Zeit és komm dass ich soum militär mauss. Aun veil ich daum én da Chaul war, han ich trotzdem de ESSD als Diplom gréit.

So han ich vat ze mich gefroht han geantwortet, also fo meich hat dat vélen zan dat ich ém Gymnasium voa, avar ohne Diplom ze gréin. Aun foa déi vo sich gefroht han hat dat wahrscheinlich vélen zan dat ich ein speziale Diplom hat. Aun do han ze mich én en Léargroup gescheckt foa ze lehren die andern Soldaten zu kommandieren. Zvei  Monate später voa ich schon Trainer fo di andern Soldaten schrétt zu schrétt ze lehren gehen. Veil ich gelehrt han so fècht ze greichen vi mein Lougen es gepackt han. Aunt noch zwei Monate später han ich schon mein zwei Kaporal Sardinen gréit. Do voa ich so stolz dass ich mir gesât han, trotz das ich domm vi Schtroh én da Chaul voa bén ich doch sou aipess kom. Aun als ich doch en guten Soldat voa én dem Jahr 1968 han ich sogar en goldijen Schtreifen mehr gréit ivar di tsaî roden vo ich schon hot als Kaporal. Mein Oma voa so stolz auf mich das ze seine bekanten férzéhlt hat: „Ich weiss némèa ès er en Kaporal odar en General és avar eut râlt sich aunt èr és sogar Chef von seina Kaserne“.

Aunt dann hat meine Kommando Sektion fon dem drei aunt zvanzigste Regiment fain dea Kaserne Desvallières von Devant-lès-Pont én Metz michten nach Ecouvier an di belgische Grenzt gehen. Auousar beféhl voa déa Polizei aunt de Grenzt geordneta ze helfen tsom Fall dat déa « Dany déa rodar Fauks » ivar de Grenzt véll kommen foa de Daïvel anzeschtellen. Mein Sémar voa neven dem Sémar vom Oberleutnant und do han ich gemerkt dass der Oberleutnant richtige Munition hat.

De Dach drof vo ma all am Déch gesétzt han vo mia di ivarechta  von dem algerisch Gréich dran voren ze aissen han ich vorann all Soldaten den Oberleutnant gefroht vat mét di Munition soll passieren. Aunt do hat éar drof reagiert aunt gesaht: « Van man avich sèht dass da schéissen sollen do maussen dia horchen ».  Avar do han ich schnell mein zvén Gedanken zesammen gemach aunt sofort reagiert aunt geantwortet: “van da dén Orda géhn dan és avar déa éarchte Schouss fo avich.”

Dat voa déa Dach vo mein éarchte Schvirichketten vén guten Soldat fén dém Jahr 1968 angefangen han aunt vo ich meine ersten Arrest gréit han. Vo ma dan én de Kaserne komm séhn han ze mich én de Büro von da Voch gescheckt aun de Kompanie jeden freien Morien aus de better ze draïven aunt am Telefon ze bleiben dear néven meinen Bett von em Schtauouhl voa. Ava sauou der seit han ich géa lang geschlafen aun do és mia alt passéart das ich die Kompanie mét eina Schtaun Verspätung auf ge rauouf han. Aun do han ich dan acht Dah Kitchen méa gréit.

Ava veil ich doch fünfzehn Monat en guten Soldat voa aun fo ich nét sol ént Kitchen kaumen han ze mich als „Chef de Poste“ én déa „Délégation militaire“ von Metz gescheckt. Mein Befehl voa ze kontrollieren vèa rén aun rauous geht én déa Délégation. Also voa ich zaun aht vaichter an da Dia. Ava ich hot doch en Kaporal baï mir fo ma ze helfen.

Also vo ich angekommen séhn an déa Délégation dat voa en Zamschdach, do han ich die Chauffeur von den Kaserne gefrôht  das die Offizieren am Zamchdach aunt Sontag schaffen. Aun do han ze mia gesaht das die Offizieren nét schaffen aunt noua die Chauffeur do sén. Sauou déa Zeit hat mein Vati mia sein 2 CV geléhnt weil éa ém Sanatorium voa. Aun do han ich mia gesaht das eut dom véa dat ich de ganzen Zamschdach aun Sontag an déa Dia én dem glènen Heisinn soll sétzen als én déa ganze Géient man tanzen kann auf em Ball. Aun do han ich meinem Hilf gesâht ich gehn vèk aun van èna frôht vo ich bén dan sacht du èfach das ich vél aipes énkaifen én da Schtatt. Ava dat hat sich nét gedreht via ich mia dat foa geschallt han veil der Kommandant den ganzen Sonntag « geschafft » hat aun iéde Schton telefoniert hat das ich bal srék kom sén. Ava ich bén éacht à Méndach Moien méit vi alles métt zwei Dah ohne ze schloffen aun natürlich vo die Offizieren kaum sén do han ich noch acht Dah kitchen méa gréit aun vo ich én meiner Kaserne srék kom sén han ze ma fauchsain Dâh kitchen geschenkt.

Aunt som aint veil ich dem letzte Monat doch nét genug Dah kitchen gréit han fo ès ze mich méa lang én déa Kaserne faicht hallen han ze mich aintlich frei ge loss. Aunt sogar veil ich mét den féaschiden Gewehre han kinnen aus aun én montieren han ich mich doch schvéa gelangweilt én den sechsten Monate vo ich Militär voa. Ava ich han doch vat gelehrt en der Zeit: dat die Sonn éma iva die Wolke scheint foa all Leute.

Gaston THIEL, amoureux des langues régionales de Lorraine, pour le Groupe BLE Lorraine.

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