Du 14 au 17 septembre 1266, Lorrains et Luxembourgeois affrontèrent, sous les murs du château de Prény, Messins et Barrisiens lors d’une grande bataille passée à la postérité sous le nom de « Bataille de Prény ».
L’origine de ce conflit remonte à 1231 lorsque le Comte de Bar, Henri II, qui trouva la mort à Gaza le 13 novembre 1239 lors de l’expédition menée par le Comte de Champagne et dénommée « croisade des barons », avait donné en dot la seigneurie de Ligny à sa fille Marguerite à l’occasion de son mariage avec le Comte Henri V de Luxembourg dit le Blond. Bien qu’il ait été entendu que Ligny-en-Barrois devait rester sous la suzeraineté barroise, Henri de Luxembourg prêta hommage en 1265, pour cette terre, au Comte de Champagne qui était également Roi de Navarre, s’attirant les foudres de son beau-frère, Thiébaut II. Le Comte de Bar profita alors du conflit qui opposait le Comte de Champagne au Roi d’Angleterre pour passer à l’attaque en incendiant Ligny lors d’un raid. Fort de son bon droit, le Comte de Luxembourg rassembla une imposante armée et prit la route de Prény où il comptait rejoindre son allié, Ferri III de Lorraine.
Le 14 septembre 1266, l’armée luxembourgeoise arriva aux abords du château de Prény qui, à nouveau, était assiégé par les Messins. En effet, à la suite du conflit de 1262-1263, l’Evêque de Metz avait déclaré, le 11 juillet 1264, qu’il verserait au Comte de Bar une somme de 20 000 livres, afin de compenser les pertes qu’il avait subies en assiégeant la forteresse de Prény. Le prélat avait tenu parole et, en raison du déclenchement de la guerre de Ligny, ses troupes étaient venues mettre le siège devant Prény. Fatigués par la marche forcée qu’ils venaient d’accomplir, les soldats luxembourgeois ne parvinrent pas à enfoncer les troupes de l’Evêque de Metz, Guillaume de Traînel. Pendant deux jours, les Luxembourgeois renouvelèrent leurs attaques, mais les Messins tinrent bon. De son côté, Thiébaut II était averti de la présence du Luxembourgeois à Prény. Après avoir rassemblé une importante armée à laquelle s’était jointe la garnison de Mousson, il se mit en route tôt le matin, à partir de ce château, le 17 septembre, en profitant d’un épais brouillard qui dissimulait le mouvement de sa troupe. La veille, des éclaireurs avaient chevauché jusqu’à Vandières et Pagny établissant ainsi le contact avec les Messins. A l’approche de Prény, les Barrisiens s’engagèrent dans la forêt de laquelle ils débouchèrent par surprise, aux cris de « Monçon », dans le dos des Luxembourgeois qui, bien que pris en étau entre deux armées ennemies, tinrent le choc et résistèrent vaillamment.
Voyant son allié en difficulté, le Duc de Lorraine décida de lancer ses troupes à l’attaque. Aux cris de « Priny ! Priny ! », les soldats lorrains se ruèrent hors du château de Prény mais se heurtèrent à une forte résistance les forçant à refluer vers la forteresse, les Messins à leurs talons. La lutte fut acharnée pour repousser les soldats de l’Evêque de Metz qui avaient commencé à investir la place forte. Les carreaux d’arbalète jaillissaient de toutes parts, croisant les nombreux projectiles lancés depuis les courtines et les tours du château, tandis que piques et épées frappaient chevaux, cavaliers et piétons. Nombreux furent les valeureux combattants de tous les camps qui tombèrent à ce moment, notamment de preux chevaliers comme Arnoul de Rodernach, Godefroy d’Esch, Jacques de Stainville, Philibert du Châtelet, Regnault de Gerbéviller ou encore Antoine de Lignéville.
Dans les Chroniques barroises du IVème au XIXème siècle publiées en 1847, Théodore Baillot raconte que le sort de cette bataille resta longuement indécis. Cependant, vers none, c’est-à-dire quinze heures, l’Evêque de Metz, après avoir réussi à repousser le prince lorrain, qui avait failli être capturé dans l’enceinte de Prény, mena une partie de ses troupes pour soutenir les hommes du Comte de Bar. Forts de ce renfort, les Barrisiens redoublèrent d’effort et portèrent leurs attaques vers le Comte de Luxembourg et ses fidèles les plus proches qui combattaient comme des lions. C’est alors que, prenant son élan, Thiébaut II chargea à cheval Henri le Blond qui, affaibli par plusieurs blessures, fut désarçonné et perdit connaissance en tombant à terre. Le Comte de Bar s’empara alors de son épée et le fit charger sur un char qu’il escorta en personne jusqu’à son château de Mousson, ses soudards profitant de la victoire pour sillonner la campagne environnante, notamment l’abbaye de Sainte-Marie-au-Bois, alors seulement occupée par un prieur et un moine qui ne purent empêcher les soldats barrisiens de se livrer à quelques dégradations.
A la fin de cette journée de la Sainte-Croix, Henri de Luxembourg se trouvait captif. Cette guerre de Ligny connut son épilogue en septembre 1268 grâce à l’entremise du Roi de France, Louis IX, le futur Saint Louis. Thiébaut de Champagne conservait la seigneurie de Ligny qu’il devait inféoder au Comte Henri de Luxembourg. En revanche, ce dernier devait verser une somme de 16 000 livres tournois pour recouvrer sa liberté et régler les dommages de guerre.
