in

Conte de la fée et de la fileuse dans les Vosges

Il arrive parfois que les fées rendent visite aux grandes personnes, principalement à celles qui sont d’humble condition, et s’intéressent à ce qu’elles font. Heureuse la femme qui peut se mettre dans leurs bonnes grâces, mais, aussi, malheur à celle qui les prend de haut et les blesse par une irrespectueuse curiosité ! Un jour, une fileuse faisait un fil près de son feu quand une fée vînt la visiter et lui dit :

– Oh ! Comme tu files donc bien !

La fileuse trouva d’abord plaisir à ce langage mais, comme la fée répétait tout le temps la même chose, elle finit par se fatiguer et par en montrer de l’ennui.

– Comment t’appelles-tu, fit-elle, pour changer de conversation.

– Moi-même, répondit la fée. Oh ! Comme tu files donc mal !

Et c’était vrai. Le fil, si souple, si fin tout à l’heure, alors que la fileuse était calme et rieuse, devenait sec, rude et inégal, depuis qu’elle s’agitait sur sa chaise, boudeuse et maussade.

– Tu dis ? reprit-elle.

– Moi-même, répondit la fée. Oh ! Que tu files donc mal !

– Répète …

– Moi-même. Oh ! Que tu files donc mal !

La fileuse irritée saisit sa quenouille pour la briser sur la tête de la fée, mais celle-ci eut tôt fait de la lui arracher des mains, de la jeter au feu et d’y pousser en même temps l’effrontée qui voulait la frapper.

– Crie tant que tu voudras, la belle, à pleine gorge, à pleins poumons, tu resteras là jusqu’à ce que je t’en retire, et ce ne sera pas moi.

Un homme finit par entrer dans la maison. Il demande :

– Qui t’a jetée dans le feu ? dit-il en courant au secours de la fileuse.

– Moi-même, répondit la fileuse.

– Eh bien ! Restes-y !

Peu après, la porte s’ouvre de nouveau ; cette fois, c’est le mari. Il était tant qu’il arrivât, et heureux qu’il eût le cœur tendre, autrement la fileuse grillait tout du long, condamnée à une mort certaine.

Publié pour la première fois en 1889 dans un ouvrage intitulé Folklore des Hautes-Vosges, ce texte nous parle des fées et de ces êtres étranges qui peuplaient jadis nos campagnes et nos sombres forêts. Tous les paysans de Lorraine croyaient aux fées. On ne les prétendait pas plus grandes qu’une libellule. On leur attribuait des pouvoirs magiques. On racontait qu’elles dormaient dans les fleurs et qu’elles tissaient des écharpes de brume et des dentelles de givre. La modernité aurait-elle tué les dernières fées ? Non, assurément pas. Car les fées continuent de se montrer, à qui veut bien les voir. Il suffit de marcher, longuement, très longuement, dans la forêt vosgienne, par un beau soir d’été ou par un clair matin d’automne.

Rédigé par Kévin GOEURIOT

Historien de la Lorraine, écrivain et professeur d’histoire-géographie pour le Groupe BLE Lorraine.

Qu'est ce que vous en pensez ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Are you human? Please solve:Captcha


centre de maintenance ferroviaire de Montigny-lès-Metz

Nouveau centre de maintenance ferroviaire à Montigny-lès-Metz