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Histoire de Sœur Hélène et du 15 août à Metz

Place Saint-Jacques à Metz (Crédits photo : Pierre LEHMANN pour le Groupe BLE Lorraine)

Les anciens doivent encore se souvenir de la procession historique du 15 août à Metz. On raconte qu’en 1918, des personnes pieuses, craignant que les troupes allemandes qui sentaient la défaite approchée ne se cramponnent aux fortifications de Metz et ne transforment la ville en un second Verdun, demandèrent à Monseigneur Benzler, Evêque de Metz, de faire le vœu d’y ériger une statue de la Vierge si la cité lorraine était épargnée. Et ce fut bien heureusement le cas. C’est pourquoi une statue de 1,90 mètre, œuvre du sculpteur Jacques Martin et de l’architecte Hermann Eduard Heppe, posée sur une colonne d’ordre ionique en pierre de Jaumont mesurant huit mètres de haut, fut inaugurée le 15 août 1924, afin de tenir la promesse faite. Mais une autre histoire est liée à cette statue. C’est celle de Sœur Hélène.

statue Vierge Marie Metz
Statue mariale sur la Place Saint-Jacques à Metz (Crédits photo : Pierre LEHMANN pour le Groupe BLE Lorraine)

Nous sommes le 15 août 1940. La ville est une nouvelle fois sous occupation allemande. Alors que tout rassemblement public était interdit, des Messins se sont rassemblés par centaines Place Saint-Jacques, près de la statue mariale. Une immense Croix de Lorraine ornée de fleurs est attachée à la colonne. Sur le ruban on peut lire la fameuse devise « Qui s’y frotte s’y pique ». De nombreux SS sont également là, afin d’encercler la foule, quand soudain la voix de Sœur Hélène s’élève appelant la patrie, exaltant la prière et l’espoir, narguant les Allemands. Les gens reprennent alors son refrain avec enthousiasme. A la suite de cet épisode, Monseigneur Heinz, centième Evêque de Metz, qui priait silencieusement, est expulsé par les Nazis, tout comme de nombreux Messins. Au total, entre 80 000 et 100 000 Mosellans jugés trop francophiles furent expulsés par les autorités.

Née en 1891 à Amiens, Hélène Studler vient après l’Armistice à l’Hospice Saint-Nicolas de Metz. A la veille de la Seconde Guerre mondiale, elle est déjà très populaire à Metz. Pendant les combats, en juin 1940, elle apporte soins, nourriture et réconfort aux prisonniers français cachés à Metz. Puis dès juillet de la même année, elle met en place une des plus importantes filières de passage d’évadés et de réfractaires lorrains. Son réseau est bien structuré et organisé. Plusieurs de ses collaboratrices dévouées sont chargées de réceptionner « des colis » à divers endroits, généralement des églises, et de les accompagner jusqu’à la gare. Un jour, l’une d’entre elles réceptionne deux « colis » un peu particuliers à l’église Saint-Martin. L’un d’entre eux était François Mitterrand. Blessé par un éclat d’obus, il avait été fait prisonnier en Allemagne en juin 1940 et s’était évadé. Arrivé à Metz, le réseau de Sœur Hélène le fait passer en zone libre. Le jeune homme de 24 ans rejoint alors l’administration de Vichy.

La statue de la Vierge Marie fut inaugurée le 15 août 1924 (Crédits photo : Paul SCHAACK pour le Groupe BLE Lorraine)

Le 2 février 1941, la Gestapo fait une descente à l’hospice. Sœur Hélène et les prisonniers qui s’y trouvaient sont tous arrêtés. Bien que soumise à un interrogatoire musclé, Sœur Hélène ne livre personne. Son réseau peut alors continuer à fonctionner. Elle est condamnée à un an de prison, mais sa peine est suspendue en raison de son état de santé. En 1942, à la suite de nouvelles menaces, elle utilise sa propre filière et se réfugie à Lyon, d’où elle organise l’évasion du Général Giraud. Elle décède en novembre 1944 à Clermont-Ferrand. Le 17 juin 1946, son corps est ramené en grande pompe à Metz, où plus de 100 000 personnes viennent pendant deux jours s’incliner sur sa dépouille.

A noter enfin que la statue de Notre-Dame des prisonniers, que l’on peut observer dans la niche de l’ancien Hospice Saint-Nicolas à Metz représente Sœur Hélène. Un peu plus loin, face à la Place Saint-Thiébault, un petit square a été baptisé à son nom. La municipalité de Metz avait l’intention de mettre une plaque commémorative au pied de la statue mariale Place Saint-Jacques, afin d’honorer cette héroïne de guerre qui a permis le transfert de plus de 2 000 personnes.

Statue de Notre Dame des Prisonniers et portail gothique de l’ancien Hospice Saint-Nicolas à Metz (Crédits photo : François Bernardin)

Rédigé par Thomas RIBOULET

Président-fondateur du Groupe BLE Lorraine et Rédacteur en Chef de BLE Lorraine.

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