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Fête-Dieu en Lorraine

Fête-Dieu dans les rues d'un village (Crédits photo : Groupe BLE Lorraine)

Le mois de juin est riche de quelques célébrations hautes en couleurs, à l’instar de la Fête-Dieu. La quoi ? diront les plus jeunes. La Fête-Dieu, une célébration qui passait, jadis, pour être la plus belle célébration de l’année. Et pour cause.

C’est, semble-t-il, au XIIIème siècle que remonteraient les premières Fête-Dieu. A l’origine, il s’agissait de célébrer le Saint-Sacrement et la présence divine dans le pain béni. La fête, popularisée par Eve de Liège, est officiellement instituée en 1264 par le Pape Urbain IV. Egalement appelée « Fête du Saint-Sacrement » ou encore « Solennité du corps et du sang du Christ », la Fête-Dieu est traditionnellement fêtée le jeudi qui suit le dimanche de la Trinité, soit soixante jours après Pâques. Mais en France, le Concordat de 1801 a permis que la Fête-Dieu soit célébrée le dimanche suivant la Trinité et non le jeudi, ceci afin d’éviter de multiplier les jours fériés. La Fête-Dieu est la dernière célébration du cycle de Pâques.

Mise en place, à l’origine, pour contrer les hérétiques qui niaient la présence divine dans les Saintes Espèces, la Fête-Dieu magnifie donc l’hostie devenue corps du Christ. Autrefois, le prêtre présentait cette hostie sacrée dans un ostensoir, sorte d’objet liturgique ressemblant à un vaste soleil, au milieu duquel se trouve une capsule de verre, dans laquelle on enferme l’hostie. Le prêtre, muni de cet ostensoir, défilait dans les rues de village ou de la paroisse dont il avait la charge. Il était protégé des ardeurs du Soleil par un dais, habituellement tenu par les notables du secteur. Précédé par une marmaille d’enfants qui jetaient dans la rue des pétales de rose, le prêtre était suivi par tous les paroissiens. Tout ce petit monde formait alors un cortège solennel qui marchait au rythme lent et recueilli de quelques chants religieux.

procession Fête-Dieu
Image de la procession de la Fête-Dieu en Lorraine (Crédits photo : Kévin GOEURIOT pour le Groupe BLE Lorraine)

La tradition voulait aussi que, pour l’occasion, chaque famille décore sa maison. Nettoyée de fond en comble, elle était souvent parée de tentures, de guirlandes et de bouquets de fleurs. Fréquemment, il arrivait aussi que l’on dresse, sur le pas de la porte, un reposoir. C’était une sorte de petit autel, édifié à l’aide d’un guéridon ou d’une modeste table, que l’on recouvrait de drap blanc et où l’on posait, pêle-mêle, une statue de la vierge, quelques croix, les chapelets de la famille, des rameaux de buis et les fleurs du jardin. Souvent, il arrivait que l’on construise des reposoirs collectifs. Chacun alors, aidait à la construction, à la hauteur de ses moyens. Les uns apportaient une nappe en dentelle, les autres des vases, d’autres encore les fleurs ou les chandeliers qui orneraient l’autel. Quand le cortège passait devant un de ces reposoirs, le prêtre se faisait une obligation de se prosterner et de bénir l’ensemble des objets qui se trouvaient exposés sous ses yeux. Un moyen comme un autre de satisfaire les habitudes superstitieuses des vieilles familles lorraines.

A l’issue de la procession, chacun reprenait son bien. En Pays Messin, on croyait que si les fleurs avaient séché au cours de la procession, la fenaison s’annonçait bonne. A Verdun, fleurs et branchages étaient conservés pour orner la prochaine bûle de la Saint-Jean. Dans les Vosges enfin, les branchages qui avaient décorés les reposoirs étaient réutilisés pour servir de tuteurs aux pois et aux haricots.

Tombée peu à peu en désuétude, la Fête-Dieu n’était déjà quasiment plus célébrée à la fin des années 1960. La faute, en partie, au concile de Vatican II qui a préféré recentrer le culte sur les célébrations les plus importantes de la liturgie catholique. En Moselle cependant, la procession de la Fête-Dieu renaît, çà et là. A Walscheid, à Willerwald ou encore à Lambach, ostensoirs et dais brodés sont traditionnellement sortis lors du dimanche qui suit la Trinité. Dans la Vallée de la Plaine, située au cœur des Vosges, la Fête-Dieu a également continué de jouir d’une relative popularité. Jusqu’à une période récente, la célébration réunissait autour du Lac de la Maix ne foule nombreuse venue des environs pour adorer la Vierge de Luvigny, une statue miraculeuse qui protégerait des maladies ophtalmiques. Les fidèles, nombreux autrefois, se retrouvaient pour un déjeuner champêtre avant d’organiser ensuite une longue procession autour du lac. Et le reflet des costumes colorés sur le miroir du lac faisait partie du spectacle. Combien sont-ils, de nos jours, à se rendre à ce pèlerinage bucolique ?

Rédigé par Kévin GOEURIOT

Historien de la Lorraine, écrivain et professeur d’histoire-géographie pour le Groupe BLE Lorraine.

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