Né le 5 avril 1895 à Paris, Jean des Vallières est un scénariste et un écrivain prolifique qui publia en son nom, mais également sous les pseudonymes de Jean Ravennes et de Terence Mac Swiney, patronyme de l’un de ses lointains ancêtres. C’est aussi un militaire qui participa à la Première Guerre mondiale.
Cavalier dans un régiment de hussards, il fut blessé le 15 août 1914 lors de la Bataille de Dinant en Belgique. A la suite de son rétablissement, il rejoignit à sa demande l’aviation, intégrant les escadrilles N 12 puis SPA 12, cette dernière étant transférée le 5 octobre 1916 à l’aérodrome de Vadelaincourt, près de Souilly, dans la Meuse.
Le 13 décembre 1916, il fut désigné avec le sous-Lieutenant de Gavardie pour mener une mission dont l’objectif était de détruire un dépôt de munitions dans le secteur de Flabas et d’Azannes situé au Nord de Verdun. Le décollage était prévu pour le 14 décembre 1916. Dans un article paru le 30 janvier 1919 dans la revue La guerre aérienne, ce dernier raconte leur départ pour l’attaque : « Le lendemain, à huit heures, nous étions tous deux chaudement emmitouflés regardant pour tromper notre attente les deux appareils en position de départ et munis d’un lance-bombe de fortune. La neige commençait à tomber et je me demandais comment nous ferions pour exécuter notre mission lorsque la confirmation de l’ordre arriva. Des Vallières part le premier, je le suis, mais très vite je perds de vue son appareil. Je passe sous Douaumont, repère ma direction et, tenant compte du vent, je suis certain d’atteindre le point à bombarder d’ailleurs peu éloigné. Moins d’un quart d’heure après mon départ, avec le temps qui régnait, j’étais perdu. »

Aux commandes de son Nieuport 17, un avion de chasse biplan redoutable, mis en service à partir du mois de mars 1916 et pouvant atteindre un plafond de 5 300 mètres et une vitesse maximale de 170 km/h, le Lieutenant des Vallières, pourtant considéré comme un as de l’aviation, s’égare en raison des conditions météorologiques et arrive au-dessus de Prény, où les Allemands ont constitué de solides retranchements. Contraint d’atterrir, il est immédiatement capturé par les soldats du Kaiser.
Plusieurs témoignages nous permettent d’en apprendre un peu plus sur cet événement. Dans une lettre adressée le 8 août 1977 à la rédaction du Républicain Lorrain de Pont-à-Mousson, Marie Aurélie Marsal, veuve Moyse, âgée de 18 ans au moment des faits, écrit : « A la chute d’un petit avion tombé au-dessus de la chapelle de Prény en 1916, nombre de curieux accourent. Je reçus des mains de l’officier français qui sortait de son coucou ses longs gants fourrés avec son nom et un très beau sourire. Sans doute ces précieux gants contenaient le message qu’il n’a pas donné à Mademoiselle Vagner. Ce cadeau me fut arraché par l’Allemand qui conduisit le prisonnier à la Kommandantur de l’état-major allemand. »
Quant à Mademoiselle Vagner, son témoignage fut transmis à l’historien de Pagny-sur-Moselle, Michel Ney, par son fils Roland Renauld. Ce jour-là, la jeune fille put approcher l’appareil autour duquel se faisait photographier un groupe de militaires allemands. A l’insu des gardiens, Jean des Vallières avait essayé en vain de lui transmettre un message. Toutefois, Suzanne Vagner, également âgée de 18 ans à l’époque, réussit à connaître son identité et parvînt même à obtenir des photos de l’avion français par des soldats germaniques logeant chez ses parents dans l’ancien moulin désaffecté peu éloigné de la chapelle Notre-Dame-de-Pitié entourée des tombeaux du cimetière de Prény.
Au début des années 2000, alors que j’étais en visite chez une cousine éloignée, Maïté Amard, née Mossier, cette dernière sortit d’un tiroir de vieilles photographies de famille datant de la fin du XIXème siècle et du début du XXème siècle. Avec surprise, j’en découvris une en très mauvais état. Elle représentait un aviateur assis dans une automobile à côté d’un officier allemand. Maïté me raconta que cette photo avait été prise en cachette depuis la fenêtre d’une maison du village. En l’agrandissant, nous pouvons bien distinguer le visage de Jean des Vallières.

Envoyé dans un camp de prisonniers en Allemagne, Jean des Vallières fut transféré dans un camp de travaux forcés dont il s’évada pour participer à la révolution allemande à la fin de la guerre. Il fut à nouveau emprisonné, cette fois dans la forteresse de Magdebourg. Cet épisode lui inspirera l’écriture du Kavalier Scharnhorst, publié en 1931. Après la sortie en 1937 du film La Grande illusion, présentant des similitudes avec son récit, Jean des Vallières intenta un procès à Jean Renoir pour plagiat. Mais il le perdit.
Il s’engagea également dans la Légion étrangère et fut mobilisé lors de la campagne de 1939-1940. Acceptant de devenir le sous-préfet d’Arles le 16 novembre 1940, il conserva ce poste jusqu’à sa révocation en avril 1942 lors de l’arrivée au pouvoir de Pierre Laval. Accusé d’avoir constitué des dépôts d’armes et de munitions, il fut arrêté par la Gestapo à Arles lors d’une rafle le 21 avril 1943 avant d’être libéré quelques semaines plus tard. Condamné à mort par contumace en 1946, il vécut sept ans d’exil en Suisse. Acquitté en 1952 par un tribunal militaire, il rentra en France, où il poursuivit son œuvre littéraire et cinématographique. Il décéda à Paris le 20 septembre 1970.
