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A la découverte du Steinhart en Lorraine

Vue d'Alsting, dans le Steinhart, depuis les hauteurs du village (Crédits photo : Yanndu57)

Situé sur un plateau calcaire entre Forbach et Sarreguemines, le Steinhart est l’une des 28 régions géographiques qui composent la Lorraine. Aujourd’hui méconnu et oublié de la plupart, l’association Steinhart, Terre d’Origines vise à le faire reconnaître et à faire découvrir son patrimoine historique, culturel et naturel. Rencontre avec Jean-Marie Bour, son président, pour évoquer avec passion cet attachant petit bout de Lorraine.

BLE Lorraine : Qu’est-ce que le Steinhart ? D’où vient ce nom ?

Jean-Marie Bour : « Le Steinhart désigne un territoire naturel de la Moselle-Est qui s’étend sur 107 kilomètres carrés et qui offre un paysage vallonné à l’altitude moyenne de 292 mètres. Son point culminant, le Kelsberg, situé à Oeting, atteint plus de 387 mètres et domine majestueusement la région. Le Steinhart est peuplé de 32 000 habitants. Cela fait sans doute plus de deux siècles que l’on parle de ce territoire en utilisant la désignation de Steinhart. On en trouve une trace manuscrite pour la première fois en 1832 dans un rapport au gouvernement. La sous-préfecture de Sarreguemines décrit ainsi Ippling comme un « village de l’ancienne Lorraine, […] situé ainsi que Hundling dans le Steinharth »Le sous-préfet de Sarreguemines l’a bien, lui-même, trouvé quelque part. 17 communes font partie du Steinhart, à savoir Alsting, Behren-lès-Forbach, Bousbach, Diebling, Etzling, Folkling, Hundling, Ippling, Kerbach, Lixing-lès-Rouhling, Metzing, Nousseviller, Oeting, Rouhling, Spicheren, Tenteling et Théding. La dénomination de Steinhart vient de Stein qui veut dire « pierre » et de Hardt, Hart ou Hard qui signifie « forêt de montagne » ou « pente boisée ». Ce mot entre d’ailleurs dans la composition de certains noms de famille, comme Mozart ».

Steinhart
Situation et carte du Steinhart en Moselle (Crédits photo : Steinhart, Terre d’Origines)

BLE Lorraine : Pourquoi ce nom a-t-il été oublié ?

JMB : « Il y a plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, contrairement à des entités comme le Pays Messin ou le Saulnois, le Steinhart n’a jamais eu de statut administratif clair. Il est de nos jours à cheval sur les communautés d’agglomération de Forbach et de Sarreguemines. Il n’est pas associé non plus à une grande ville ou à une identité économique forte. Si bien que son nom est resté surtout utilisé dans des cercles érudits ou d’anciens documents, sans être repris dans le langage courant. Par ailleurs, à partir du XXème siècle, les références territoriales ont changé avec la montée en puissance des départements comme la Moselle, puis des régions comme la Lorraine et aujourd’hui le Grand Est. Ces nouvelles échelles ont éclipsé les « petites régions naturelles » traditionnelles, à l’image du Steinhart. Les habitants eux-mêmes ont cessé d’utiliser ce nom au profit des noms de communes ou de désignations plus connues comme Metz, Sarreguemines, etc. En outre, dans un pays aussi centralisé que la France et dans un territoire comme la Moselle marqué par des allers-retours entre influences françaises et germaniques, notamment après la Guerre de 1870-1871, les noms germaniques ont souvent été remplacés ou francisés pour des raisons politiques et culturelles. Or, sans transmission orale forte, un toponyme finit rapidement par disparaître du vocabulaire courant. Mais le Steinhart n’a pas vraiment disparu, il a simplement été absorbé par l’histoire en raison du changement de langue et de souveraineté, de l’absence de reconnaissance officielle et de l’évolution des repères géographiques. Aujourd’hui, son nom subsiste surtout dans des études historiques ou géographiques spécialisées. »

Jean-Marie Bour, président de l’association Steinhart, Terre d’Origines (Crédits photo : Françoise AUCLAIR pour le Groupe BLE Lorraine)

BLE Lorraine : En quoi le Steinhart est-il si particulier ?

JMB : « Le Steinhart est particulier car il mêle notamment des caractéristiques géologiques, naturelles, culturelles, linguistiques, historiques et patrimoniales. Il témoigne ainsi d’une histoire géologique fascinante inscrite dans l’âge des strates et des couches qui composent son sol. La présence abondante de fossiles, dont les ammonites, s’explique par les formations du Buntsandstein mais surtout du Muschelkalk qui ont façonné son paysage et favorisé une excellente conservation des restes marins. Le Steinhart abrite également une biodiversité exceptionnelle marquée notamment par la beauté fragile des nombreuses orchidées, le chant des oiseaux ou encore la diversité des champignons qui reflète la vitalité des sols. Cette biodiversité se rencontre aussi dans les étangs, rivières et fontaines, ainsi que dans les forêts qui composent notre territoire. L’identité de celui-ci s’exprime par ailleurs en Lothringer Platt puisque le Steinhart se trouve en zone de langue francique. Nous avons pu aussi retracer que le patrimoine généalogique du Steinhart repose sur 170 familles . Nombre d’entre elles y ont en effet immigré après la terrible Guerre de Trente Ans. La région du Steinhart porte enfin les traces d’un passé marqué par de nombreuses guerres et libérations, événements majeurs qui ont façonné son identité et forgé la mémoire collective. Son patrimoine historique se dévoile à travers ses églises et ses grottes, qui constituent autant de lieux de recueillement, mais aussi à travers les métiers qui ont façonné la vie quotidienne, à l’image des mineurs, des agriculteurs ou encore des tisserands qui ont contribué au développement et à la prospérité de la région. »

Fossiles retrouvés dans le Steinhart (Crédits photo : Steinhart, Terre d’Origines)

BLE Lorraine : Pourquoi avez-vous créé votre association ? Que voulez-vous faire du Steinhart ?

JMB : « L’association a été créée dans le but d’offrir aux habitants du Steinhart, ainsi qu’à tous les passionnés, un véritable marqueur historique, culturel et environnemental de ce magnifique terroir. L’idée est de pouvoir positionner le Steinhart sur les cartes, de le faire connaitre et reconnaitre sur un plan départemental, régional, national et au-delà de nos frontières. Nous voulons donner la possibilité aux personnes du crus de pouvoir dire d’où ils viennent. Nous entendons par ailleurs valoriser son patrimoine unique et le faire rayonner, que ce soit sur le plan historique, culturel et environnemental pour préserver la biodiversité, mais aussi pour ce qui est du patrimoine matériel et immatériel. Pour cela, nous diffusons de nombreuses informations sur notre site internet, sur notre page Facebook et via nos infolettres. » 

BLE Lorraine : Quelles autres activités propose votre association ?

JMB : « L’association est active pour faire parler du Steinhart lors de conférences, de festivals, de réunions et de sorties thématiques, par exemple sur la découverte des orchidées. Elle a réalisé un livret sur la libération et un premier livre sur les oiseaux du Steinhart avec les noms en français, en latin et en Platt. Le second tome est d’ailleurs en préparation. Nous aimerions également acquérir ou louer un local pour y exposer des fossiles et des outils anciens retrouvés dans le Steinhart. L’association vise également à aider à la mise en place de panneaux signalétiques et d’orientation, mais aussi à l’entretien des chemins pédestres et cyclables, ainsi qu’à constituer un inventaire et à rénover le patrimoine religieux (grottes, croix, calvaires, etc.). En ce qui concerne le patrimoine naturel, un objectif à terme est aussi l’acquisition ou la location de terrains agricoles, de friches ou de bois pour protéger la biodiversité. Notre grand projet pour 2026 reste néanmoins l’organisation d’un voyage culturel au Brésil du 8 au 21 octobre pour découvrir la région plattophone Sud-américaine. Organisé en plein printemps brésilien, celui-ci s’annonce comme une immersion culturelle et humaine exceptionnelle. Le Sud du pays est en effet une terre riche d’histoire, de diversité culturelle et de paysages spectaculaires, où notre langue et notre culture ont traversé l’Atlantique et continuent de s’y exprimer. Je pense que les participants vont vivre une expérience rare, celle de se sentir « chez soi » à plus de 9 500 kilomètres du Steinhart. Ici, le Platt n’est pas en retrait car il est parlé, transmis et reconnu officiellement par des communes. »

Rédigé par Rédaction BLE Lorraine

La Rédaction du Groupe BLE Lorraine, premier média et think tank indépendant de Lorraine.

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