Dans le cadre d’une nouvelle campagne de fouilles archéologiques menées à Grand, dans les Vosges, entre la basilique et sa célèbre mosaïque et l’amphithéâtre, plus de 500 dés à jouer en os ont dernièrement été mis à jour. Il s’agit de la plus importante collection de dés connue pour l’Antiquité. Les archéologues ont également retrouvé des clous de chaussures, des monnaies de bronze, des fragments de vaisselle, ainsi que des fibules et des aiguilles à chas.
Les chiffres des dés dégagés sont figurés par des ocelles, dont les petits doubles cercles ont été gravés à l’aide d’un outil métallique fin. Afin de créer un contraste plus important avec la surface de l’os et gagner en visibilité, ces gravures étaient parfois remplies d’un mélange de cire et de charbon par les artisans. L’organisation des faces des dés retrouvés à Grand respecte le modèle traditionnel toujours utilisé de nos jours. Ce modèle dit de Sevens veut que la somme des faces opposées soit systématiquement égale à sept. Le un doit alors faire face au six, le deux au cinq et le trois au quatre. La continuité de ces règles de fabrication à travers les siècles témoigne de l’héritage du monde romain dans le quotidien de notre monde contemporain.

Dans l’Empire romain, les dés pour les jeux de plateau étaient populaires dans toutes les catégories sociales. Mais ils ne servaient pas qu’à divertir. Ils possédaient en effet aussi une dimension symbolique et religieuse. C’est la raison pour laquelle on en a retrouvés dans les villes, les thermes, les sanctuaires ou encore les camps militaires romains. Associés aux osselets, ils pouvaient notamment être utilisés dans des pratiques divinatoires destinées à interpréter des signes des dieux. Les archéologues doivent désormais déterminer pourquoi autant de dés ont été découverts à Grand.
Les fouilles qu’ils mènent sur le site vosgien s’inscrivent dans le sillage de celles entreprises depuis 2022 dans ce quartier. Elles visent en premier lieu à retrouver des vestiges déjà explorés dans les années 1960, mais avec l’analyse et la méthodologie scientifique actuelles. Elles ont déjà permis de dégager un bâtiment et une petite construction, dont les murs étaient ornés de peintures murales rouges et de plinthes jaunes. Les restes d’une conduite hydraulique ont également été mis au jour au Nord de cette petite construction. Le plus grand bâtiment retrouvé pourrait quant à lui avoir abrité un atelier spécialisé dans la fabrication des dés ou un sanctuaire, où ces mêmes dés pouvaient jouer un rôle rituel. Selon une autre hypothèse, il pourrait enfin s’agir d’un espace de jeux placé sous la protection d’une divinité.