A la limite des territoires des communes de Norroy et de Pont-à-Mousson se dresse un menhir datant du milieu du IIIème millénaire avant Jésus-Christ et nommé la Pierre au Jô.
En 1905, dans le Bulletin de la Société préhistorique française, l’érudit Louis Robert en faisait la description : « C’est un bloc quadrangulaire de pierre calcaire, dont les quatre faces sont à peu près orientées suivant les points cardinaux, à dix ou quinze degrés près de déviation de droite à gauche (levant et couchant d’automne). Sa hauteur au-dessus du sol est de 2,50 mètres. Aucun sondage n’a encore vérifié à quelle profondeur il est enfoncé. Son épaisseur maximum est de 0,60 mètre. Il est moins gros et comme un peu arrondi au sommet et dans son tiers inférieur. (…) On observe sur la surface une quantité de trous irréguliers, qui sont des géodes naturelles de formes capricieuses. »
De toute évidence, ce bloc de pierre fut extrait sur place à l’époque du Néolithique. Beaucoup plus tard, les Romains y exploiteront des carrières, la belle pierre blanche de Norroy étant expédiée vers les cités de Divodurum Mediomatricorum, l’actuelle Metz, et de Scarpone, qui donna naissance à Dieulouard, pour être utilisée dans la réalisation de sculptures. De là, certains expliquent son nom par le fait que Jô dériverait du latin Jovis désignant Jupiter. Un autel à ce Dieu aurait été dressé à ses côtés. D’ailleurs, de nombreuses inscriptions et autels dédiés à Jupiter et à Hercules Saxsetanus, le Dieu des carrières, protecteur des extracteurs de pierre, furent retrouvés dans les carrières de Norroy en 1721, 1749, 1827, 1916 et encore en 1994.
Dans sa monographie rédigée en 1888, l’instituteur de Norroy préfère quant à lui y voir une reconnaissance au général romain, Flavius Jovinus, exterminateur d’une bande d’Alamans en 366 dans les environs de Scarpone, plus précisément à Atton, village situé au pied de la Butte de Mousson, l’antique Mons Jovis.
Toutefois, Jau voulant dire le coq en Lorrain roman, d’autres préfèrent y voir la forte présence, autrefois à ses abords, du coq de Bruyère ou Grand tétras. Plusieurs lieux-dits dans les environs font référence à ce Jô comme le Champ le Jô à Loisy ou encore la Pierre aux Jaux à Pagny-sur-Moselle.
Un article de François Barthélémy paru en 1889 dans un mémoire de la Société d’archéologie lorraine et du Musée historique lorrain nous apporte d’autres renseignements à son sujet. Encore en cette fin de XIXème siècle, les habitants du lieu racontaient qu’au Moyen-âge y étaient brûlées les sorcières. Notons que non loin un lieu-dit portait jadis le nom de Val des sorcières. Ils rapportèrent également qu’au début de l’année 1814, afin d’échapper aux réquisitions imposées par les Prussiens et les Russes lors de l’invasion de la France, leurs aïeux gagnèrent avec leurs animaux domestiques les carrières pour s’y cacher. Malheureusement, un coq s’échappa et se mit à chanter après s’être perché au sommet du menhir trahissant ainsi le refuge des Nogarédiens. C’est ainsi que cette ancienne pierre aurait pris le nom de Jô.
La légende est séduisante mais des documents conservés dans les archives indiquent que cette dénomination existait déjà bien avant cet événement tragique. Le 18 avril 1914, le menhir de la Pierre au Jô était classé au titre des Monuments Historiques. S’élevant en lisière de la forêt du Bois-le-Prêtre, il a échappé miraculeusement aux violents combats que se livrèrent Français et Allemands au cours de la Première guerre mondiale. 

