La Bataille de Nancy s’est jouée le dimanche 5 janvier 1477 sous les murs de Nancy. Elle a rebattu les cartes de la géopolitique européenne et a assuré au Duché de Lorraine trois siècles d’indépendance au milieu de l’Europe. Trois siècles de heurts et de malheurs. Elle a consacré la croix à double traverse et le chardon comme emblèmes nationaux. Mais pour bien la comprendre la Bataille de Nancy, il faut se remémorer le contexte dans lequel elle s’est déroulée.

En 1475, Charles de Bourgogne, celui que l’histoire qualifiera, plus tard, de « Téméraire », règne alors sur l’actuelle Belgique, le Luxembourg, une partie des actuels Pays-Bas mais aussi, plus au Sud, sur la Bourgogne et l’actuelle Franche-Comté. Au milieu de ses possessions, les Duchés de Bar et de Lorraine font office de paillasson. Les troupes bourguignonnes vont et viennent le long de la Meuse et de la Moselle, commettant parfois pillages, ravages et rançons. Lassé par cette situation et certain d’être soutenu par le Roi de France Louis XI, le jeune Duc de Lorraine René II déclare alors la guerre au Bourguignon. Une guerre qui va d’abord tourner en défaveur du parti lorrain. Le Prince de Bourgogne s’empare en effet, à l’automne 1475, de Briey, Sancy, Damvillers, Conflans, Lachaussée, Pont-à-Mousson et va jusqu’à faire son entrée solennelle à Nancy au début de l’hiver. Partout, les seigneurs semblent se rallier au Téméraire et la situation paraît désespérée pour le Duc René II. Mais ce dernier n’abandonne pas pour autant. Les querelles qui opposent les Bourguignons aux cantons suisses vont peu à peu faire évoluer la situation. Défaites une première fois à Grandson puis une seconde fois à Morat, les troupes bourguignonnes se trouvent vite affaiblies. Rapidement, le parti lorrain reprend l’avantage. Les soldats de René II parviennent à contrôler Nancy, que les armées du Téméraire vont dès lors s’appliquer à assiéger.

A la fin de l’année 1476, Nancy est donc assiégée par les troupes de Charles le Téméraire. René II, de son côté, est allé chercher des renforts du côté de l’Alsace et de la Suisse. Il avait promis aux habitants de sa petite capitale de revenir avant la Noël. Mais voilà, il tarde. L’armée libératrice faite de preux chevaliers et de fiers lansquenets n’arrivera qu’une douzaine de jours plus tard. Et elle livrera bataille, entre la Meurthe et le Bois de Saurupt, du côté de la Malgrange et de l’ancien Etang Saint-Jean. Choc inouï. Cliquetis d’armes. Les couleuvrines répondent aux hallebardes. La bataille devient mêlée. Et la mêlée devient furie. Débordés, les Bourguignons finissent par prendre la fuite. Sauve qui peut général. Déroute désordonnée. Charles de Bourgogne, monté sur son cheval noir, le Moro, piétine sur les rives de l’Etang Saint-Jean. Un chevalier lorrain, bailli de Saint-Dié, s’avance sur lui. Il le tue, sans avoir pris le temps de l’identifier.

Le corps du Téméraire ne sera découvert que deux jours plus tard, dépouillé de son armure, gelé et dévoré par les loups. René II lui fera faire des obsèques solennelles. Ainsi s’est achevé le destin de celui qui voulut être roi entre France et Empire. De cet homme qu’on appela Téméraire et qui, à trop vouloir, a fini par tout perdre.

