Il paraît que le 10 août c’est la Saint-Laurent. Un saint dont l’histoire est assez étonnante.
D’après les récits hagiographiques, Laurent serait né à Huesca, dans le Nord de l’Espagne, dans le premier quart du IIIème siècle après Jésus-Christ. Très tôt, il quitte son Aragon natal pour se rendre à Saragosse, où il mène de brillantes études. C’est là qu’il rencontre le futur Pape Sixte II. Ce dernier, une fois monté sur le trône de Saint Pierre, se souvient de l’amitié qu’il avait nouée avec Laurent. Laurent est donc nommé diacre et trésorier de l’Eglise. Il s’emploie dès lors à la gestion des biens ecclésiastiques et distribue d’importantes quantités d’argent aux plus démunis. A la mort de Sixte II, Laurent, désireux d’accompagner son ami dans l’Au-delà, liquide le reste des biens de l’Église et va jusqu’à envoyer à ses parents la coupe qui aurait servi au Christ lors du dernier repas.

Mais apprenant que l’Eglise disposait de ressources considérables, le préfet de Rome convoque Laurent et le somme de confier l’argent à l’Empereur qui, d’après Voragine, « en avait besoin pour faire la guerre ». Laurent s’exclame alors que l’Eglise dispose d’immenses richesses et réclame trois jours pour rassembler ce qui lui est demandé. Le troisième jour, une foule d’orphelins, de pauvres gens et de veuves se presse sous les fenêtres du préfet. Et Laurent de dire : « voici les trésors de l’Eglise. Nous n’avons point d’autre richesse ». Evidemment, le préfet romain entre dans une colère noire et jure de mettre à mort le pauvre diacre. Saisi par les gardes, Laurent est dépouillé de ses vêtements, battu, ligoté et étendu sur un gril. Nous sommes au matin du 10 août 258. Les braises consument le diacre très lentement. Le supplice est horrible mais Laurent continue de prier. D’après quelques documents anciens, le diacre se serait tout de même écrié, au bout de quelques minutes : « le premier côté est cuit, retourne-moi maintenant ». Quel humour, ce Laurent !
Il est à noter toutefois que, selon une autre version, le martyr n’aurait pas fait que rire au cours de son supplice. Une légende, assez bien attestée en Lorraine, prétend qu’il y aurait versé d’abondantes larmes. Telle serait en tout cas l’origine des Perséides ou étoiles filantes qui traversent le firmament, chaque année, autour du 10 août. Nos ancêtres, qui étaient assez peu versés dans la science astronomique, désignaient d’ailleurs ces étoiles filantes sous le terme de « larmes de Saint Laurent ».
Les vieux Lorrains associaient à ce saint et à sa fête tout un tas de superstitions curieuses. Pour les uns, Saint Laurent guérissait les rages de dents. Pour d’autres, la fête de Saint Laurent marquait le début de la morte saison. On croyait en effet qu’à compter du 10 août, la sève cessait de circuler dans l’écorce des arbres et que les végétaux s’arrêtaient de grandir.

Plusieurs proverbes populaires nous indiquent que la Saint Laurent était effectivement un tournant dans le cycle des saisons. On disait par exemple que s’il faisait chaud à la Saint Laurent, on aurait froid à la Saint Vincent. Ou bien que lorsqu’il pleuvait le jour de la Saint Laurent, il pleuvait quarante jours durant. Et une autre croyance prétendait qu’à la Saint Laurent, les oiseaux cessaient leur chant.
Dans le Pays Messin, il n’était pas rare que les vignerons aillent attacher, chaque 10 août, une grappe de raisin dans la main de la statue de Saint Laurent. La coutume était ancienne. Elle rappelle certainement l’offrande des prémices que les Romains de l’Antiquité pratiquaient à l’approche des récoltes. Westphalen nous dit qu’en 1811, 1834, 1846 et 1857, les récoltes furent si précoces que l’on attacha alors une bouteille de vin nouveau autour du poignet de Saint Laurent. L’histoire ne dit pas, hélas, si le vin était bon.

