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Un Conte de Fraimbois en langue régionale : L’û(f) de polain

I n’y avôt eune fwès in (h)ômme de Fraimbôs qu’atôt â merchi de L’ninville et qu’vóyè des tot grôsses cahônes, mais i n’savôt qu’ast-ce que ç’atôt et i d’mandè â in Monsû de L’ninville qu’pessôt :

– Qu’ast-ce que ç’ast de ç’lè, Monsû ?

Lo monsû qu’lo vóyè in pô nigâd, li d’hè :

– Ç’ast des û(f)s de polain.

– Comment qu’on fait po awè in polain avo ç’lè ?

Lo monsû li d’hè :

– On prend in û(f), on le fait cover hheus s’maines pa eune vîe fômme, pus i sâte fûs in piat polain.

L’(h)ômme de Fraimbôs chongè tot per lu :

– Val bin m’n effaire, j’on chinz nos mè vîe belle-mére que n’fait pus rin, j’lè mattrans cover.

Pus i marchandè eune cahône qu’on li layè po in piat ètchu.

’L atôt bin jayoux en rappoukant sè cahône è Fraimbôs, et i d’hè è sè fômme :

– Je vons matte cover tè mére que d’mwêre ahhute tote lè jonêye et qu’n’fait pus rin que d’groler, pus j’èrans avo ç’lè in bé piat polain.

Val lè vîe fômme que côve, que côve tote lè jonêye et ca lè neuyt. Â bout d’hheus s’maines, i n’y avôt ca point d’polain. ’L attendinza tojos, et lè vîe fôme covôt ca qwate semaines. Pus èprès, l’(h)ômme d’hè è sè fômme :

– Tè mére ast eune manre cov’rasse, ou bin qu’j’sons cheu sus in manre û(f).

Lo val que prend lè cahône et qu’vè lè j’ter dans eune hêye. Mais i n-avôza în livrât dans lè hêye que s’sâvè. L’(h)ômme quand i vóyè lè piate bête-lè qu’s’sâvôt, d’hè :

– Oh ! val mo polain qu’fout lo camp ! qué mâchance !

Pus i criè tant qu’i pouvôt :

– Chouri ! chouri ! venans petiat ! 

Mais lo livrât ne r’vînt-m’.

***

L’œuf de poulain

Il y avait une fois un homme de Fraimbois qui était au marché de Lunéville et qui voyait de toutes grosses citrouilles, mais il ne savait pas ce que c’était, et il demanda à un Monsieur qui passait : 

– Qu’est-ce que c’est de cela, Monsieur ?

Le Monsieur qui le voyait un peu nigaud, lui dit :

– Ce sont des œufs de poulain.

– Comment fait-on pour avoir un poulain avec cela ?

Le Monsieur lui dit :

– On prend un œuf, on le fait couver six semaines par une vieille femme, et puis il sort un petit poulain.

L’homme de Fraimbois songea en lui-même : voilà bien mon affaire, nous avons chez nous ma vieille belle-mère qui ne fait plus rien, nous la mettrons à couver. 

Puis il marchanda une citrouille qu’on lui laissa pour un petit écu.

Il était bien joyeux en rapportant sa citrouille et il dit à sa femme : 

– Nous allons mettre à couver ta mère qui demeure assise toute la journée et qui ne fait plus rien que de gronder, puis nous aurons avec cela un beau petit poulain.

Voilà la vieille femme qui couve, qui couve toute la journée et encore la nuit. Au bout de six semaines, il n’y avait encore point de poulain. Ils attendaient toujours, et la vieille femme couva encore quatre semaines. Puis après, l’homme dit à sa femme :

– Ta mère est une mauvaise couveuse ou bien nous sommes tombés sur un mauvais œuf.

Le voilà qui prend la citrouille et qui va la jeter dans une haie. Mais il y avait un levreau dans la haie, qui se sauva. L’homme, quand il vit cette petite bête qui se sauvait, dit :

– Oh, voilà mon poulain qui fiche le camp ! Quelle mauvaise chance ! Puis il cria tant qu’il pouvait :

– Chouri ! Chouri ! Venez petit ! 

Mais le levreau ne revint pas.

Conte extrait de Patois Lorrains de Lucien Adam, Conseiller à la Cour d’Appel de Nancy, 1881.

Traduction du patois d’Einville dans le Lunévillois.

Rédigé par André TOUCHET

Amoureux des langues régionales et de la Lorraine pour le Groupe BLE Lorraine.

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2 Commentaires

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  1. Il y a un peu plus d’un siècle de cela vivait, dans un village dont nous tairons le nom, un paysan honnête quoique pas très très futé. Dans le village, on le prenait pour un nez-de-bœuf, un assoté, un simplet. L’homme n’était pas bien méchant mais c’est vrai qu’il n’avait pas inventé l’eau chaude. Il n’était pour ainsi dire jamais sorti de son village, se contentant de l’horizon borné que la destinée lui avait offert, depuis sa naissance.

    Un jour pourtant, il se décida à aller à Château-Salins, qui était la ville la plus proche de chez lui. Il avait en effet entendu parler du marché qui s’y tenait, chaque semaine. Il prit donc un bâton et jeta dans sa besace un pain et quelques pièces de monnaie. Quand il arriva sur le marché de Château-Salins, il fut très étonné de voir, sur un étal, d’énormes citrouilles. Il n’en avait en effet jamais vues. Il demanda alors au vendeur ce que c’était et ce dernier, qui sentait bien qu’il avait affaire à un nigaud, se moqua de lui en disant que c’était là des œufs de poulains. Oh ! Se dit alors notre idiot, dans sa tête ! Un œuf de poulain. Mais je pourrais en acheter un et revendre le cheval, ainsi, je m’enrichirais rapidement. Le brave homme lâcha donc une belle pièce de cinq francs et repartit, tout fier, avec sa citrouille sous le coude.

    Pendant un mois, on ne le revit plus. Il couva ce qu’il croyait être un œuf de poulain. Il resta au lit, sous la couette, et couva la citrouille. Au bout d’un mois, voyant qu’aucune vie ne paraissait s’agiter à l’intérieur de la citrouille, il perdit patience et se mit à maugréer contre le vendeur qui s’était certainement joué de lui. Il alla donc au fond du jardin et balança l’œuf de poulain dans le champ qui se trouvait derrière chez lui. La citrouille dévala la pente et alla éclater contre une pierre, derrière laquelle gîtait alors un lièvre. En voyant le lièvre détaler, l’idiot du village crut qu’il s’agissait du bébé poulain. Il en fut très marri et se mit à crier ! Oh cré non de non ! Mon petit poulain ! Reviens, petit poulain ! Il essaya de le faire revenir à grands seaux de picotin. Mais rien n’y fit, ces poulains-là courent plus vite que les vrais.

    Kévin GOEURIOT, historien de la Lorraine, écrivain et professeur d’histoire-géographie pour le Groupe BLE Lorraine.

  2. Ma famille est de Villey le sec.
    Ma mère m’a souvent raconté des histoires de fraimbois
    C’est une émotion et un plaisir de les retrouver

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