A présent que je suis devenu un vieux papy qui s’est exilé sur la côte-Est de Madagascar au bord de l’Océan Indien, il me revient en mémoire les fruits savoureux que je dégustais avec tant de plaisir lorsque je gambadais dans les jardins et vergers de Lorraine et plus précisément de Moselle-Est.
Juste devant la fenêtre de la maison de mes parents il y avait un poirier qui offrait des poires juteuses et sucrées à souhait. Jeune bambin en culottes courtes, je grimpais sur cet arbre jusqu’aux branches les moins grosses pour me gaver de ces fruits délicieux. Malheureusement, comme toutes les mères soucieuses pour leur enfant qui risquait de tomber de l’arbre, ma mère décida, un jour que j’étais à l’école, de faire couper cet arbre sous prétexte qu’il attirait de nombreuses guêpes et présentait un danger pour moi.
Puis, il y avait ces trois cerisiers dans le verger du Bomarelztel. L’un donnait des cerises noires, l’autre des cerises aigres et enfin celui qui remportait la cerise sur le gâteau, c’était le cerisier qui portait des Krachquirchen. Ce cerisier appelée Cerisier bigarreau Napoléon et qui fleuri à la fin du mois de mars avait ma préférence car cette cerise offrait une couleur claire impossible à confondre avec d’autres variétés. Il donnait des cerises sucrées, juteuses et craquantes à souhait qui remportaient la médaille des meilleures cerises dans mon cœur et sous mon palais gourmand.
Que dire des fraises du jardin de ma mère qu’elle savait préparer avec du sucre et de la crème et dont je raffolais également. Et si la plupart du temps je ne vidais pas mes assiettes aux repas, j’adorais les fruits et les tartes aux fruits. Il m’arrivait souvent de farfouiller entre les rangs de fraisiers pour dénicher les fraises rouges dont je me goinfrais avec volupté.
Il y avait également ces deux mirabelliers qui jouxtaient le jardin de ma mère. J’étais également un grand consommateur de leurs fruits gorgés de Soleil. Mais la palme revenait aux quetsches. Il m’arrivait de cueillir ces fruits délicieux qui pendaient en grappes denses et faisaient plier les branches de ces arbres qui bordaient le bief de l’ancien moulin où j’ai résidé pendant trois décennies. Je me souviens que mon père, qui avait encore l’autorisation de distiller, avait distillé de nombreuses bouteilles de schnaps de quetsches. Et longtemps après sa disparition, il restait encore des bouteilles de cet alcool dans une pièce de la cave qui abritait les bocaux de conserves et de confitures de différentes espèces.
En automne c’est par seaux entiers que je ramassais les fameuses grosses pommes rambour qui se conservaient jusqu’en mars-avril. Elles étaient fripées à la fin, mais toujours consommables. Rien que de penser à ces pommes, dont je raffolais éveille en moi le souvenir impérissable des tartes cuites au four à bois.
Aujourd’hui encore il m’arrive de me goinfrer de salades de fruits exotiques car j’ai la chance de posséder de nombreux arbres fruitiers qui n’ont plus rien à voir avec les arbres de mon enfance. Ces arbres offrent également des fruits juteux et savoureux à volonté et mon penchant pour les fruits est resté intact car je peux savourer à volonté des bananes, des oranges, des papayes, des fruits de la passion, des goyaves, des mangues, des litchis, des avocats, des ananas, des mangoustans, des anones, des caramboles ou encore des fruits du Jacquier, du prunier de Cythère et des bibasses ou nèfles du japon, ainsi que des fruits du jambosier … Cette liste est bien entendu non exhaustive car de nombreux autres fruits peuvent se récolter ici sous les tropiques, où certaines variétés donnent des fruits toute l’année. D’autres arbres fruitiers font des fructifications plusieurs fois par an, tandis que d’autres sont annuels.

Bien entendu, ayant toujours un esprit inventif à défaut d’avoir de bonnes connexions neuronales, il m’arrive d’inventer des recettes à base de fruits. J’ai par exemple confectionné du rhum arrangé au jus de litchi. Sur chaque salade de fruits, je verse une rasade de ce breuvage pour donner du punch à ces dons des dieux qui ont toujours eu ma préférence concernant l’alimentation.