Situé dans le Nord de la Meuse, région charmante qui confine à la Belgique et que l’on nomme la Gaume, le village de Juvigny-sur-Loison est un petit coin de paradis, loin des sentiers battus, et dont l’identité tient d’abord dans la belle couleur blonde de la pierre locale. Une pierre qui a également servi à édifier les remparts de Montmédy, les hôtels particuliers de Marville, la basilique d’Avioth mais aussi, aux XVIIIème et XIXème siècle, quelques fermes cossues et souvent couvertes d’ardoise.
A Juvigny-sur-Loison, on peut d’ailleurs observer une porte du milieu du XIXème siècle. La date est portée sur le linteau, en chiffres romains, selon une pratique assez courante dans cette partie de la Lorraine. MDCCCLV. M pour 1000, D pour 500. Trois C faisant 300, L pour 50 et V pour 5. On additionne le tout : 1855. Plus surprenant peut-être est la grappe de raisin qui orne le centre du linteau. Elle s’explique par le fait que l’on trouvait encore, à cette époque, de la vigne sur les coteaux qui bordent le Loison. Le vin qui y était produit était destiné à une consommation très locale, mais appréciée malgré tout. La grappe, finement sculptée, indique peut-être qu’il s’agissait là d’une maison de vigneron. Elle peut aussi être rapprochée de la symbolique biblique de la terre promise et, bien-sûr, du sang du Christ.

La porte en elle-même mérite également quelques mots. Elle aligne de beaux chevrons anciens et présente un vasistas fermé par une grille en fonte, de fabrication probablement locale elle aussi. Gageons que les propriétaires de cette belle demeure meusienne conserveront l’âme de cette porte car rien n’est plus regrettable que de faire poser une porte en PVC sur un monument ancien.
