Fêtes importantes pour les chrétiens de Lorraine, les célébrations mariales culminent peut-être au début du mois de septembre. C’est à cette période de l’année que se tiennent en effet les grands pèlerinages mariaux, à l’image de celui de Benoîte-Vaux. La raison en est simple, le 8 septembre correspond à la date présumée de la naissance de la Vierge. Partant de là, la semaine qui précède cette fête voit traditionnellement les pèlerins se presser vers les sanctuaires mariaux.
Ces derniers sont particulièrement nombreux en Lorraine. On peut citer, entre autres, ceux de la magnifique et grandiose basilique d’Avioth, dans le Nord meusien, et de la chapelle de Marienfloss, près de Sierck-lès-Bains, d’où est partie la tradition du Rosaire, mais aussi celui de Notre-Dame de Bonsecours à Nancy ou encore ceux des tous petits oratoires comme celui dédié à Notre-Dame de la Bulle à Buzy ou de Notre-Dame de la Hayotte, située à une encablure du village de Friauville, dans le Jarnisy. Tout un patrimoine qu’il nous appartient bien-sûr d’entretenir et de préserver. Mais de tous les sanctuaires mariaux lorrains, deux sortent véritablement du lot. Celui de la basilique de Sion, bien-sûr, et le celui de Benoîte-Vaux.
Attachons-nous donc à évoquer le pèlerinage de Benoîte-Vaux. Petite localité située au centre du département de la Meuse, à peu près à mi-chemin de Verdun et de Saint-Mihiel et à l’écart des principaux axes de circulation, Benoîte-Vaux compte parmi les sanctuaires les plus anciens de Lorraine. Selon une légende bien établie, le site serait né au Moyen-âge, après que des bûcherons ayant entendu des anges en train de chanter l’Ave Maria, eussent découvert, à proximité d’une source, une statue représentant la vierge à l’enfant. Un ermite, prénommé Martin, se serait installé à proximité de la source et aurait veillé sur la découverte miraculeuse.

Vers l’an 1157, l’Evêque de Verdun Albéron de Chiny cède la terre de Benoîte-Vaux au monastère prémontré de Notre-Dame de l’Etanche, sis entre Saint-Mihiel et Hattonchâtel. Dès lors, les moines aménagent les lieux et la Benoîte Vallée, comme on se plaît à l’appeler alors, devient l’objet d’un pèlerinage fréquenté. Protégé par les Ducs de Lorraine et en particulier René II qui vouait un culte très étroit à la Sainte Vierge, le sanctuaire s’agrandit et s’embellit. En 1638, la statue figurant Notre-Dame de Benoîte-Vaux est enlevée et mise à l’abri au château de Neuville-en-Verdunois, alors propriété de Barbe d’Ernecourt, plus connue sous le nom de Dame de Saint-Baslemont et sous le surnom « d’Amazone chrétienne ». De retour dans son église, la statue est brisée pendant la révolution française. Elle est remplacée quelques années plus tard par la gracieuse statue qui surmonte aujourd’hui la source réputée être miraculeuse.
D’abord géré par les Prémontrés de l’Etanche, le sanctuaire est dirigé, après la révolution, par les prêtres du diocèse de Verdun. En 1852, ces derniers cèdent la gestion des lieux à la congrégation de Notre-Sauveur, qui les occupa jusqu’en 1919. De 1936 à 1972, c’est aux oblats de Marie-Immaculée qu’est confiée l’organisation du pèlerinage. Et depuis cette date, le clergé séculier a repris besaces et bâtons de pèlerins.
Car ils sont nombreux, les fidèles qui viennent boire à la source de Benoîte-Vaux ! La première semaine de septembre voit affluer de toute l’Argonne, de la Woëvre et du Barrois, du Pays-Haut, du Verdunois et du Jarnisy, nombre de fidèles venus adorer la Sainte Mère de Dieu. Bien-sûr, à regarder les cartes postales anciennes qui nous montrent des foules agglutinées autour de la source, on se dit que le pèlerinage a perdu un peu de sa superbe. Et pourtant, ils continuent bien de répondre à l’appel, ces pèlerins de Lorraine. Et selon un rituel qui n’a presque pas changé. Ils partent de grand matin et se dirigent vers le pieux vallon, en chantant souvent ce vieux refrain, simple et naïf :
« Je vais au vallon solitaire
Au beau vallon de Benoîte-Vaux.
Et j’irai boire à la fontaine,
A la fontaine de Benoîte-Vaux. »
La fontaine, c’est pour elle que l’on vient ! L’eau qui y coule est terriblement froide. Le livre des Advis aux dévots pèlerins de Nostre Dame de Benoiste Vaux, imprimé en 1664 donne tout un tas de recommandations sur l’usage de cette eau miraculeuse. Il note par exemple que, pour qu’elle soit pleinement bénéfique, l’eau de Benoîte-Vaux doit être bue « trois fois en l’honneur de la Sainte Trinité ; cinq fois en l’honneur des cinq plaies de Notre Seigneur ; et neuf jours en l’honneur des neuf chœurs des Anges ou en souvenir des neuf mois pendant lesquels la Vierge Mère porta son Fils dans son sein ». On pouvait aussi mettre un linge mouillé sur la tête et imiter ainsi le voile de la Vierge. L’ouvrage ajoute « qu’ils ont grand tort ceux-là qui se moquent des personnes qui agissent ainsi, sans avoir égard à la sainteté de leurs intentions ».
Miraculeuse, la fontaine de Benoîte-Vaux semble l’avoir été à quelques reprises. D’après C. Dumont, la plus ancienne guérison survenue autour de la source daterait de l’an 1619. Les documents anciens nous la présentent en ces termes : « En cette année, suivant la tradition, Claude Gruyer, habitant de Loisey, perclus des jambes et frappé comme d’un sort, vint faire des ablutions dans la fontaine de Benoîte-Vaux et fut subitement guéri ».
Les dizaines d’ex-voto qui tapissent les murs de la basilique locale, témoignent eux aussi des guérisons attribuées à la fontaine. Placée sous le vocable de l’Annonciation, cet édifice est l’autre curiosité de Benoîte-Vaux. Elle n’est pas immense mais ses murs, maintes fois remaniés, témoignent de la foi et de la piété des Lorrains d’hier et d’aujourd’hui. Un jubé continue de séparer la nef du chœur et contribue à instaurer dans le sanctuaire, une sorte de barrière symbolique au-delà de laquelle les fidèles se contentent de prier et de noter, dans un petit cahier, leurs craintes et leurs espérances.
L’église est entourée d’auberges et d’une hôtellerie, généralement prises d’assaut durant la première semaine de septembre. Quelques magasins d’objets religieux, quelques habitations, et la visite est faite. Mais on aurait tort de quitter Benoîte-Vaux sans gravir la colline située juste derrière la source. Le long de l’escarpement court un somptueux chemin de croix, œuvre monumentale, érigée en 1895 grâce au concours des sculpteurs Chapu et Fosse. On aurait tort aussi de ne pas faire le crochet par le curieux oratoire de Notre-Dame du T.G.V. Lequel oratoire a été érigé en 2004, par quelques ouvriers qui, travaillant sur le chantier de la ligne à grande vitesse Paris-Strasbourg, avaient été logés au presbytère de Benoîte-Vaux. Ultime témoignage que ce lieu continue de souffler sur les esprits et d’inciter ceux qui le visitent à la piété et au recueillement.