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Enfance heureuse dans la Lorraine d’antan

Je me souviens du temps où j’étais un enfant inconscient de Lorraine qui courait dans les rues du village de mon enfance en riant, en chantant et naturellement en étant simplement heureux de vivre sans me poser de questions.

En ce temps-là, ma grand-mère, une femme courageuse, qui avait jadis perdu son mari alors que son dernier né avait à peine un an, avait des terres arables, ainsi que deux grands jardins. Souvent, elle m’emmenait avec elle dans les champs pour biner ses pieds de pommes de terre et les débarrasser de l’ivraie et autre zizanie. En ce temps béni, on ne faisait pas appel aux engrais chimiques, pas plus qu’aux désherbants et autres fongicides. Je me souviens même que ma grand-mère débarrassait ses feuilles de patates des innombrables doryphores en les écrasant entre son pouce et son index. Pour ma part, je me souviens fort bien aussi d’avoir eu mal aux reins à force d’être courbé pour piocher la terre fertile de son champ de patates. Elle me disait qu’elle cultivait la bintje, sa pomme de terre préférée. J’étais très soulagé quand venait la pause de midi et qu’elle m’offrait des tartines de confiture qu’elle avait préparées avant de partir. Et naturellement, j’ai dégusté le café au lait qu’elle avait versé dans une bouteille munie d’un bouchon mécanique en porcelaine muni d’un clip, le tout enroulé dans de multiples feuilles de journal.

En été, je l’accompagnais dans les prés qui venaient d’être fauchés pour ratisser le foin, afin qu’il sèche au Soleil avant de le mettre en tas pour la nuit au cas où il y aurait une averse. J’aimais bien accompagner ma grand-mère aux champs. Elle me racontait des tas d’histoires. En ce temps-là, il n’y avait pas de télé, mais il y avait forcément une différence entre ce qu’elle me racontait et ce que je comprenais car mon imagination fertile d’enfant brodait une véritable scène de film sur ce qu’elle me narrait et naturellement mon imagination n’avait pas de limites. Puis, venait la saison de la moisson et je l’accompagnais également dans les champs de blé, d’orge et d’avoine qui appartenaient à son frère, mon grand-oncle, qui fauchait ses champs à la main. Nous le suivions en ratissant les céréales et en les liant en bottes qui étaient dressées en meules. Enfin, c’était sur une charrette attelée par deux chevaux de trait que la moisson était emmenée jusqu’à la batteuse qui fonctionnait grâce à un gros Bulldog Lanz, dont la courroie plate reliait ce tracteur à la batteuse. Pour ma part, ma tâche consistait à rester derrière la batteuse pour récupérer la paille qui était liée en bottes qui pesaient plus que moi-même et de les entasser les unes sur les autres.

ancien tracteur

Ces jours de travail étaient des jours heureux, où on se réunissait après une rude journée pour déguster du jambon fumé, des saucisses fumées et autres produits de la ferme comme le fromage de tête, dans lequel parfois il restait quelques poils de la bête. Naturellement, pour aider à la digestion on versait un verre de Schnaps aux quetsches à chaque personne. Mais bien entendu pas aux enfants qui avaient droit à un biscuit qui sortait d’une boîte en fer blanc.

Quand je pense que de nos jours le travail des enfants constitue une violation fondamentale des droits de l’homme qui freine leur développement et entraîne des lésions physiques et psychologiques à vie, et qu’on préfère les laisser traîner sur un canapé à passer leur journée avec les yeux rivés sur leurs smartphones à pomme qui les prennent pour des poires … Je comprends donc mieux l’origine de mes soi-disant lésions psychologiques, si tant soit peu que je m’en sois rendu compte au cours de ma vie.

Rédigé par Gaston THIEL

Amoureux des langues régionales de Lorraine pour le Groupe BLE Lorraine.

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