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Rochers de légende en Lorraine

La pierre-qui-tourne dans la forêt entre Ancy-sur-Moselle et Gorze (Crédits photo : Parc Naturel Régional de Lorraine)

La plupart des légendes puisent leurs racines dans des faits historiquement avérés ou cherchent à expliquer des phénomènes géographiques particuliers. Autrefois, en effet, les connaissances en géologie et en biologie étaient rudimentaires et nos ancêtres avaient tôt fait de projeter, sur le moindre mégalithe ou sur un arbre un peu curieux, tout un tas de récits plus ou moins fantastiques. A ce titre, la Lorraine fournit autant de légendes qu’il n’existe de rochers et autres curiosités naturelles.

L’une des plus connues concerne les Dames de la Meuse, ces blocs de calcaire qui dominent le fleuve éponyme, en aval de la jolie ville de Saint-Mihiel. Selon Henri Bernard, à l’époque où la ville de Saint-Mihiel s’appelait encore Godonécourt, sept méchantes fées résolurent d’engloutir la cité sous les eaux, en précipitant dans la Meuse sept puissants rochers. Mais au moment où elles allaient passer à l’acte, l’Archange Saint Michel surgit avec son armée. Les fées prirent peur et laissèrent, sur les bords du fleuve, les sept rochers qu’elles allaient immerger. La cité, dès lors, se nomma Saint-Mihiel et les roches, toujours debout, sont devenues un symbole de la fidélité de la cité envers l’Archange. Et c’est également pourquoi la cité porte un blason « d’azur à trois roches d’argent » avec la devise latine Donec moveantur, que l’on peut traduire par « jusqu’à ce qu’elles bougent ». Sous-entendu, la ville de Saint-Mihiel restera fidèle à l’Archange jusqu’à ce que les rochers bougent. Autant dire pour toujours.

Les Dames de Meuse au Soleil couchant (Crédits photo : Tourisme en Lorraine)

D’autres légendes se rattachent à la fondation de la ville de Saint-Mihiel. Tout comme d’autres pierres ont suscité des fables parfois curieuses. Ainsi, racontait-on que le curieux mégalithe situé dans la forêt qui sépare Ancy de Gorze et connu sous le nom de pierre-qui-tourne, servait autrefois à vérifier la virginité des jeunes filles. Si l’une d’entre elle montait sur le roc en étant intacte, celui-ci se mettait à tournoyer. Dans le cas contraire, il restait immobile. Un moyen bien pratique pour faire avouer aux demoiselles un peu crédules si elles avaient déjà connu le loup !

Un peu plus au Sud, dans la pittoresque Vallée du Rupt de Mad, à une encablure de Jaulny, la Vierge de Hailbat entretiendrait quant à elle le souvenir d’un preux chevalier qui, n’ayant pas su arrêter sa monture à temps, aurait fait un saut dans le vide duquel il aurait miraculeusement réchappé. On prétend que le rocher conserverait la trace des sabots du cheval. Une autre version raconte qu’au lendemain de la Guerre de 1870-1871, un jeune uhlan se serait épris d’une fille de Jaulny. Mais celle-ci, refusant les avances du Prussien pour une question d’honneur, aurait plongé le cavalier dans un profond tourment. De dépit, celui-ci se serait jeté, avec sa monture, du haut du rocher !

Rédigé par Kévin GOEURIOT

Historien de la Lorraine, écrivain et professeur d’histoire-géographie pour le Groupe BLE Lorraine.

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