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Sur la route du trésor des Templiers en Lorraine

Le trésor des Templiers (Crédits image : Groupe BLE Lorraine)

Ce n’est pas un poisson d’avril. Et si le trésor des Templiers se cachait en Lorraine ? Plusieurs témoignages avaient apporté des explications à la découverte en mars 2010 d’un trou dans un champ à Langatte, dans le Pays de Sarrebourg. Cette cavité faisait d’ailleurs suite à d’autres trouvailles plus anciennes dans les environs. Bien que crédibles, ces témoignages étaient néanmoins difficiles à vérifier concrètement. Mais des indices révélés dans les environs laissaient penser qu’il existerait bien un réseau de galeries souterraines dans le sous-sol du Pays de Sarrebourg, entre Rinting, Langatte et Saint-Ulrich.

Lorsque l’agriculteur avait ressenti une chaleur en se penchant au-dessus du trou, il s’agissait probablement de l’air provenant d’une cavité enfouie dans le sol que les principes géothermiques ont rendu plus chaud que l’atmosphère de surface. De même, il y a bien, au Rinting, au moins un début de tunnel. Au Haut-Clocher aussi, non pas au couvent actuel, mais plus loin, en lisière de forêt, sur des terres appartenant à l’ancienne possession de Saint-Ulrich, à la ferme du Foudenhof. C’est là qu’un trou aux dimensions semblables à celui de Langatte avait été retrouvé. La bâtisse est en réalité une ancienne commanderie de l’ordre des chevaliers teutoniques. La présence teutonique ne fait aucun doute. Des traces évidentes subsistent, à l’image d’une croix pattée, symbole des ordres des moines soldats. De même, les mentions dans des documents historiques sont nombreuses.

croix pattée

Rappelons que l’ordre des chevaliers teutoniques, ou frères hospitaliers de Notre-Dame des Allemands, a été fondé durant les croisades en Terre Sainte en l’an 1190. C’est un ordre militaire et hospitalier, dont la mission originelle était de protéger les pèlerins germaniques en route vers Jérusalem. Organisés sous forme de milice, ces chevaliers étaient financièrement soutenus par les commanderies implantées en Europe, où ils sont devenus tellement puissants qu’ils sont à l’origine de la création de la Prusse. L’ordre teutonique est attesté très tôt à Sarrebourg, puisque son installation remonterait à 1222. La commanderie a été constituée dans le domaine proche de Saint-Ulrich, importante villa gallo-romaine, sur un site stratégique placé le long de la voie romaine et où l’eau s’écoule en abondance en sous-sol. Les chevaliers teutoniques ont sans doute récupéré par opportunisme d’anciennes galeries et auraient exploité puis développé à leur tour ce réseau souterrain en le consolidant et en l’aménagement pour leurs besoins. La présence de ces chevaliers est signalée jusqu’au XVème siècle. L’ordre teutonique possédait alors des privilèges, d’importants domaines et prélevait la dime paroissiale. Il bénéficiait également de dons et de legs. A noter par ailleurs que les Teutoniques sont à l’origine de la création de l’hôpital de Sarrebourg.

Mais dans cette histoire d’ordres et de chevaliers, l’élément le plus intriguant reste un plan gravé dans la pierre figurant sur le blason teutonique, qui indiquerait le cheminement des tunnels, leurs positions, leurs issues, ainsi que la localisation des emplacements des statues des apôtres en or de taille humaine. Douze, comme le signale une légende locale et comme il en est également fait mention dans les récits populaires. Laissé à la vue de tous, ce plan ne peut toutefois pas être compris par l’œil profane. Certains pensent qu’il s’agirait d’une carte donnant accès à une crypte secrète. Si bien que dès lors l’existence de cette crypte est admise, toutes les théories les plus audacieuses semblent permises. La cavité devrait au moins renfermer des reliques et des documents transmis de générations en générations et perdus au plus profond dans les mémoires. Nombres d’anciens ont ainsi rapporté les propos de leurs parents et de leurs grands-parents. Les religieux qui ont occupé les lieux auraient emprunté ces tunnels, avant que leurs accès ne soient fermés de la main de l’homme par sécurité.

Chevaliers teutoniques (Crédits image : Groupe BLE Lorraine)

Par ailleurs, Albert Fagioli, radiesthésiste lorrain, auteur et chercheur de trésors, aurait découvert un château templier dans les environs de Langatte, grâce à la prospection aérienne offerte par les possibilités de Google Earth. Ce dernier était apparemment inconnu jusque-là. D’après les observations d’Albert Fagioli, il y aurait quatre départs de souterrains depuis ce château, dont trois départs depuis la tour circulaire de droite. Le premier prendrait la direction du trou de Langatte, le second conduirait à Rinting et le troisième mènerait à une crypte qui se trouve près de la ferme de Foudenhof et du fameux trou découvert non loin de là. Ce dernier, contrairement au trou de Langatte qui s’est formé par un effondrement naturel, fut creusé il y a plus de trente ans par le propriétaire de la ferme. Trois souterrains semblent partir autour de ce trou : un premier en direction de la ferme de Foudenhof, un second plus bas dans le parc vers Imling, peut-être mène-t-il d’ailleurs au vieux château d’Imling, ainsi qu’un troisième qui prend la direction de Langatte, sans pour autant arriver au trou découvert dans un champ de cette commune, mais non loin d’une autre ferme, celle dite de Misselhoff, où il y avait un ancien château ou une commanderie templière qui devînt teutonique par la suite. Ce dernier souterrain mènerait à une grande crypte ou plutôt une grande salle souterraine rectangulaire d’environ huit mètres sur quinze. De même, dans le prolongement de cette crypte, un autre souterrain partirait vers l’Ouest. A noter que dans la zone du château découvert, deux autres départs de souterrains ont été retrouvés.

Sur la photo, nous pouvons aisément distinguer la forme du château, ainsi que la grande tour circulaire (Crédits photo : Albert Fagioli)

A noter que ce très vieux château, qui fut peut-être construit sur une ancienne villa gallo-romaine, se trouve justement à proximité de l’ancienne voie romaine qui reliait Divodurum Mediomatricorum (Metz) à Argentorarum (Strasbourg).

Il n’empêche que les travaux réalisés dans le passé par des amateurs réputés donnent un relief très particulier aux découvertes de 2010 et nous amènent sur les sentiers de l’une des plus fantastiques énigmes de l’histoire, à savoir le trésor des Templiers.

Au XIIIème siècle, sur fond de querelle avec le Pape et de dette, le Roi de France, Philippe le Bel, fit la chasse aux Templiers, cet ordre de chevaliers né en Terre Sainte au moment des croisades. La veille de l’arrestation des Templiers, au soir du 12 octobre 1307, un cortège comprenant trois chariots recouverts de paille et une cinquantaine de chevaux quitta le Temple de Paris sous la conduite de deux Templiers. Si sa destination reste encore aujourd’hui inconnue, la piste la plus vraisemblable mène vers les ports de l’Ouest, en particulier de La Rochelle, pour rejoindre les côtes britanniques, notamment l’Ecosse, où les Templiers rescapés auraient fondé la franc-maçonnerie, voire le littoral portugais. Mais des historiens émettent l’hypothèse d’un leurre pour détourner la véritable destination, vers la Lorraine, en suivant l’ancienne voie romaine, véritable autoroute marchande de l’époque. Le trésor évacué aurait été confié à la famille de Salm, afin d’être transmis ensuite aux héritiers du Temple. Dans cette optique, il aurait été emmené vers la puissante abbaye de Salival en Moselle. Des Templiers étaient en tout cas déjà installés non loin de là à Vic-sur-Seille et à Gelucourt.

Rappelons que la distance entre Paris et Salival est d’environ 380 kilomètres et que la distance moyenne journalière parcourue par un cheval est comprise entre vingt et trente kilomètres s’il tire un chariot. Nous pouvons dès lors émettre l’hypothèse que le Grand Maître de l’Ordre du Temple ou ses héritiers ait confié son trésor en 1307 à un représentant de la famille de Salm, indépendante du Roi de France et appartenant au Temple, afin de le mettre en sécurité. En effet, si deux chevaux furent attelés à chacun des trois chariots, trois chariots font que six chevaux auraient parcouru vingt à trente kilomètres par jour. Supposons à présent que l’on change les deux chevaux tirant chaque chariot tous les jours avec un roulement de huit jours, sachant qu’il faut au moins vingt jours pour parcourir 380 kilomètres à une telle allure, il aurait donc fallu 48 chevaux pour faire la distance Paris-Salival. Si l’on ajoute les chevaux des deux Templiers, nous arrivons à la cinquantaine de chevaux ayant quittés le Temple de Paris.

Cortège templier quittant Paris au soir du 12 octobre 1307 (Crédits image : Groupe BLE Lorraine)

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que les Templiers ne pouvaient plus compter sur leurs commanderies situées en France pour changer leurs chevaux car elles devaient être surveillées par les gens du Roi de France depuis leur arrestation. Par conséquent, ils devaient assurer le renouvellement de leurs chevaux frais. Ils n’auraient pas emmené de nourriture pour leurs montures, dans la mesure où ils devaient les faire paître dans les prés et les clairières au cours du trajet, dont une bonne partie se serait effectuée en forêt.

Les Templiers avaient l’habitude de processionner en troupe dans Paris. Leur cortège n’a donc pas du attirer l’attention des habitants ce jour-là. De même, le cortège n’a pas pu être rattrapé par les troupes du Roi de France car il avait de l’avance et il fallait des jours pour transmettre un avis de recherche dans le royaume.

Le cortège a probablement emprunté le chemin historique reliant Paris à Reims, chemin utilisé par les Rois de France pour se rendre à la cérémonie du sacre, avant de rejoindre la voie romaine allant de Reims à Metz en passant par Tarquimpol en direction de Strasbourg.

Les archéologues pensent qu’il existait un embranchement de la voie romaine menant directement au site de Salival, ce qui est rare, car les voies romaines ne possédaient généralement pas d’embranchement. Ce qui démontre que le site de Salival avait déjà une grande importance à l’époque romaine.

Les Templiers de Vic sur Seille se replièrent en 1264 à la commanderie de Gelucourt, après avoir vendu tous leurs biens à l’Evêque de Metz. Ils ont très bien pu alors s’intégrer au monastère de Salival après la dissolution de leur ordre. En effet, après la promulgation de la bulle papale stipulant la dissolution de l’Ordre du Temple, les Templiers devaient encore respecter leurs vœux monastiques. Ils ne pouvaient donc pas regagner la vie civile.

Ancienne abbaye de Salival à Moyenvic (Crédits photo : ske)

La famille princière de Salm, qui est à l’origine de la fondation de l’abbaye de Salival, a très bien pu cacher leur trésor dans cette abbaye, qui bénéficiait de la protection de Château-Voué, dont la forteresse a été bâtie au XIIIème siècle sur ordre de l’Evêque de Metz. Il fallait choisir un lieu religieux puissant non lié aux Templiers et très bien gardé pour cacher le trésor. Ce dernier pourrait alors encore reposer dans la chapelle souterraine dédiée à Saint Fiacre ou dans le souterrain qui mène à Château-Voué, voir même à l’emplacement servant de cimetière des chanoines sous les ossements puisqu’une légende locale affirme qu’une statue de la Vierge en or fut retrouvée à cet endroit, ou bien encore dans une cachette dissimulée sous les pavés des deux plans d’eau situés derrière la demeure des moines. Il y a une forte probabilité qu’il y ait eu un passage de Templiers à l’abbaye. Une chapelle souterraine existe bel et bien et le plan du site fait mention d’entrées de souterrains communiquant avec Vic-sur-Seille, Château-Voué et d’autres villages.

A noter enfin que même s’il est dit que les Templiers auraient pris la route en direction de l’Angleterre ou de l’Amérique, aucun document ne rapporte que le contenu des trois chariots ait été transporté par bateau. Il pourrait dès lors s’agir d’une fausse piste comme savent en propager les militaires quand il s’agit de cacher la véritable destination.

Pour renforcer cette théorie, il apparaît que des archives du Temple ont été placées sous protection teutonique. En effet, si les Templiers étaient sur leur déclin, l’ordre teutonique était au contraire en pleine ascension. En 1780, des ouvriers auraient ainsi découvert un coffre contenant des documents templiers à Maastricht, anciennement dépendance de Lorraine, sous les remparts de la commanderie teutonique des Nouveaux-Joncs. Dès lors, en suivant la piste lorraine, si le convoi de Paris a effectivement suivi la voie Reims-Strasbourg, il se trouvait donc très proche de Sarrebourg, où la transmission d’autres documents et d’objets templiers a pu être effectuée, afin de les soustraire à la convoitise du Roi de France. Salival se trouvait en territoire germanique sous Frédéric Ier de Barberousse. L’Empereur avait des liens familiaux avec Hugues, Comte de Dabo et de Metz. Si bien que les chevaliers teutoniques de Sarrebourg auraient très bien pu se voir confier le trésor des Templiers parti de Paris.

Le mystère demeure.

Rédigé par Rédaction BLE Lorraine

La Rédaction du Groupe BLE Lorraine, premier média et think tank indépendant de Lorraine.

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