A la sortie Ouest de l’agglomération de Courcelles-Chaussy, juste avant de remonter vers Landremont, l’amateur de châteaux et de belles demeures fera bien de pousser vers le domaine du lycée agricole local. Il découvrira ainsi le château d’Urville, un édifice remarquable dont l’histoire est pour le moins surprenante.

Sur le plan architectural, le château d’Urville se présente sous la forme d’un haut bâtiment à toit d’ardoise à croupes et cantonné de tours carrées. Mentionnées dans un document de 1681, ces tours sont coiffées de toits en pavillon. Une galerie, surmontée d’une terrasse avec balustrade, a été ajoutée au XIXème siècle, afin de relier les deux tours de la façade principale. La façade opposée a quant à elle reçu, au XIXème siècle toujours, un avant-corps polygonal coiffé d’un haut toit d’ardoise sur lequel reposent trois mansardes. Le bâtiment s’organise sur trois niveaux, séparés par des cordons de pierre. Les fenêtres, repercées au XIXème siècle, sont rectangulaires, exception faite de celles du second niveau de la façade principale, qui sont en plein cintre. Ayant fait l’objet d’une importante campagne de restauration en 2016, le château d’Urville est surtout connu pour avoir été le lieu de résidence de l’Empereur Guillaume II lors de ses séjours en Lorraine. Une page, parmi tant d’autres, dans l’histoire mouvementée de la demeure.
Probablement érigé à la fin du Moyen-âge pour le compte des seigneurs de Raville, lesquels possédaient Courcelles et ses environs, le château d’Urville semble avoir été détruit en 1588, avant d’être racheté et rebâti par un bourgeois messin du nom de Nicolas Houillon. En 1680, la demeure, jusqu’alors propriété des Houillon, est revendue à une certaine Esther Domangin. Mais dès 1754, le château d’Urville entre dans les biens de Guillaume Othon, Comte de Loewenhaupt, ancien Colonel de cavalerie et Chambellan du Duc de Lorraine. Dix ans plus tard, le château passe à un certain François-Louis Durand, qui le transmet, après sa mort, à son neveu, François-Benoît-Charles-Pantaléon Durand, l’un des premiers maires de Metz. En 1809, ce dernier revend le château à Jean-Baptiste Semellé. Mais en 1846, son fils, Charles Semellé, le revend à son tour à Didier-François Maguin et à Samuel Mayer, notables respectivement originaires de Pompey et de Pont-à-Mousson. Ces derniers choisissent de se séparer du château dès l’année suivante, si bien qu’en 1847, c’est le Baron Louis Sers, par ailleurs préfet de la Moselle qui entre en possession d’Urville. Il y entreprend d’importants travaux, puisque c’est vraisemblablement à lui que l’on doit la construction du pavillon polygonal, ainsi que de la galerie à balustrade. En 1876, le château est racheté par Romain Sendret, propriétaire des tanneries de Saint-Julien-lès-Metz. Profondément francophile, Romain Sendret s’était juré de ne jamais revendre le château à un Prussien. Mais en 1890, il se fait berner par un acquéreur qui sert de prête-nom au Kaiser Guillaume II ! Ce dernier souhaitait en effet disposer d’un pied-à-terre en Lorraine, afin de pouvoir visiter plus facilement le si francophone Pays Messin. Après quelques travaux menés sur et aux abords du château, l’Empereur effectue son premier séjour à Urville en 1893. Treize autres séjours suivront, jusqu’en 1913. Le plus mémorable restant certainement celui de 1908, au cours duquel Guillaume II supervisa une série de manœuvres militaires auxquelles assistait également François-Ferdinand, le Prince-héritier de l’Empire austro-hongrois, dont l’assassinat, six ans plus tard, devait marquer le début de la Première Guerre mondiale. En 1918, alors que l’Alsace-Lorraine fait son retour à la France, le château d’Urville est placé sous séquestre. Il sert alors à accueillir des familles originaires des départements sinistrés par les combats. En 1927, un entrepreneur parisien nommé Verlet acquiert le domaine et se ruine afin d’en faire des appartements. Trois ans plus tard, il est contraint de le revendre. Laissé plus ou moins à l’abandon pendant une dizaine d’années, le château d’Urville va ensuite accueillir les sections locales des Jeunesses Hitlériennes. Endommagé par les bombardements alliés de l’automne 1944, il est acquis par l’Etat français dès la fin de la Seconde Guerre mondiale. En 1952, le ministère de l’Agriculture y installe une école agricole régionale, laquelle devient, en 1967, lycée national agricole. Réaménagé en 1979, le château abrite aujourd’hui l’administration du lycée, ainsi qu’un appartement. Il se trouve au cœur d’un domaine de plus de 242 hectares. Des manifestations, destinées à mettre en valeur l’histoire des lieux ou son caractère agricole et horticole, permettent de faire vivre le domaine en l’ouvrant à la visite.