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Biographie d’Otto de Habsbourg-Lorraine

Statue d'Otto de Habsbourg-Lorraine à Feked en Hongrie (Crédits photo : Györkő Zsombor)

Juillet 2010, Châtenois, dans les Vosges. Une voiture de luxe avec chauffeur vient de s’arrêter au lieu dit « le Haut Bourg », sur les hauteurs de la cite castinienne. Une voiture immatriculée en Autriche avec une Croix de Lorraine et des motifs impériaux sur la plaque. Le chauffeur en livrée interroge les habitants. Il discute avec M. Tulipani.

Que cherche-t-il ? C’est la question que se pose Madame Bérard, habitante du Haut Bourg, qui surveille la scène. La réponse ne se fait pas attendre. La porte arrière de la voiture est ouverte, un homme en descend. On est tout de suite frappé par la prestance de ce dernier. Il s’avance et se présente à elle. Jean-Louis von Hauck, historien, écrivain, conférencier, Lorrain de cœur, est venu d’Autriche jusqu’à Châtenois pour son ami, Otto de Habsbourg-Lorraine.

C’est en effet à la demande de ce dernier que Jean-Louis von Hauck est là. L’Archiduc Otto de Habsbourg-Lorraine désirait venir. Son grand âge, 97 ans, ne lui permettait plus de faire un si grand voyage. Il ne sera donc jamais venu. Pourtant, il s’intéressait à la petite ville de Châtenois. Lors de son mariage en 1951, à Nancy, capitale de ses ancêtres, il fit la connaissance de notre regrettée Madame Stahl. Ensemble, ils évoquèrent l’histoire des Ducs de Lorraine, notamment de Gérard de Châtenois et d’Hadwide de Namur, les ancêtres des Habsbourg-Lorraine. Ils parlèrent également du Haut Bourg et du château. Ils restèrent en contact de nombreuses années.

Haut-Bourg Châtenois
Croix du Haut-Bourg sur les hauteurs de Châtenois dans les Vosges (Crédits photo : Christophe LABAYS pour le Groupe BLE Lorraine)

Mais qui était Otto de Habsbourg-Lorraine ?

Otto de Habsbourg-Lorraine est né le 20 novembre 1912 à Reichenau-an-der-Rax. Il était est le fils ainé de Charles Ier, dernier Empereur d’Autriche-Hongrie. Dés sa plus jeune enfance, il reçut l’instruction traditionnelle de tout prince héritier, à savoir droit, langues, histoire et géographie. Il passa en Belgique son baccalauréat avec la mention très bien. En 1935, il réussit sa thèse de doctorat avec la mention summa cum laude, soit la plus grande distinction. Véritable polyglotte, l’Archiduc pratiquait aussi bien le français, l’anglais, l’espagnol, l’italien que le tchèque. Il possédait également des rudiments de plusieurs autres langues, sans oublier le latin. Mais il eut toujours une prédilection pour le français, dont il voulut, plus tard, faire la langue officielle de l’Europe : « En plus d’être une langue splendide, disait-il, le français est la langue la plus proche du latin. Il est regrettable que le français ne soit plus la langue diplomatique. Elle était la garantie d’une diplomatie claire et juste par sa précision. » La défense de la langue française fut l’une des raisons de son élévation au grade suprême de Grand-Croix de la Légion d’honneur.

Arrivée de l’Archiduc Otto au palais royal de Budapest lors du couronnement de ses parents le 30 décembre 1916

Condamné à mort par les Nazis

En raison de son opposition à Hitler, Otto de Habsbourg-Lorraine fut condamné à mort par les Nazis et fut recherché par la Gestapo. A la capitulation de la France en juin 1940, il partit pour le Portugal. Il mit ses talents de négociateur et ses relations pour obtenir des passeports de sortie du territoire pour 15 000 personnes.

Otto de Habsbourg-Lorraine adhèra dès 1936 à l’Union Paneuropéenne, d’abord par amitié pour son fondateur, Coudenhove-Kalergi, avant de comprendre très vite que c’était là que résidait la voie du Salut pour le vieux continent. L’Europe pacifique qu’il appela toujours de ses vœux devait être attentive aux différences : « Je suis pour une Europe des nations, qui respecte la langue, les particularismes de chacun au lieu de les étouffer par la bureaucratie, mais en les reliant à un tronc commun. Notre continent est celui de la culture, celui de l’esprit. Nos villes ne sont pas dominées par des banques ou des prisons. »

Otto de Habsbourg-Lorraine à Pöcking en 2006 (Crédits photo : Oliver Mark)

Pourtant, à l’aube de la Seconde Guerre mondiale, un tel projet relevait encore de l’utopie. Otto de Habsbourg-Lorraine prit la présidence du Mouvement Paneuropéen au décès du Comte Coudenhove-Kalergi, le 27 juillet 1972. Il resta président de ce Mouvement jusqu’en 2004. En 1978, Otto fut élu député européen, sur la liste du CSU, le parti chrétien-social bavarois. Fidèle à son propre style, l’Archiduc se montra le plus assidu des parlementaires. « Doktor Habsbourg », comme il se faisait appeler par élégance démocratique, ne manqua jamais une séance. En période de travail, il s’asseyait dès neuf heures pour l’ouverture des séances, à son pupitre anonyme, le n°287. Doyen d’âge, il présida par deux fois la séance inaugurale du Parlement européen.

Otto de Habsbourg-Lorraine et la Lorraine

Parlant de la Lorraine, il déclara : « Je suis venu à Nancy parce que je suis Lorrain. Mon père m’a toujours dit « Renoncez à tout, mais ne renoncez jamais à la Lorraine ». Il effectua l’une de ses dernières visites en Lorraine après l’incendie du Château de Lunéville en 2003. Il revînt fin 2005 à l’occasion d’un colloque à Nancy consacré à l’Union Européenne. Otto de Habsbourg-Lorraine était non seulement l’histoire, il était aussi l’actualité. Il était l’histoire parce qu’il était le descendant de Charles Quint. Il fut le seul représentant d’une dynastie fracassée en 1918 qui soit devenu un personnage de son temps. Il a vu arriver les désastres de la Seconde Guerre mondiale et compris que Hitler nous conduirait à la guerre.

A la fin de sa vie, l’un de ses derniers souhaits fut de revoir la première ville de ses ancêtres, Châtenois, et son lieu-dit le « Haut Bourg ». C’est dans ce cadre que son ami Jean-Louis von Hauck vînt prendre des photos et lui rapporta également un peu de cette terre du Haut Bourg, si précieuse à ses yeux.

Plaque mémorielle où repose le cœur de l’Archiduc Otto de Habsbourg-Lorraine à l’abbaye bénédictine de Pannonhalma en Hongrie (Crédits photo : Thaler Tamas)

L’Archiduc Otto de Habsbourg-Lorraine s’est éteint le 4 juillet 2011. Il est enterré dans la crypte des capucins à Vienne en Autriche. La plupart des Habsbourg y sont enterrés. Deux personnes n’y sont pas avec certitude : Charles Ier, enterré à Madère, et Hadwide de Namur enterrée quelque part au prieuré de Châtenois.

Rédigé par Christophe LABAYS

Passionné d'histoire locale et membre des Amis du Prieuré et du patrimoine de Châtenois pour le Groupe BLE Lorraine.

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