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Nancy : la démolition de l’ancien Magasin de Fleurs Christophe suspendue !

La démolition du bâtiment a été suspendue (Crédits photo : collectif Avenir du Magasin Christophe Nancy

Promis à la démolition, l’ancien Magasin de Fleurs Christophe, situé Avenue du Général Leclerc, a dernièrement obtenu un sursis le temps que les différents acteurs du dossier se réunissent, afin d’envisager une reconversion pour cette œuvre architecturale unique.

Ce bâtiment moderne d’une grande originalité et inventivité a été conçu en 1968 par l’architecte nancéien Maurice Baier en collaboration avec Francis Poydenot. Malgré sa promesse formelle d’une préservation et d’une réaffectation de l’édifice qui appartient au bailleur social Batigère, la Ville de Nancy a signé un arrêté de démolition pour faire place nette. La démolition a débuté le mardi 16 août mais a été immédiatement stoppée par une quarantaine de personnes mobilisées par l’AMAL (Archives Modernes de l’Architecture Lorraine) et le Collectif Avenir du magasin Christophe Nancy. Face à la découverte récente des barrières de chantier et de l’affichage de l’arrêté de démolition installé en plein mois d’août, l’AMAL avait fait parvenir un courrier au Maire de Nancy, M. Laurent Hénart, ainsi qu’à son adjointe au patrimoine Françoise Hervé, pour demander l’arrêt immédiat de cette démolition. Devant l’ampleur de la mobilisation des habitants, M. Hénart a demandé à la société Batigère de suspendre la démolition de l’ancien Magasin de Fleurs Christophe. Les ardoises vont être remises sur le toit.

Magasin fleuriste Christophe
Le Magasin de Fleurs Christophe est l’œuvre du Maurice Baier (Crédits photo : collectif Avenir du Magasin Christophe Nancy)

Maurice Baier, né en 1923 et décédé cette année, appartient à la génération sacrée de l’architecture moderne à Nancy et en Lorraine. Au côté de Robert Anxionnat, Dominique-Alexandre Louis ou encore Henri Prouvé, il fut l’un des fers de lance des années 1950-1960 en recherchant des dispositifs novateurs, tant par l’usage des matériaux, que par la composition des plans et ses conceptions spatiales singulières. Il fait partie de ces hommes qui sont les héritiers directs des pionniers que furent notamment Le Corbusier et Jean Prouvé. Elève de l’Ecole des Beaux-arts de Paris, dont il est sorti diplômé en 1961, Maurice Baier est l’auteur de plusieurs villas dans l’agglomération de Nancy. Son activité d’enseignant en architecture au sein de l’Ecole des Beaux-arts de Nancy a ouvert le regard de ses étudiants sur les réalisations internationales majeures de l’époque.

Le Magasin de Fleurs Christophe est sans doute la réalisation majeure de Maurice Baier. Il est le fruit d’une commande ambitieuse d’un fleuriste, souhaitant un espace de vente qui soit aussi un lieu d’exposition et une serre. L’architecte alla même jusqu’à dessiner le logo du commerce en reprenant le principe de composition de son bâtiment en forme de rose. L’édifice constitue une œuvre importante de l’architecture des Trente Glorieuses à Nancy. Son volume, isolé le long de l’avenue, s’avère assez atypique par sa façade arrière dessinant une courbe et par sa couverture étrange. Il se démarque également par l’association entre un matériau naturel, à savoir la pierre provenant des carrières de Villacourt, avec une façade-rideau moderne, légère et transparente. Quand on contourne l’édifice, on découvre une rampe qui mène sur le toit, autre élément singulier du bâtiment.

Le rampe qui mène sur le toit est l’une des singularités du bâtiment (Crédits photo : collectif Avenir du Magasin Christophe Nancy)

Cette réalisation est par ailleurs exceptionnelle en Lorraine par sa conception intérieure, fondée sur une rampe courbe s’enroulant autour d’un vide central pour relier les deux niveaux du commerce. Ce dispositif spatial est extrêmement rare. Il est couplé à un travail sur la lumière, qui vient non seulement de la façade principale, mais aussi d’un oculus zénithal, formant le point focal du couvrement. La charpente de bois apparente, avec ses rayons fuyant en tous sens, vient souligner cet effet d’enroulement. Les conceptions employées ici par Baier révèlent sa connaissance de l’architecture internationale de l’époque. Elles s’inscrivent dans le courant de l’architecture organique par la recherche de la fluidité des circulations, l’emploi de formes courbes et l’usage de matériaux naturels laissés bruts. Ce courant fait suite aux recherches du célèbre architecte américain Frank Lloyd Wright.

Or la cité ducale se distingue justement en France par l’importance qu’y a jouée l’influence de l’architecture de Frank Lloyd Wright et de ses disciples. Le Museum-Aquarium, qui date des années 1930-1933, ou encore la Faculté des Sciences et Technologies de Vandœuvre-lès-Nancy (1963-1973), en témoignent. Le premier a été inscrit Monument Historique en décembre dernier et la seconde a été labellisée « Patrimoine du XXème siècle ».

L’ancien Magasin de Fleurs Christophe se trouve de même aujourd’hui dans un quartier en plein développement qui ne devrait pas manquer de générer de nouveaux usages par la population jeune qui investit les lieux. Situé sur l’un des axes les plus passants de la ville, à quelques mètres d’un arrêt de tram, le bâtiment dispose d’un fort potentiel de reconversion. En outre, cette réalisation architecturale si singulière et si créative fait face au projet universitaire ARTEM, précisément fondé sur la création par l’association entre l’Ecole Nationale Supérieure d’Art et de Design de Nancy, l’ICN Business School et l’Ecole des Mines. Il serait tout à fait paradoxal qu’on laisse détruire un témoignage de l’inventivité artistique nancéienne dans un tel cadre. Notons également que l’ancien Magasin de Fleurs Christophe a été volontairement intégré à l’ensemble de logements et bureaux dessiné récemment par Eric André et son agence. Le détruire serait par conséquent une perte pour l’architecture des années 1960 et une altération de celle des années 2000.

A noter enfin que la société Batigère a dernièrement rappelé dans un communiqué son attachement à respecter et à valoriser le patrimoine dans ses opérations, ainsi que la bonne collaboration entretenue avec les architectes et l’Ecole d’Architecture de Nancy. L’action entreprise actuellement pour le Magasin Christophe représente donc une nouvelle opportunité de mettre en valeur ces engagements.

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Rédigé par Thomas RIBOULET

Président-fondateur du Groupe BLE Lorraine et Rédacteur en Chef de BLE Lorraine.

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