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Noël d’autrefois en Lorraine

Jusqu’au début du XXème siècle, la fête de Noël semble s’être déroulée, en Lorraine tout au moins, selon un rituel quasi immuable.

Nos paysans avaient en effet coutume de consacrer la journée du 24 décembre aux préparatifs du Réveillon et à la fête du lendemain. Le logis était balayé et lavé, les écuries étaient mondées et les bêtes recevaient une double ration de fourrage. On préparait aussi le repas du soir : quiches, gâteaux et fruits secs. Le poêle, ou belle-chambre était parfois décoré de guirlandes lierre ou de branches de sapins. Les festivités ne commençaient réellement qu’à la tombée de la nuit. C’est-à-dire, en cette période de l’année, vers cinq heures de l’après-midi.

Revêtus de leurs habits du dimanche, les membres de la famille s’assemblaient autour de la cheminée. Deux hommes allaient alors chercher, dans la bûcherie, ce gros morceau de bois appelé en langue régionale la « châche » et qui nous est resté sous le nom de bûche de Noël. Cette dernière était, à l’origine, une véritable bûche, généralement de noyer ou de fruitier, et décorée de lierre et de feuilles de houx. On la déposait dans l’âtre, presque religieusement. Le père de famille la bénissait en l’arrosant de quelques gouttes de vin. La veillée pouvait alors commencer. On chantait quelques Noëls, on se racontait des fiauves et des devinailles, on parlait du village, de ses habitants, des récoltes et du temps qui passe. Le tout en grignotant quelques noix et un peu de gâteau, encore arrosé par un petit vin de pays.

bûche de Noël

Les Lorrains d’autrefois accordaient une dimension presque magique à la nuit de Noël. La plupart d’entre eux croyaient par exemple que les arbres se mettaient à fleurir subitement pendant la messe de minuit. Une fable que jamais personne n’a osé vérifier car tous, évidemment, assistaient à la messe. Dans son Petit dictionnaire des traditions populaires messines, Westphalen nous rapporte justement l’histoire d’un laboureur qui voulut contrôler cette assertion populaire. Il se cacha donc dans son grenier et attendit que sonne la messe de minuit. La légende raconte qu’au moment du Te deum, les bêtes de son écurie se seraient mises à parler, déplorant notamment la prochaine mort de leur maître. Le pauvre laboureur serait mort trois jours plus tard. Une histoire qui finit mal, mais dont le but premier est d’inciter chacun à agir en bon chrétien et à croire, aussi, au surnaturel.

En pays de vignoble, il n’était pas rare que le chef de famille remplisse un verre de vin à ras-bord juste avant d’aller à la messe de minuit. La coutume voulait que si, au retour de l’office, le verre avait débordé, les prochaines vendanges seraient exceptionnelles. Dans la Plaine de la Woëvre et sur le plateau, on prédisait le cours du blé en plaçant dans une tourtière douze grains de céréales, censés représenter chacun un des douze mois de l’année. Placés sur le feu, les grains se mettaient à sautiller. Ceux qui partaient en avant annonçaient une prochaine hausse des cours. A l’inverse, ceux qui sautaient en arrière montraient les mois où le tarif du blé serait au plus bas. Richard de son côté, nous apprend que dans les Hautes-Vosges, la même prédiction se faisait avec douze oignons coupés et saupoudrés de sel. Si, au retour de la messe de minuit, le sel avait pénétré l’oignon, c’est que le mois qu’il incarnait serait humide. Si au contraire, le sel demeurait à l’état de cristal à la surface de l’oignon, c’est que ce mois serait très sec. Dans le même registre, les paysans lorrains avaient l’habitude d’observer le temps qu’il faisait entre Noël et l’Epiphanie. Pour eux, chacun des douze jours qui séparent ces deux fêtes incarnait chacun des douze mois de l’année. Si le 26 décembre était pluvieux, c’est que février le serait aussi. Si le 28 était venteux, c’est qu’avril le serait aussi. Et ainsi de suite. Nos anciens avaient aussi tous un tas de dictons au sujet de Noël. Ils disaient par exemple que « Noël humide donne greniers tonneaux vides » ou qu’à Noël « les jours croissent du saut d’un veau ». Et puis bien-sûr, ce vieux proverbe qui nous assure que lorsque Noël est passé au balcon, Pâques se fera auprès des tisons. Ou, comme on disait en patois : « E Nowé lé blawattes, è Pâques lé glaçons », « à Noël les moucherons, à Pâques les glaçons ».

Très belles fêtes de Noël à toutes et à tous !

Rédigé par Kévin GOEURIOT

Historien de la Lorraine, écrivain et professeur d’histoire-géographie pour le Groupe BLE Lorraine.

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