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Des Malgré-Nous de Moselle

Malgré-Nous (Crédits photo : Alfred Rieger)

A la suite de la signature de l’Armistice du 22 juin 1940 qui entérina la défaite de la France face à l’Allemagne nazie, les départements du Rhin et de la Moselle furent annexés de fait au IIIèmeReich.

Les jeunes Mosellans de 17 à 25 ans avaient déjà été mobilisés à travers le Reichsarbeitsdients (RAD), c’est-à-dire le service civil allemand, qui fut introduit début juin 1940 en Alsace et en Moselle, avant d’être rendu obligatoire le 8 juin 1941. Ils furent alors envoyés sous l’uniforme pendant six mois dans des casernements paramilitaires en Allemagne pour suivre des cours d’éducation politique et militaire, exercer des activités sportives et effectuer différents travaux manuels. Le but était ensuite de les enrôler dans la Wehrmacht, la Luftwaffe ou dans les Waffen SS (Schutzstaffel). L’incorporation de force fut décrétée à partir du mois d’août 1942 en raison du peu de volontaires provenant des territoires réannexés, mais aussi car la machine de guerre nazie avait besoin de plus d’hommes sur les fronts de l’Est.

Les jeunes Mosellans furent dès lors convoqués à des conseils de révision pour passer un examen médical et prêter serment au Führer. Ceux qui tentèrent de s’y extraire s’exposer à de terribles représailles pour eux et leur famille. Selon une ordonnance du 1er octobre 1943, les Alsaciens et les Mosellans qui ne dénonçaient pas leurs enfants ou ne les obligeaient pas à se rendre au conseil de révision encouraient la déportation en Pologne ou en Silésie.

Entre 1942 et 1945, 31 000 Mosellans et 103 000 Alsaciens furent enrôlés dans la Wehrmacht, la Luftwaffe et les Waffen SS. L’immense majorité fut envoyée sur le front soviétique. Les défaites du IIIème Reich face à l’Armée Rouge de Staline entraînèrent leur repli à partir de 1944. Beaucoup essayèrent alors de déserter et de rejoindre les rangs alliés jusqu’à la capitulation de l’Allemagne nazie le 8 mai 1945. Cela dit, 90 000 Malgré-Nous furent capturés et faits prisonniers, la majorité par les troupes alliées qui les libèrent et les rapatrièrent progressivement, les autres par les Soviétiques qui les parquèrent dans de nombreux camps dans des conditions difficiles. Plus de 14 000 Malgré-Nous furent ainsi enfermés dans le Camp de Tambov, à 450 kilomètres au Sud-Est de Moscou, où entre 3 000 et 6 000 d’entre eux périrent, victimes de sous-alimentation, de dysenterie ou du froid. Au total, 40 000 ne revinrent jamais. 30 000 moururent au combat ou dans les camps et 10 000 furent portés disparus.

Quelques Alsaciens devinrent cependant des bourreaux dans les rangs SS. Par ailleurs, un engagé volontaire et treize incorporés furent condamnés en 1953 pour leur participation au massacre d’Oradour-sur-Glane, dans le Limousin, où 642 personnes furent exterminées par la Division SS Das Reich le 10 juin 1944. Mais pour l’immense majorité des Malgré-Nous, l’incorporation de force constitua un tabou et un traumatisme qui peine encore aujourd’hui à cicatriser. Enfermé en URSS, le dernier Malgré-Nous ne retrouva son foyer qu’en 1955. Le drame des Malgré-Nous ne fut officiellement reconnu en France qu’en 2010. Plusieurs associations de survivants et leurs descendant entendent par ailleurs toujours obtenir la reconnaissance d’un crime contre l’humanité par l’Allemagne. Si aucune déclaration officielle n’a jamais été prononcée Outre-Rhin, la République Fédérale Allemande versa en 1982 250 millions de Deutsche Marks, soit l’équivalent aujourd’hui de 128 millions d’euros, aux Malgré-Nous et à leurs ayants-droits au titre des dommages-intérêts.

Rappelons enfin qu’environ 6 000 Malgré-Elles furent également envoyées en Allemagne pour travailler dans des services de l’armée ou dans des usines d’armement. Ces dernières durent patienter jusqu’en 2008 pour bénéficier à leur tour d’une indemnisation.

Rédigé par Thomas RIBOULET

Président-fondateur du Groupe BLE Lorraine et Rédacteur en Chef de BLE Lorraine.

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