Menu
in ,

Tourisme de frontière pendant la première Annexion

Poteau-frontière qui matérialisait l'entrée du Reichsland (Crédits photo : Thomas Bresson)

La photographie ci-dessous, aujourd’hui conservée aux Archives Départementales de la Moselle, a été prise pendant la première Annexion de l’Alsace-Lorraine, quelque part le long de la frontière du Reichsland. Où exactement ? Nul ne le sait.

La frontière entre la France et l’Empire allemand a attiré de nombreux visiteurs pendant la première Annexion.

Disons simplement que nous sommes le long de cette ligne qui court de Rédange, au Luxembourg, et se termine à Réchesy, aux confins du Jura suisse. Ligne matérialisée par le Lieutenant-colonel Laussedat à l’été 1871 et le long de laquelle furent plantées pas moins de 4 056 bornes-frontières, afin de montrer, sur le terrain, que la France venait de perdre deux provinces particulièrement prospères.

On le voit, durant toute l’Annexion, la frontière va susciter une forme de tourisme. Ce jeune homme, en uniforme de gendarme français, est venu à bicyclette saluer le lourd poteau de fonte frappé de la devise « Deutsches Reich ». D’autres devaient en faire autant. A la Schlucht, à Avricourt, le long de la Seille, à Mars-la-Tour et dans le Pays-Haut, les annexés avaient coutume d’aller à la frontière pour priser un peu de l’atmosphère française. On allait danser au son de l’accordéon, on achetait quelques produits que l’on ne trouvait pas en Alsace-Lorraine annexée et l’on répétait, aux « Français de l’Intérieur », qu’ils ne devaient pas oublier l’Alsace-Lorraine, et qu’ils rêvaient d’être un jour libérés.

De leurs côtés, les « Français de l’Intérieur » se rendaient volontiers sur la frontière, comme pour dire : « on reprendra ces territoires, un jour » … Plusieurs éléments, dans notre patrimoine, continuent d’ailleurs de témoigner de cette époque. Il s’agit par exemple de la statue de Notre-Dame des victoires, dans l’église de Batilly, de la Tour de Drince, du haut de laquelle les annexées avaient coutume d’aller contempler la France, ou encore de la sculpture de Paul Dubois, à Nancy, qui nous montre une Lorraine en train de pleurer dans le giron de l’Alsace.

La Tour de Drince à Rombas (Crédits photo : Aimelaime)

Ce tourisme frontalier cessera brutalement à l’été 1914. La frontière s’étant alors transformée en front, de part et d’autre duquel s’affronteront deux nations en armes. Mais ça, c’est déjà une autre histoire …

Rédigé par Kévin GOEURIOT

Historien de la Lorraine, écrivain et professeur d’histoire-géographie pour le Groupe BLE Lorraine.

Répondre

Quitter la version mobile