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La cathédrale Saint-Etienne de Toul fête ses 800 ans

La cathédrale Saint-Etienne de Toul et son chevet harmonique dit lorrain (Crédits photo : Thomas RIBOULET pour le Groupe BLE Lorraine)

Un an après la cathédrale Saint-Etienne de Metz, c’est au tour de la cathédrale Saint-Etienne de Toul, chef d’œuvre de l’art gothique flamboyant et symbole de la très riche histoire de la cité épiscopale, de célébrer en 2021 ses 800 ans.

La construction de la cathédrale de Toul a en effet commencé en 1221 pour se terminer vers 1496. Même si son édification s’est déroulée sur trois siècles, le monument arbore une certaine unité architecturale. Et des dimensions exceptionnelles pour un édifice qui domine une ville de moins de 16 000 habitants. Juste à côté du somptueux Hôtel de Ville, les deux tours de la façade de la cathédrale s’élèvent à 65 mètres de haut et sa nef à 32 mètres pour cent mètres de long. La largeur de son transept atteint 56 mètres. Visible à plusieurs kilomètres à la ronde, la cathédrale Saint-Etienne de Toul se dresse juste derrière les remparts qui cintrent la ville fortifiée. Toujours debout malgré les vicissitudes de l’histoire, sa gracieuse silhouette inspire et protège.

Façade et tours de la cathédrale de Toul
Façade et tours de la cathédrale de Toul (Crédits photo : Thomas RIBOULET pour le Groupe BLE Lorraine)

Il faut en effet savoir qu’au XIIIème siècle, Toul est une ville libre qui relève de l’autorité du Saint-Empire romain germanique. Au Moyen-âge, la cathédrale Saint-Etienne de Toul regroupait autour d’elle 700 paroisses. A partir de 1552 et le moment où une garnison française s’y installe de façon permanente, la cité épiscopale forme avec Metz et Verdun la province des Trois-Evêchés. Metz était alors surnommée la Riche, Verdun la Noble et Toul la Sainte. Mais si la construction de la cathédrale de Verdun commence dès la fin du Xème siècle, celle de Toul reste tout de même le premier édifice de style gothique élevé dans le Saint-Empire. Si bien que les architectes et autres futurs bâtisseurs de cathédrales s’inspirèrent de la cathédrale de Toul pour en dessiner et en construire d’autres dans tout l’Empire. On remarque d’ailleurs encore aujourd’hui que certains éléments architecturaux de Toul se retrouvent dans les cathédrales de Trèves et de Metz par exemple, mais aussi dans la basilique Saint-Maurice d’Epinal. En 1648, les Traités de Westphalie actent définitivement l’annexion des Trois-Evêchés au Royaume de France et la ville de Toul devient française. Un peu plus de 150 ans plus tard, en 1801, le diocèse de Toul fusionne avec celui de Nancy à la suite de la signature du Traité de Concordat entre le Pape Pie VII et l’Empereur Napoléon Bonaparte qui établit d’ailleurs les nouvelles relations qui lient les institutions religieuses et l’Etat français. La création du diocèse de Nancy-Toul met ainsi fin au diocèse de Nancy qui avait été créé en 1777 et à celui de Toul qui remontait au IVème siècle. Le diocèse de Nancy-Toul est encore aujourd’hui l’un des rares qui possèdent deux cathédrales, à savoir la cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation de Nancy et la cathédrale Saint-Etienne de Toul. Cependant, une seule cathédrale par département ne peut appartenir à l’Etat français et c’est la cathédrale de Nancy qui a été déclarée comme cathédrale d’Etat. La cathédrale Saint-Etienne de Toul est ainsi l’une des seules en France à ne pas appartenir à l’Etat français. Elle est gérée par la commune qui en supporte les charges financières. Une mission qui est loin d’être évidente pour une cité de cette taille. Sévèrement endommagées par les bombardements de l’armée allemande en 1940 durant la Seconde Guerre mondiale, les toitures de la cathédrale ont été patiemment rénovées pendant des décennies. Ces travaux ont représenté un investissement de 1,4 millions d’euros, dont un tiers a été financé par la Ville de Toul. Outre les toitures et la charpente de la tour Sud, l’incendie causé par ces bombardements avait également grandement endommagé les grandes orgues de la cathédrale. La commune avait alors encore avancé 400 000 euros pour rénover une seconde fois ces instruments, véritables joyaux de l’édifice, constituées de 64 jeux et de 4 800 tuyaux.

Les grandes orgues de la cathédrale de Toul ont été rénovées (Crédits photo : François Bernardin)

A l’intérieur de la cathédrale, le visiteur est tout de suite conquis par la lumière intense provenant de l’importante surface vitrée polychrome, avant de découvrir les deux magnifiques chapelles Renaissance, la Chapelle Forget dite de Tous les Saints et la Chapelle des Evêques. La cathèdre ou trône épiscopal qui a été sculpté au XIIIème siècle est également une pièce remarquable de la cathédrale. De célèbres évêques ont été à la tête du diocèse de Toul au cours de l’histoire, à commencer par Bruno d’Eguisheim-Dagsburg. Evêque de Toul en 1026, il devînt pape en 1048 sous le nom de Léon IX, avant d’être canonisé. Il fut l’un des premiers papes nés loin de Rome et de l’actuelle péninsule italienne.

Chœur de la cathédrale de Toul (Crédits photo : François Bernardin)

La statue de Jeanne d’arc rappelle quant à elle le procès que celle-ci dû affronter à Toul. Le premier de sa vie. Une étrange plaque témoigne encore de son passage sur ces terres sur la façade de l’ancien bâtiment du tribunal ecclésiastique devenu depuis Office du Tourisme. En 1428, si le petit village de Domremy d’où est originaire la jeune femme, se situe dans le Royaume de France, il relève néanmoins du diocèse de Toul. Jeanne d’Arc fut accusée par un jeune homme de son village d’avoir failli à ses promesses de fiançailles. Comme cet engagement est considéré comme sacré à l’époque, le procès doit se dérouler devant le tribunal ecclésiastique de Toul. Après avoir écouté les différentes parties, le chanoine relaxa finalement sur preuve de bonne foi Jeanne d’Arc qui avait juré que les accusations portées à son encontre étaient fausses.

La Chapelle Forget (Crédits photo : Georg Schelbert)

Niché dans le transept Sud, la petite Salle du Trésor accueille depuis quelques mois un musée qui présente sur douze mètres carrés une soixantaine de pièces dans un magnifique écrin. Les voûtes, les vitrines et la scénographie très soignée ont fait l’objet de travaux de rénovation d’un montant de 300 000 euros qui ont aussi permis d’assurer une hydrométrie constante et d’installer un système de vidéoprotection. Vous pouvez y admirer de précieux calices, des tissus des VIIIème et Xème siècles, des manuscrits du XVème siècle, deux vitraux du XIVème siècle, mais aussi l’autel des reliques qui accueille le crâne et le pied de Saint Mansuy, ainsi que les crânes de Saint Gérard, Sainte Aprône et d’une compagne de Sainte Ursule. La vitrine centrale abrite certainement la pièce la plus originale du Trésor, à savoir le reliquaire du Saint Clou qui date du XIVème siècle. Ce clou qui a servi à la crucifixion du Christ est renfermé dans une plaque d’ivoire du XIème siècle d’une douzaine de centimètres de haut. Selon la tradition, Sainte Hélène, mère de l’Empereur Constantin Ier, aurait retrouvé sur les lieux de la Passion la croix et les clous qui auraient été utilisés pour crucifier Jésus. L’un de ces clous fut envoyé à Trèves, ville natale de Sainte Hélène.

Le Saint Clou, joyaux de la Salle du Trésor de la cathédrale de Toul (Crédits photo : Paul SCHAACK pour le Groupe BLE Lorraine)

Au Xème siècle, Gérard, Evêque de Toul, recherche activement des reliques prestigieuses, afin d’enrichir les trésors de sa cathédrale et de renforcer sa renommée. Il se rend donc à Trèves pour rencontrer l’archevêque, son supérieur, et lui demander de lui confier le Saint Clou. Mais celui-ci refuse. Insistant, Gérard touche alors la pointe du clou qui se détache miraculeusement de son support. Stupéfait devant ce signe qu’il considère comme divin, l’Archevêque de Trèves cède finalement la précieuse relique à l’Evêque de Toul.

Clocheton Renaissance de la façade et sa cloche de 1536 (Crédits photo : François Bernardin)

A noter enfin que le cloître de la cathédrale Saint-Etienne de Toul est l’un des plus grands de France. Construit au XIIIème et au XIVème siècles, il mesure 54 mètres sur 42 et arbore de magnifiques gargouilles.

Cloître de la cathédrale depuis la tour Sud (Crédits photo : François Bernardin)

Rédigé par Thomas RIBOULET

Président-fondateur du Groupe BLE Lorraine et Rédacteur en Chef de BLE Lorraine.

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