Conservé dans les réserves patrimoniales de la bibliothèque-médiathèque de Verdun, le petit livre présenté ci-dessous est un traité d’astronomie datant du XIIIème siècle ! Le texte, calligraphié en textura quadrata sur parchemin de veau, est attribué à Robert Grosseteste, un savant anglais, dont le surnom de « grosse tête » en dit assez sur le degré d’érudition qu’il avait.
Né vers 1175, Robert Grosseteste semble avoir gravité autour de l’ordre franciscain avant de devenir évêque de Lincoln, en Angleterre. On sait qu’il meurt le 9 octobre 1253. On doit à ce savant, fervent admirateur d’Aristote, de très nombreux traités et écrits scientifiques. Robert Grosseteste était un véritable « touche-à-tout ». Il est en effet l’auteur d’ouvrages de philosophie, de théologie, de mathématiques, mais également d’optique ! Dans son livre intitulé De colore, c’est-à-dire Sur les couleurs, il distingue le sombre du clair et établit la liste des couleurs au nombre de sept, en fonction de ce qu’il voit en observant l’arc-en-ciel. A l’instar du savant arabe Alhazen, il estime que tout savoir procède de l’expérience. Dans le sillage de son presque contemporain Pierre Abélard, amant de la célèbre abbesse du paraclet, Héloïse, Robert Grosseteste cherche à théoriser le sentiment amoureux, et notamment l’amour divin, dans un livre qu’il intitule Le château d’amour.
Le livre que nous avons sous les yeux est intéressant à plus d’un titre. S’il n’est certainement pas de la main de Robert Grosseteste lui-même, il nous permet, toutefois, de comprendre sa pensée. Evidemment, ce petit traité d’astronomie fait le point sur les connaissances de l’époque. Des connaissances qui sont encore bien loin de celles que nous avons aujourd’hui. A l’époque de Grosseteste, l’univers est encore pensé selon un schéma géocentrique, c’est-à-dire avec la Terre au centre de tout et le Soleil tournant autour d’elle. On pensait également qu’une série de sept ciels séparait l’atmosphère du paradis et des limbes. Et qu’on trouvait, dans ces différentes strates, de l’eau, pour expliquer les précipitations, mais aussi du cristal et de l’éther. Grosseteste, en vérité, s’intéresse moins à ces spéculations symboliques qu’aux phénomènes célestes. Il évoque la course des astres, les éclipses de Lune et de Soleil et évoque, surtout, l’hypothèse d’un univers infini, qu’il met en relation avec l’amour et la puissance de Dieu, qu’il estime également infinis.
Un petit traité donc, merveille de calligraphie, enluminé avec une incroyable finesse ! Avez-vous remarqué en effet les deux lapins qui se tiennent dans les orbes ? Ils symbolisent, vraisemblablement, la vitesse avec laquelle les astres se déplacent dans l’univers. 
Petit traité d’astronomie à Verdun
Observation de la Lune (Crédits photo : Pierre LEHMANN pour le Groupe BLE Lorraine)