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Le Centre Pompidou-Metz pour faire rayonner l’art contemporain en Lorraine

Centre Pompidou

Le Centre Pompidou-Metz (Crédits photo : Thomas RIBOULET pour le Groupe BLE Lorraine)

A deux pas de la gare et seulement séparé du quartier allemand par les voies ferrées, le Centre Pompidou-Metz ne lasse pas d’étonner les visiteurs qui débarquent dans la métropole lorraine. Il faut dire que le bâtiment a de quoi surprendre. Sa silhouette, à la fois souple et audacieuse, élance dans le ciel messin sa fameuse voile blanche, tendue sur une charpente complexe, où les poutres se croisent à l’infini, dessinant une multitude d’alvéoles de forme hexagonale.

Cette conception originale est l’œuvre de trois architectes de talents : Shigeru Ban, Jean de Gastines et Philip Gumuchdjian. Ils ont eu l’idée d’empiler, à l’abri d’une vaste toile tendue à même cette armature de bois aux allures de chapeau chinois, trois galeries, trois tubes de béton dans lesquels devaient se tenir les expositions. Un mat, d’une hauteur de 77 mètres, en référence à 1977, l’année de l’inauguration du centre Pompidou-Beaubourg, élance encore un peu plus la silhouette globale de la construction, tout en facilitant le repérage du musée dans le paysage urbain. Idées géniales au fond, et qui suffisent à faire de ce haut-lieu de la culture une œuvre d’art à part entière. Une œuvre d’art destinée à exposer d’autres œuvres d’art. Ou l’éternelle dialectique du contenant et du contenu.

Galerie du Centre Pompidou-Metz (Crédits photo : Thomas RIBOULET pour le Groupe BLE Lorraine)

Mais avant d’évoquer les expositions d’art contemporain que le bâtiment a pu accueillir, peut-être est-il nécessaire de rappeler que c’est la politique de décentralisation qui a motivé la construction de notre bâtiment. De la même manière que le Musée du Louvre a fondé une annexe à Lens, dans le Pas-de-Calais, le Centre Pompidou-Beaubourg a choisi, dès 2003, d’implanter un petit frère à Metz, dans le double but de dynamiser la Région Lorraine et d’élargir l’accès à l’art contemporain. A une époque où la Lorraine peine encore à achever sa reconversion industrielle, il pouvait effectivement paraître judicieux de délocaliser à Metz une partie des collections du centre Beaubourg. Le choix de la ville s’est d’ailleurs assez vite imposé. Il fallait casser les stéréotypes. Effacer, en somme, cette image très parisienne qui voudrait que Metz soit encore une ville de garnison ceinturée d’usines et placée dans une région qui ne serait autre que l’antichambre de la Sibérie. L’arrivée du TGV-Est en 2007, qui place désormais la cité messine à 1h20 de Paris, était un premier atout. La proximité de nos voisins belges, luxembourgeois, allemands et néerlandais en était un autre. Tout cela a donc décidé de la construction, à Metz, d’un nouveau Centre Pompidou.

Les travaux, qui ont débuté en novembre 2006 avec la pose de la pierre par Claude Pompidou, l’épouse de l’ancien président féru d’art contemporain, ont duré quatre ans. Construit à l’emplacement des anciennes arènes de Divodurum, le Centre Pompidou-Metz est finalement ouvert au public le 12 mai 2010. La première exposition, intitulée Chefs-d’œuvre ?, a attiré quelques 800 000 visiteurs, venus admirer environ 800 œuvres, pour la plupart issues des collections du grand frère parisien. Parmi celles-ci se trouvaient des créations de Ben, des œuvres de Picasso, la Roue de bicyclette de Marcel Duchamp ou encore La femme à la guitare de Georges Braque.

La grande odalisque de Martial Raysse au Centre Pompidou-Metz (Crédits photo : Thomas RIBOULET pour le Groupe BLE Lorraine)

Mais en dépit d’une programmation éclectique et originale, le Centre Pompidou-Metz continue d’être critiqué. On a stigmatisé notamment le coût des travaux qui, ayant essentiellement été financés par la Communauté d’Agglomération de Metz-Métropole, se sont montés à 70 millions d’euros. On a pointé du doigt quelques défauts de construction lorsqu’à l’hiver 2010, la toile de la toiture s’est déchirée en quelques endroits sous le poids de la neige. Et d’aucuns continuent de répéter, à qui veut les entendre, que les expositions qui se tiennent au Pompidou-Metz sont, parfois, quelque peu hermétiques. Certes, des lignes tracées à même le mur, des néons, des monochromes bleu, noir ou blanc, des valises ouvertes sur un tas d’objets ne parlent pas forcément à tout le monde.

Et pourtant, le Centre Pompidou-Metz n’en demeure pas moins un véritable levier pour faire valoir le tourisme et la culture en Lorraine. Il suffit de considérer les chiffres de la fréquentation du musée. Si les premières années ont pu bénéficier d’un effet « nouveauté » sur le public local, le centre accueille désormais environ 350 000 visiteurs par an. Ce qui en fait l’un des musées les plus courus de France, en dehors de Paris. Une réussite donc, qui s’inscrit dans un plan d’urbanisme plus général et dont le but, à terme, est de créer une ville nouvelle, au Sud de la gare, autour du Parc de la Seille et du tout récent Centre des Congrès.

L’ascenseur dans la Grande Nef du Centre Pompidou-Metz (Crédits photo : Thomas RIBOULET pour le Groupe BLE Lorraine)

Véritable tremplin vers le troisième millénaire, le Centre Pompidou-Metz pourrait faire songer à une poupée russe. Une de ces petites poupées gigognes destinées à abriter une autre figurine plus petite, tout en pouvant être rangée dans une autre poupée, de taille plus grande. Eh bien oui, le Centre Pompidou Metz, c’est un peu une poupée russe. Une œuvre d’art, ou d’architecture, qui renferme trois galeries, dans lesquelles sont conservées d’autres œuvres d’art qui nous offrent, bien souvent, une sorte de miroir de notre humanité. Mais une œuvre d’art, aussi, qui s’inscrit dans un ensemble plus vaste. Dans une ville bien sûr. Une cité qui, étant riche de trois mille ans d’histoire, paraît s’offrir comme un véritable livre à ciel ouvert. Le centre Pompidou, inscrit dans la ville. Et dans une région qui, elle aussi, pourrait passer pour une œuvre d’art. Car la Lorraine, en définitive, n’est rien d’autre qu’un vaste tableau, une fresque, une sculpture modelée par des générations de paysans, de vignerons et d’ouvriers. Elle est une symphonie dont les notes nous bercent sur les flots d’une histoire grandiose et mouvementée. Et c’est précisément parce qu’elle a des allures d’œuvre d’art qu’on l’aime, notre Lorraine, à nous !

Rédigé par Kévin GOEURIOT

Historien de la Lorraine, écrivain et professeur d’histoire-géographie pour le Groupe BLE Lorraine.

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